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Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade d?voile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux d?tails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la libert? des corps comme des esprits, de la cruaut? 'extr?me sensibilit? des organes connue seulement des ?tres d?licats', l'oeuvre du marquis de Sade ?tonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une po?sie d?lirante et pleine d'humour noir.
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Le quatrième je me trouvais encore du souper; il était nombreux et choisi. Ce jour-là, les huit plus belles femmes s'y trouvaient; on m'avait fait la grâce de m'y comprendre; les filles de garde y étaient aussi. Dès en entrant nous vîmes notre nouvelle compagne.

– Voilà celle que la société destine à remplacer Omphale, mesdemoiselles, nous dit Sévérino.

Et en disant cela, il arracha du buste de cette fille les mantelets, les gazes dont elle était couverte, et nous vîmes une jeune personne de quinze ans, de la figure la plus agréable et la plus délicate: elle leva ses beaux yeux avec grâce sur chacune de nous; ils étaient encore humides de larmes, mais de l'intérêt le plus vif; sa taille était souple et légère, sa peau d'une blancheur éblouissante, les plus beaux cheveux du monde, et quelque close de si séduisant dans l'ensemble, qu'il était impossible de la voir sans se sentir involontairement entraîné vers elle. On la nommait Octavie; nous sûmes bientôt qu'elle était fille de la première qualité, née à Paris et sortant du couvent pour venir épouser le comte de ***: elle avait été enlevée dans sa voiture avec deux gouvernantes et trois laquais; elle ignorait ce qu'était devenue sa suite; on l'avait prise seule vers l'entrée de la nuit, et, après lui avoir bandé les yeux, on l'avait conduite où nous la voyions sans qu'il lui fût devenu possible d'en savoir davantage.

Personne ne lui avait encore dit un mot. Nos quatre libertins, un instant en extase devant autant de charmes, n'eurent la force que de les admirer. L'empire de la beauté contraint au respect; le scélérat le plus corrompu lui rend malgré son cœur une espèce de culte qu'il n'enfreint jamais sans remords; mais des monstres tels que ceux auxquels nous avions affaire languissent peu sous de tels freins.

– Allons, bel enfant, dit le supérieur en l'attirant avec impudence vers le fauteuil sur lequel il était assis, allons, faites-nous voir si le reste de vos charmes répond à ceux que la nature a placés avec tant de profusion sur votre physionomie.

Et comme cette belle fille se troublait, comme elle rougissait, et qu'elle cherchait à s'éloigner, Sévérino, la saisissant brusquement au travers du corps:

– Comprenez, lui dit-il, petite Agnès, comprenez donc que ce qu'on veut vous dire est de vous mettre à l'instant toute nue.

Et le libertin, à ces mots, lui glisse une main sous les jupes en la contenant de l'autre; Clément s'approche, il relève jusqu'au-dessus des reins les vêtements d'Octavie, et expose, au moyen de cette manœuvre, les attraits les plus doux, les plus appétissants qu'il soit possible de voir; Sévérino, qui touche, mais qui n'aperçoit pas, se courbe pour regarder, et les voilà tous quatre à convenir qu'ils n'ont jamais rien vu d'aussi beau. Cependant la modeste Octavie, peu faite à de pareils outrages, répand des larmes et se défend.

– Déshabillons, déshabillons, dit Antonin, on ne peut rien voir comme cela.

Il aide à Sévérino, et dans l'instant les attraits de la jeune fille paraissent à nos yeux, sans voile. Il n'y eut jamais sans doute une peau plus blanche, jamais des formes plus heureuses… Dieu, quel crime!… Tant de beautés, tant de fraîcheur, tant d'innocence et de délicatesse devaient-elles devenir la proie de ces barbares! Octavie, honteuse, ne sait où fuir pour dérober ses charmes, partout elle ne trouve que des yeux qui les dévorent, que des mains brutales qui les fouillent; le cercle se forme autour d'elle, et, ainsi que je l'avais fait, elle le parcourt en tous les sens. Le brutal Antonin n'a pas la force de résister; un cruel attentat détermine l'hommage, et l'encens fume aux pieds du dieu. Jérôme la compare à notre jeune camarade de seize ans, la plus jolie du sérail sans doute; il place auprès l'un de l'autre; les deux autels de son culte.

– Ah! que de blancheur et de grâces! dit-il, en touchant Octavie, mais que de gentillesse et de fraîcheur se trouvent également dans celle-ci! En vérité, poursuit le moine en feu, je suis incertain.

Puis, imprimant sa bouche sur les attraits que ses yeux confrontent:

– Octavie, s'écria-t-il, tu auras la pomme; il ne tient qu'à toi, donne-moi le fruit précieux de cet arbre adoré de mon cœur… Oh! oui, oui, donne-m'en l'une ou l'autre, et j'assure à jamais le prix de la beauté à qui m'aura servi plus tôt.

Sévérino voit qu'il est temps de songer à des choses plus sérieuses: absolument hors d'état d'attendre, il s'empare de cette infortunée, il la place suivant ses désirs; ne s'en rapportant pas encore assez à ses soins, il appelle Clément à son aide. Octavie pleure et n'est pas entendue; le feu brille dans les regards du moine impudique, maître de la place, on dirait qu'il n'en considère les avenues que pour l'attaquer plus sûrement; aucune ruse, aucun préparatif ne s'emploient; cueillerait-il les roses avec tant de charmes, s'il en écartait les épines? Quelque énorme disproportion qui se trouve entre la conquête et l'assaillant, celui-ci n'entreprend pas moins le combat; un cri perçant annonce la victoire, mais rien n'attendrit l'ennemi; plus la captive implore sa grâce, plus on la presse avec vigueur, et la malheureuse a beau se débattre, elle est bientôt sacrifiée.

– Jamais laurier ne fut plus difficile, dit Sévérino en se retirant; j'ai cru que pour la première fois de ma vie j'échouerais près du port… Ah! que d'étroit et que de chaleur! c'est le Ganymède des dieux.

– Il faut que je la ramène au sexe que tu viens de souiller, dit Antonin, la saisissant de là, et sans vouloir la laisser relever: il est plus d'une brèche au rempart, dit-il.

Et s'approchant avec fierté, en un instant il est au sanctuaire. De nouveaux cris se font entendre.

– Dieu soit loué! dit le malhonnête homme, j'aurais douté de mes succès sans les gémissements de la victime, mais mon triomphe est assuré, car voilà du sang et des pleurs.

– En vérité, dit Clément, s'avançant les verges en main, je ne dérangerai pas non plus cette douce attitude, elle favorise trop mes désirs.

La fille de garde de Jérôme et celle de trente ans contenaient Octavie: Clément considère, il touche; la jeune fille effrayée l'implore et ne l'attendrit pas.

– Oh! mes amis, dit le moine exalté, comment ne pas fustiger l'écolière qui nous montre un aussi beau cul?

L'air retentit aussitôt du sifflement des verges et du bruit sourd de leurs cinglons sur ces belles chairs; les cris d'Octavie s'y mêlent, les blasphèmes du moine y répondent: quelle scène pour ces libertins livrés, au milieu de nous toutes, à mille obscénités! Ils l'applaudissent, ils l'encouragent; cependant la peau d'Octavie change de couleur, les teintes de l'incarnat le plus vif se joignent à l'éclat des lis; mais ce qui divertirait peut-être un instant l'Amour, si la modération dirigeait le sacrifice, devient à force de rigueur un crime affreux envers ses lois; rien n'arrête le perfide moine; plus la jeune élève se plaint, plus éclate la sévérité du régent; depuis le milieu des reins jusqu'au bas des cuisses, tout est traité de la même manière, et c'est enfin sur les vestiges sanglants de ses plaisirs que le perfide apaise ses feux.

– Je serai moins sauvage que tout cela, dit Jérôme en prenant la belle, et s'adaptant à ses lèvres de coraiclass="underline" voilà le temple où je vais sacrifier… et dans cette bouche enchanteresse…

Je me tais… C'est le reptile impur flétrissant une rose, ma comparaison vous dit tout.

Le reste de la soirée devint semblable à tout ce que vous savez, si ce n'est que la beauté, l'âge touchant de cette jeune fille, enflammant encore mieux ces scélérats, toutes leurs infamies redoublèrent, et la satiété bien plus que la commisération, en renvoyant cette malheureuse dans sa chambre, lui rendit au moins pour quelques heures le calme dont elle avait besoin.

J'aurais bien désiré pouvoir la consoler cette première nuit, mais obligée de la passer avec Sévérino, c'eût été moi-même au contraire qui me fusse trouvée dans le cas d'avoir grand besoin de secours. J'avais eu le malheur, non pas de plaire, le mot ne serait pas convenable, mais d'exciter plus vivement qu'une autre les infâmes désirs de ce sodomite; il me désirait maintenant presque toutes les nuits; épuisé de celle-ci, il eut besoin de recherches; craignant sans doute de ne pas me faire encore assez de mal avec le glaive affreux dont il était doué, il imagina cette fois de me perforer avec un de ces meubles de religieuses que la décence ne permet pas de nommer et qui était d'une grosseur démesurée; il fallut se prêter à tout. Lui-même faisait pénétrer l'arme en son temple chéri; à force de secousses elle entra fort avant; je jette des cris: le moine s'en amuse; après quelques allées et venues, tout à coup il retire l'instrument avec violence et s'engloutit lui-même au gouffre qu'il vient d'entrouvrir… Quel caprice! N'est-ce pas là positivement le contraire de tout ce que les hommes peuvent désirer? Mais qui peut définir l'âme d'un libertin? Il y a longtemps que l'on sait que c'est là l'énigme de la nature: elle ne nous en a pas encore donné le mot.

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