Justine Ou Les Malheurs De La Vertu
- Автор: de Sade Marquis Alphonse Francois
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:
– Mettez-vous à genoux, me dit le moine, je vais vous fouetter sur la gorge.
– Sur la gorge, mon père!
– Oui, sur ces deux masses lubriques qui ne m'excitèrent jamais que pour cet usage.
Et il les serrait, il les comprimait violemment en disant cela.
– Oh! mon père! cette partie est si délicate, vous me ferez mourir.
– Que m'importe, pourvu que je me satisfasse?
Et il m'applique cinq ou six coups qu'heureusement je pare de mes mains. Voyant cela, il les lie derrière mon dos; je n'ai plus que les mouvements de ma physionomie et mes larmes pour implorer ma grâce, car il m'avait durement ordonné de me taire. Je tâche donc de l'attendrir… mais en vain. Il appuie fortement une douzaine de coups sur mes deux seins que rien ne garantit plus; d'affreux cinglons s'impriment aussitôt en traits de sang; la douleur m'arrachait des larmes qui retombaient sur les vestiges de la rage de ce monstre, et les rendaient, disait-il, mille fois plus intéressants encore… Il les baisait, il les dévorait, et revenait de temps en temps à ma bouche, à mes yeux inondés de pleurs, qu'il suçait de même avec lubricité.
Armande se place, ses mains se lient, elle offre un sein d'albâtre et de la plus belle rondeur; Clément fait semblant de le baiser, mais c'est pour le mordre… Il frappe enfin, et ces belles chairs si blanches, si potelées, ne présentent bientôt plus aux yeux de leur bourreau que des meurtrissures et des traces de sang.
– Un instant, dit le moine avec fureur, je veux fustiger à la fois le plus beau des derrières et le plus doux des seins.
Il me laisse à genoux, et plaçant Armande sur moi, il lui fait écarter les jambes, en telle sorte que ma bouche se trouve à hauteur de son bas-ventre, et ma gorge entre ses cuisses, au bas de son derrière. Par ce moyen, le moine a ce qu'il veut à sa portée, il a sous le même point de vue les fesses d'Armande et mes tétons; il frappe l'un et l'autre avec acharnement, mais ma compagne, pour m'épargner des coups qui deviennent bien plus dangereux pour moi que pour elle, a la complaisance de se baisser et de me garantir ainsi, en recevant elle-même des cinglons qui m'eussent inévitablement blessée. Clément s'aperçoit de la ruse, il dérange l'attitude.
– Elle n'y gagnera rien, dit-il en colère, et si je veux bien épargner cette partie-là aujourd'hui, ce ne sera que pour en molester une autre pour le moins aussi délicate.
En me relevant, je vis alors que tant d'infamies n'étaient pas faites en vain: le débauché se trouvait dans le plus brillant état; il n'en est que plus furieux; il change d'arme, il ouvre une armoire où se trouvent plusieurs martinets, il en sort un à pointes de fer, qui me fait frémir.
– Tiens, Thérèse, me dit-il en me le montrant, vois comme il est délicieux de fouetter avec cela… Tu le sentiras… tu le sentiras, friponne, mais pour l'instant je veux bien n'employer que celui-ci…
Il était de cordelettes nouées à douze branches; au bas de chaque, était un nœud plus fort que les autres et de la grosseur d'un noyau de prune.
– Allons, la cavalcade!… la cavalcade! dit-il à sa nièce.
Celle-ci, qui savait de quoi il était question, se met tout de suite à quatre pattes, les reins élevés le plus possible, en me disant de l'imiter; je le fais. Clément se met à cheval sur mes reins, sa tête du côté de ma croupe; Armande, la sienne présentée, se trouve en face de lui: le scélérat, nous voyant alors toutes les deux bien à sa portée, nous lance des coups furieux sur les charmes que nous lui offrons; mais comme, par cette posture, nous ouvrons dans le plus grand écart possible cette délicate partie qui distingue notre sexe de celui des hommes, le barbare y dirige ses coups, les branches longues et flexibles du fouet dont il se sert, pénétrant dans l'intérieur avec bien plus de facilité que les brins de verges, y laissent des traces profondes de sa rage; tantôt il frappe sur l'une, tantôt ses coups se lancent sur l'autre: aussi bon cavalier que fustigateur intrépide, il change plusieurs fois de monture; nous sommes excédées, et les titillations de la douleur sont d'une telle violence qu'il n'est presque plus possible de les supporter.
– Levez-vous! nous dit-il alors en reprenant des verges, oui, levez-vous et craignez-moi.
Ses yeux étincellent, il écume. Également menacées sur tout le corps, nous l'évitons…, nous courons comme des égarées dans toutes les parties de la chambre, il nous suit, frappant indifféremment et sur l'une et sur l'autre; le scélérat nous met en sang; il nous rencogne à la fin toutes deux dans la ruelle du lit. Les coups redoublent: la malheureuse Armande en reçoit un sur le sein qui la fait chanceler; cette dernière horreur détermine l'extase, et pendant que mon dos en reçoit les effets cruels, mes reins s'inondent des preuves d'un délire dont les résultats sont si dangereux.
– Couchons-nous, me dit enfin Clément; en voilà peut-être trop pour toi, Thérèse, et certainement pas assez pour moi; on ne se lasse point de cette manie, quoiqu'elle ne soit qu'une très imparfaite image de ce qu'on voudrait réellement faire. Ah! chère fille, tu ne sais pas jusqu'où nous entraîne cette dépravation, l'ivresse où elle nous jette, la commotion violente qui résulte, dans le fluide électrique, de l'irritation produite par la douleur sur l'objet qui sert nos passions; comme on est chatouillé de ses maux! Le désir de les accroître…, voilà l'écueil de cette fantaisie, je le sais, mais cet écueil est-il à craindre pour qui se moque de tout?
Quoique l'esprit de Clément fût encore dans l'enthousiasme, voyant néanmoins ses sens plus calmes, j'osai, répondant à ce qu'il venait de dire, lui reprocher la dépravation de ses goûts; et la manière dont ce libertin les justifia mérite, ce me semble, de trouver place dans les aveux que vous exigez de moi.
– La chose du monde la plus ridicule sans doute, ma chère Thérèse, me dit Clément, est de vouloir disputer sur les goûts de l'homme, les contrarier, les blâmer ou les punir, s'ils ne sont pas conformes soit aux lois du pays qu'on habite, soit aux conventions sociales. Eh quoi! les hommes ne comprendront jamais qu'il n'est aucune sorte de goûts, quelque bizarres, quelque criminels même qu'on puisse les supposer, qui ne dépende de la sorte d'organisation que nous avons reçue de la nature! Cela posé, je le demande, de quel droit un homme osera-t-il exiger d'un autre ou de réformer ses goûts, ou de les modeler sur l'ordre social? De quel droit même les lois, qui ne sont faites que pour le bonheur de l'homme, oseront-elles sévir contre celui qui ne peut se corriger, ou qui n'y parviendrait qu'aux dépens de ce bonheur que doivent lui conserver les lois? Mais désirât-on même de changer de goûts, le peut-on? Est-il en nous de nous refaire? Pouvons-nous devenir autres que nous sommes? L'exigeriez-vous d'un homme contrefait, et cette inconformité de nos goûts est-elle autre chose au moral que ne l'est au physique l'imperfection de l'homme contrefait?
Entrons dans quelques détails, j'y consens; l'esprit que je te reconnais, Thérèse, te met à portée de les entendre. Deux irrégularités, je le vois, t'ont déjà frappée parmi nous: tu t'étonnes de la sensation piquante éprouvée par quelques-uns de nos confrères pour des choses vulgairement reconnues pour fétides ou impures, et tu te surprends de même que nos facultés voluptueuses puissent être ébranlées par des actions qui, selon toi, ne portent que l'emblème de la férocité. Analysons l'un et l'autre de ces goûts, et tâchons, s'il se peut, de te convaincre qu'il n'est rien au monde de plus simple que les plaisirs qui en résultent.
Il est, prétends-tu, singulier que des choses sales et crapuleuses puissent produire dans nos sens l'irritation essentielle au complément de leur délire; mais avant que de s'étonner de cela, il faudrait sentir, chère Thérèse, que les objets n'ont de prix à nos yeux que celui qu'y met notre imagination; il est donc très possible, d'après cette vérité constante, que non seulement les choses les plus bizarres, mais même les plus viles et les plus affreuses, puissent nous affecter très sensiblement. L'imagination de l'homme est une faculté de son esprit où vont, par l'organe des sens, se peindre, se modifier les objets, et se former ensuite ses pensées, en raison du premier aperçu de ces objets. Mais cette imagination, résultative elle-même de l'espèce d'organisation dont est doué l'homme, n'adopte les objets reçus que de telle ou telle manière, et ne crée ensuite les pensées que d'après les effets produits par le choc des objets aperçus: qu'une comparaison facilite à tes yeux ce que j'expose. N'as-tu pas vu, Thérèse, des miroirs de formes différentes? Quelques-uns qui diminuent les objets, d'autres qui les grossissent; ceux-ci qui les rendent affreux, ceux-là qui leur prêtent des charmes? T'imagines-tu maintenant que si chacune de ces glaces unissait la faculté créatrice à la faculté objective, elle ne donnerait pas, du même homme qui se serait regardé dans elle, un portrait tout à fait différent? et ce portrait ne serait-il pas en raison de la manière dont elle aurait perçu l'objet? Si aux deux facultés que nous venons de prêter à cette glace, elle joignait maintenant celle de la sensibilité, n'aurait-elle pas pour cet homme, vu par elle de telle ou telle manière, l'espèce de sentiment qu'il lui serait possible de concevoir pour la sorte d'être qu'elle aurait aperçu? La glace qui l'aurait vu beau, l'aimerait; celle qui l'aurait vu affreux, le haïrait; et ce serait pourtant toujours le même individu.
Telle est l'imagination de l'homme, Thérèse; le même objet s'y représente sous autant de formes qu'elle a de différents modes, et d'après l'effet reçu de cette imagination par l'objet, quel qu'il soit, elle se détermine à l'aimer ou à le haïr. Si le choc de l'objet aperçu la frappe d'une manière agréable, elle l'aime, elle le préfère, bien que cet objet n'ait en lui aucun agrément réel; et si cet objet, quoique d'un prix certain aux yeux d'un autre, n'a frappé l'imagination dont il s'agit que d'une manière désagréable, elle s'en éloignera, parce qu'aucun de nos sentiments ne se forme, ne se réalise qu'en raison du produit des différents objets sur l'imagination. Rien d'étonnant, d'après cela, que ce qui plaît vivement aux uns puisse déplaire aux autres, et, réversiblement, que la chose la plus extraordinaire trouve pourtant des sectateurs… L'homme contrefait trouve aussi des miroirs qui le rendent beau.