Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- Quel changement! apprécia-t-il gentiment. Vous êtes trop jeune, décidément, pour les couleurs du malheur, ma chère...
En entendant cette voix, Anne-Laure tressaillit. C'était celle du garde national de tout à l'heure...
celle aussi - le souvenir lui en revenait brusquement ! - du porteur d'eau de Saint-Sulpice. Cette constatation la laissa muette. Pourtant, comme l'inconnu montait vers elle pour lui offrir la main et l'aider à descendre les derniers degrés, elle murmura :
- Ce sont pourtant les seules que je veuille encore porter... mais vous avez tout à l'heure risqué votre vie pour moi, monsieur, et je dois vous en remercier...
- Vous ne semblez guère en avoir envie?
- Ne me croyez pas ingrate et soyez sûr que le merci vient du fond du cour. Cependant j'aimerais savoir quel nom je dois lui donner ?
Il s'écarta d'elle de quelques pas sans quitter son regard. Un bref sourire à belles dents blanches et le gentilhomme s'inclinait pour un profond salut :
- C'est trop naturel ! Je suis le baron de Batz. Infiniment heureux de vous souhaiter la bienvenue dans sa maison...
CHAPITRE V
UN PACTE...
Ce qui suivit n'avait pas l'air d'appartenir à la réalité.
Anne-Laure se retrouvait à souper dans une agréable salle dont les rideaux de lampas à grosses fleurs encadraient harmonieusement la douceur d'un jardin au crépuscule embaumant le tilleul et le chèvrefeuille, au milieu d'une atmosphère sereine et en compagnie de gens élégants, aimables et courtois. Alors qu'à si peu de distance une ville en folie assommait et égorgeait les malheureux entassés dans ses prisons depuis le sac des Tuileries, ici tout n'était qu'ordre et beauté...
Autour de la table ronde servie par l'un des deux valets - un colosse qui répondait au nom de Biret-Tissot -, trois personnes entouraient la rescapée. Le maître de maison d'abord : ainsi qu'il l'avait annoncé, il se nommait Jean de Batz d'Armanthieu, âgé de vingt-sept ans et appartenant à une ancienne et noble famille d'Armagnac. Il était du même sang que ce d'Artagnan quasi légendaire qui avait commandé les mousquetaires du Roi et, au contraire de ce que pensait son invitée, il n'était pas marié. Encore fut-ce " Marie " qui le lui apprit, car visiblement Batz n'aimait pas que l'on parle de lui. Il dévia très vite la conversation pour présenter une compagne à laquelle il montrait tendresse et respect. Elle était actrice aux Italiens et se nommait Marie Buret-Grandmaison, dite Babin Grandmai-son, et sa voix, son talent lui avaient valu une certaine notoriété. Sa discrétion et une noblesse naturelle la différenciaient de tout ce que Mme de Pontallec avait pu entendre des femmes de théâtre, chanteuses ou comédiennes qui semblaient prendre à tâche de se faire remarquer d'une manière ou d'une autre.
- J'espère, dit-elle après une toute légère hésitation, que vous ne vous sentez pas désobligée en portant la robe d'une comédienne ?
- Pourquoi le serais-je, mon Dieu ?
- Vous êtes une grande dame. Ce serait assez naturel.
- Je ne me suis jamais sentie grande dame et moins encore aujourd'hui où il paraît que l'on est criminel en naissant noble. Vous, vous êtes une artiste et vous ne devez votre renom qu'à vous-même. C'est beaucoup mieux...
- Voilà un langage inattendu, Madame la marquise, s'écria le troisième personnage. Seriez-vous républicaine ?
Celui-là - c'était l'autre garde national de tout à l'heure - possédait le visage le plus gai qui soit avec son nez retroussé, sa grande bouche dont le sourire était l'expression habituelle avec, sous des cheveux châtains qui bouclaient naturellement, des yeux bleus pétillants de malice. Il portait avec beaucoup de naturel le nom céleste d'Ange Pitou et, quand il n'assurait pas son service - très réel - de garde national à la section du Louvre, il était journaliste collaborant assidûment au Journal de la Cour et de la Ville ainsi qu'au Courrier extraordinaire, que dirigeait de main de maître son ami Duplain de Sainte-Albine, ancien libraire lyonnais installé au faubourg Saint-Germain qui, après avoir été hostile au Roi, était devenu farouchement contre-révolutionnaire. Cette double appartenance avait permis au jeune Pitou - il était âgé de vingt-cinq ans - d'être le témoin passionné de presque tous les événements importants des derniers mois. Il dégageait une telle sympathie qu'Anne-Laure ne put s'empêcher de lui sourire.
- Républicaine ? J'ignore en quoi cela consiste. De toute façon, je crois bien que je ne suis rien du tout!
- Après vous être proclamée si hautement amie de la Reine? C'est difficile à croire...
- Il se peut que j'aie menti. Je vénère le Roi, Madame sa sour et je crois bien que j'aime... beaucoup ses enfants mais la Reine!...
- Ne tourmentez pas Mme de Pontallec, Pitou, coupa le baron. Elle n'a pas les mêmes raisons que vous d'adorer notre malheureuse souveraine, mais cela fait partie de ce dont je souhaite discuter avec elle tout à l'heure... si elle le veut bien?
- Pourquoi ne le voudrais-je pas? murmura celle-ci, soudain mal à l'aise sous le regard qu'il posait sur elle tant il dégageait de puissance.
Depuis le début du repas, elle avait observé son hôte à la dérobée et n'était pas encore parvenue à décider s'il lui plaisait ou non en dépit de cette voix de velours sombre qui était sans doute son plus grand charme. Il y avait ce regard à la fois ironique et dominateur, sans doute facilement irritant, et aussi le pli moqueur de la bouche qui, en devenant sarcastique, devait être franchement désagréable. Elle sentait chez lui une de ces volontés de fer sur lesquelles se brisent toutes les résistances...
Sans plus se soucier de donner une réponse à qui d'ailleurs n'en demandait pas, il reprenait sa conversation avec Pitou en lui proposant de rester à Charonne quelques jours :
- En attendant que les fureurs populaires se calment, ce serait plus prudent, ajouta-t-il. Depuis le 10 août vos journaux n'existent plus, votre ami Duplain de Sainte-Albine est enfermé aux Carmes et peut-être massacré à l'heure qu'il est...
- Je devrais l'être aussi, sans doute! fit Ange Pitou avec amertume. Seulement, depuis ce jour terrible, on me croit hors de Paris.
- Vous y êtes, restez-y! Ensuite vous pourrez rejoindre sans trop de crainte votre poste à la Garde avec cet air innocent que vous savez si bien prendre. Personne n'ira voir à Châteaudun si votre tante et tutrice est vraiment à toute extrémité... Croyez-moi, il vaut mieux...
La voix d'Anne-Laure s'éleva soudain, lui coupant la parole avec une note d'exaspération :
- Pourquoi m'avez-vous sauvée, moi?
En même temps elle se levait, incapable de supporter plus longtemps ce qui, pour elle, ressemblait à des propos de salon. Batz fut debout presque en même temps qu'elle :
- J'aurais préféré que vous preniez un peu de repos avant l'entretien que nous devons avoir ensemble mais, si vous vous en sentez la force, nous pouvons l'avoir immédiatement.
- Je préfère!... Pardonnez-moi! ajouta-t-elle à l'adresse des deux autres qui eurent le même geste apaisant,
- En ce cas venez !
Avec un rien d'autorité, il lui prit la main pour la guider, à travers un salon obscur, vers une pièce éclairée par des chandeliers sur la cheminée et une lampe-bouillotte posée sur un bureau chargé de papiers. C'était à la fois un cabinet de travail, une petite bibliothèque et un lieu où le couple se tenait fréquemment, sans doute, puisqu'une petite table à ouvrage s'y trouvait auprès d'un fauteuil sur lequel un tambourin de brodeuse était abandonné.