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Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]

Электронная книга - «Les Chronolithes [The Chronoliths - fr]». Краткое содержание книги:

Scott Warden était là à Chumphon, Thaïlande, quand le premier chronolithe est apparu : un obélisque de plus de cent mètres de haut, d’un bleu impossible, gelant un paysage de jungle dévasté ; un monument commémorant une victoire, celle du seigneur de la guerre Kuin, victoire qui n’aura lieu que dans vingt ans et trois mois. Mais qui est Kuin ? Un tyran, le sauveur d’une humanité à la dérive, un extraterrestre aux traits indubitablement asiatiques, un futur dirigeant chinois, une rumeur qui, grâce à la turbulence Tau, deviendra réalité ? Et que sont réellement ces chronolithes qui ravagent le monde ? C’est à toutes ces questions que Scott et son ancien professeur de physique, Sulamith Chopra, devront répondre, non sans avoir à parcourir le globe, de Chumphon à Jérusalem, du Mexique au Wyoming.
Après Darwinia, voici le second roman de Robert Charles Wilson dans la collection Lunes d’encre, un thriller temporel comme vous n’en jamais lu, qui a valu à son auteur une nomination méritée au prestigieux prix Hugo.
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La fille ne semblait pas avoir tous ses esprits, peut-être ne se contrôlait-elle plus tout à fait. Elle a hésité. Puis elle a eu un geste d’enfant presque touchant : elle a tendu la main pour prendre celle de Sue.

« Cassie ? s’est étonnée Sue. Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Je voulais vous dire… merci », a prononcé Cassie d’une voix timide mais pleine de ferveur.

Sue a froncé les sourcils. « C’est gentil, mais… merci pour quoi ? »

Au lieu de répondre, Cassie a baissé la tête et battu en retraite, comme si elle avait agi sur une impulsion déjà évanouie. Elle s’est couvert la bouche de la main. « Oh ! Pardon. Je voulais juste… J’ai juste dû avoir l’impression qu’il fallait vous remercier. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. » Elle a rougi.

« Vous devriez vous rasseoir », lui a gentiment conseillé Sue.

Nous nous trouvions maintenant au beau milieu de la turbulence tau. Une odeur chaude et électrique flottait dans la pièce. Derrière la fenêtre, le cœur de la cité a frémi sous une soudaine aurore boréale.

Tout s’est déroulé en quelques secondes, mais le temps était élastique, nous vivions les secondes comme s’il s’agissait de minutes. J’admets volontiers que j’avais peur.

La lumière incidente générée par l’arrivée formait un rideau de couleur en décalage rapide, le bleu-vert s’assombrissant en rouge et violet. Il planait sur la ville et emplissait notre salle d’une ombre sinistre.

« Mille neuf cents et sept minutes, a lu Sue sur sa montre. En plein dans le mille.

— Il fait déjà froid, m’a dit Morris. Tu as remarqué ? »

La température de la pièce donnait l’impression d’avoir chuté de plusieurs degrés, j’ai hoché la tête.

Nerveux, l’un des FDI s’est levé en tripotant son arme. Aussi vite qu’elle était apparue, la lumière a commencé à baisser, et…

… soudain le Chronolithe était tout simplement là.

Il avait surgi derrière le Dôme du Rocher, plus haut que les collines, d’une taille grotesque, blanc de glace dans la lumière froide de la lune.

« Atterrissage ! a annoncé quelqu’un aux consoles. Radiation ambiante en chute libre. Températures extérieures extrêmement basses…

— Accrochez-vous », a prévenu Sue.

L’onde de choc a fléchi la vitre et grondé comme le tonnerre. Le Chronolithe a presque aussitôt disparu dans une tornade blanche tandis que le choc thermique arrachait son humidité à l’atmosphère. À quelques kilomètres de là, les écarts de température lézardaient le béton, fendaient les charpentes et ne manquaient pas de détruire les tissus vivants de toute créature assez malchanceuse pour s’être attardée dans la zone d’exclusion. (Il y en a eu quelques-unes : des chiens, des chats, des pèlerins et des sceptiques.)

Une vague blanche a rayonné hors de la tornade, du gel qui a escaladé les collines de Judée comme du feu, et toute une série de lampadaires municipaux s’est éteinte lorsque les transformateurs se sont mis en court-circuit dans une gerbe d’étincelles. Le nuage a englouti l’hôtel : un vent violent et rapide a secoué les fenêtres. Soudain, la pièce était sombre, avec le frémissement des lumières des consoles comme le reflet d’étoiles sur un étang.

« Saloperie de froid », a grommelé Morris.

Je me suis entouré de mes bras et j’ai vu Sue Chopra faire de même en se détournant de la fenêtre.

Le FDI qui s’était dressé quelques instants plus tôt a levé son fusil automatique. Il a crié quelque chose que le vacarme de la tornade a emporté. Puis il a ouvert le feu dans la pièce assombrie.

Le tireur se nommait Aaron Weiszack.

Tout ce que je sais de lui, je l’ai lu le lendemain dans les journaux. Vous ne croyez pas que le monde s’épargnerait bien des souffrances si nous pouvions lire les gros titres des journaux avant que ce dont ils parlent se produise ?

Peut-être pas, après tout.

Né à Cleveland, dans l’Ohio, Aaron Weiszack avait immigré avec sa famille en Israël en 2001. Il avait passé son adolescence dans les faubourgs de Tel Aviv et avait déjà fricoté avec pas mal d’organisations politiques radicales au moment de son incorporation, en 2020. On l’avait détenu brièvement, sans le mettre en accusation, lors des émeutes au mont du Temple en 2025. Son dossier FDI, par contre, était irréprochable, et il avait pris soin de cacher à ses supérieurs ses liens avec une cellule « kuiniste » marginale nommée Étreignez l’avenir.

Il était, sinon dérangé, du moins déséquilibré. Ses motifs restent obscurs. Il n’a tiré que quelques balles avant qu’un autre des soldats FDI, une certaine Leah Agnon, l’abatte d’une courte rafale de son arme.

Weiszack a succombé à ses blessures quelques instants plus tard. Mais il y a eu d’autres victimes dans la pièce.

J’ai souvent pensé que l’acte d’Aaron Weiszack revêtait au moins autant d’importance que l’arrivée du Kuin de Jérusalem… D’une certaine manière, il donnait une idée bien plus précise de ce que l’avenir nous réservait.

La dernière rafale de Weiszack avait fendu l’une des fenêtres prétendument blindée (mais apparemment pas à l’épreuve des balles), qui s’est effondrée en une pluie de pépites argentées. Le vent glacé et l’épais brouillard se sont glissés dans la pièce. Assourdi par les coups de feu, je me suis levé en clignant bêtement des yeux. De sa chaise, Morris a bondi sur Sue Chopra, qui venait de tomber, et l’a couverte de son corps. Personne ne savait si l’attaque était terminée ou ne faisait que commencer. Je ne voyais pas Sue, que Morris me dissimulait complètement, et j’ignorais la gravité de ses blessures, mais il y avait du sang partout : celui de Weiszack étalé sur le papier peint, et celui des jeunes techniciens constellé sur leurs consoles. J’ai repris ma respiration et, l’ouïe me revenant, j’ai entendu des hurlements, ceux des gens et celui du vent. De petits grains de glace volaient comme du shrapnel à travers la salle, propulsés par les thermoclines incroyablement abruptes qui balayaient la ville.

Les FDI ont entouré le corps de Weiszack, leurs armes braquées sur lui. Les types du FBI se sont déployés pour sécuriser les lieux, et certains des postdocs de Sue se sont penchés sur leurs compagnons blessés pour tenter de leur porter les premiers secours. Des voix, parmi lesquelles il m’a semblé reconnaître celle de Morris, ont réclamé de l’aide. Nous avions bien un paramédical avec nous dans la salle, mais il était sûrement submergé, voire blessé aussi.

Je me suis penché pour ramper jusqu’à Morris. Il s’était dégagé de Sue et lui berçait la tête entre ses bras. Elle avait été touchée, car il y avait du sang sur la moquette, une poignée de gouttelettes rouges qui fumaient dans le froid brutal. Morris m’a jeté un coup d’œil. « Rien de grave », m’a-t-il dit en articulant exagérément pour que je le comprenne malgré le mugissement du vent. « Aide-moi à la transporter dans le couloir.

— Non ! » Sue s’est dressée contre lui, et j’ai vu la balafre ensanglantée sous le tissu de son jean déchiré par une balle ou un shrapnel, un sillon qui saignait abondamment dans la partie charnue de sa cuisse droite. Mais si c’était là sa seule blessure, Morris avait raison, elle ne courait aucun danger immédiat.

« Il faut qu’on s’occupe de ça, lui a-t-il répondu avec fermeté.

— Il y a des blessés ! » Ses yeux se sont tournés vers la rangée de terminaux où, chacun dans une position différente, ses étudiants et techniciens restaient paralysés de terreur ou s’étaient effondrés sur leurs chaises. « Oh mon Dieu ! Cassie ! »

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