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Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]

Электронная книга - «Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]». Краткое содержание книги:

Qu’arrive-t-il donc aux femmes de Stepford ? Ont-elles toujours été, ainsi que Joanna les découvre en s’installant dans cette ville, de véri­tables poupées ménagères, unique­ment préoccupées de l’entretien de leur intérieur et du bien-être de leur famille ? Ou alors sont-elles victimes de leurs maris, tous adhé­rents du « Club des Hommes », qui se réunissent chaque soir dans une vieille bâtisse mystérieuse interdite aux femmes ?
Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l’aide de deux amies nouvel­lement arrivées. Quelle n’est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l’image des autres femmes de la ville. L’inquiétude devient rapidement de l’angoisse…
Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, clima­tisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
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Les hommes la précédaient à pas comptés. Le plus petit portrait un pardessus brun et une casquette de cuir rouge, et son compagnon, une chemise verte et des pantalons marron glissés dans des bottes de même couleur. Ses cheveux blonds tiraient sur le roux.

La veste de mouton qu’il lui avait prêtée était confortable aux épaules de Joanna. Sa forte odeur – d’animal, de vie – était agréable à respirer.

Bobbie allait saigner ! C’était pure coïncidence que Dale Coba ait travaillé sur les robots de Disneyland, que Claude Axhelm se prenne pour Pygmalion, qu’Ike Mazzard dessine des portraits flatteurs. Coïncidence qu’elle ait sombré dans… la folie. Parfaitement, la folie. « Rien de catastrophique, avait dit le Dr Fancher en souriant. Je suis certaine de pouvoir vous aider. »

Bobbie allait saigner et Joanna, elle, rentrerait à la maison se réchauffer.

Auprès de Walter ?

À quand remontait cette méfiance qu’elle éprouvait à son égard, cette impression de néant entre elle et son mari ? Qui en portait la responsabilité ?

Le visage de Walter s’était arrondi. Pourquoi ne l’avait-elle pas remarqué plus tôt ? S’était-elle trop concentrée sur ses travaux photographiques ? Avait-elle passé trop de temps dans sa chambre noire ?

Lundi, elle appellerait le Dr Fancher et elle irait s’allonger sur le divan de cuir brun ; elle pleurerait peut-être un peu mais elle s’efforcerait de redevenir une femme heureuse.

Les deux hommes l’attendaient au coin de Fox Hollow Lane.

Elle se força à presser le pas.

* * *

Frank était posté sur le seuil éclairé de Bobbie.

Après avoir échangé quelques mots avec lui, les deux hommes se retournèrent vers Joanna qui montait lentement l’allée.

Frank sourit.

— Elle a dit oui, annonça-t-il. Si ça doit vous rassurer, elle le f-fera avec p-plaisir.

Joanna tendit la torche à l’homme à la chemise verte, et nota au passage combien son gros visage était tanné et énergique.

— Nous vous attendrons ici, dit-il en lui reprenant sa veste de mouton.

— Surtout, protesta Joanna, qu’elle ne se sente pas obligée…

— Non, non, allez-y. Sinon vos doutes risquent de resurgir.

Frank s’avança.

— Elle est dans sa cuisine.

Joanna entra dans la maison qui l’enveloppa de sa chaleur. D’en haut se déversaient des flots de rock-music aux accents tour à tour éclatants et feutrés.

Elle parcourut toute la longueur du vestibule, non sans plier et déplier ses doigts engourdis.

En pantalon rouge et tablier brodé d’une énorme marguerite, Bobbie l’attendait, souriante, dans la cuisine.

— Bonsoir, Joanna, lança-t-elle.

Et elle sourit, belle et plantureuse. Un robot, Bobbie ? Impossible !

— Bonsoir, répondit Joanna, qui, saisissant le montant de la porte, s’y appuya de tout son long et y reposa sa tempe.

— Navrée d’apprendre ta triste condition, dit Bobbie.

— Je suis tout aussi navrée de m’y trouver, crois-moi.

— Je ne vois aucun inconvénient à m’ouvrir un peu le doigt, si ça peut te tranquilliser, déclara Bobbie qui, d’un pas harmonieux, tranquille et gracieux, se dirigea vers un des plans de travail.

Elle tira sur un tiroir.

— Bobbie, commença Joanna.

Elle ferma les paupières puis les releva.

— Vous êtes bien Bobbie, n’est-ce pas ? se reprit-elle.

— Évidemment, rétorqua Bobbie, un couteau à la main. Viens par ici, ordonna-t-elle en s’approchant de l’évier. D’où tu es placée, tu ne verrais rien.

Là-haut, le rock se déchaîna.

— Que se passe-t-il ? demanda Joanna.

— Je l’ignore. Ce doit être Dave qui occupe les garçons. Approche-toi. Tu ne peux rien voir.

Son couteau était énorme, avec une lame pointue.

— Tu risques de t’amputer avec ce truc, fit observer Joanna.

— Je vais faire attention, répondit Bobbie avec un sourire. Approche-toi, ajouta-t-elle, engageante, brandissant son énorme couteau.

Joanna redressa la tête et lâcha son appui. Elle pénétra dans cette cuisine si étincelante, si immaculée – si inattendue de la part de Bobbie.

Elle s’arrêta net. Cette musique, c’est pour noyer mes hurlements, pensa-t-elle. Ce n’est pas son doigt que Bobbie va trancher mais ma propre…

— Approche-toi, l’invita gentiment Bobbie, toujours postée près de l’évier, armée de son couteau pointu.

Rien de catastrophique, docteur Fancher ? que de croire qu’il s’agit de robots et non de femmes ? Que de m’imaginer que Bobbie s’apprête à m’assassiner ? Vous êtes vraiment sûre de pouvoir m’aider ?

— Surtout, ne t’y crois pas obligée, dit-elle à Bobbie.

— Ça te tranquillisera, répondit celle-ci.

— Après le Jour de l’An, j’ai rendez-vous avec un psychiatre, dit Joanna. Mes angoisses seront dissipées. Du moins je l’espère.

— Approche, répéta Bobbie. Les hommes attendent.

Joanna s’avança vers Bobbie qui, debout près de l’évier, le couteau à la main, semblait si réelle de partout – la peau, les yeux, les mains, les seins palpitant sous le tablier – qu’il était impossible, tout bonnement impossible, qu’elle soit un robot. Un point c’est tout.

* * *

Sur le seuil de la maison, les hommes attendaient, l’haleine fumante, les mains enfouies au fond de leurs poches. Frank, lui, se déhanchait au rythme assourdissant du rock.

— Qu’est-ce qui peut prendre aussi longtemps ? demanda Bernie.

Ses compagnons haussèrent les épaules.

Les cuivres se firent plus stridents.

— Je vais téléphoner à Walter pour lui dire que nous avons trouvé sa femme, annonça Wynn.

Il entra dans le vestibule.

— Profites-en pour demander à Dave ses clés de voiture, lui cria Frank.

3

Le parking du supermarché était déjà bondé, mais elle réussit à se caser près de l’entrée, ce qui, ajouté à la tiédeur du soleil et à la douce odeur humide de l’air qui l’accueillirent à sa descente de voiture, lui rendit un peu plus supportable la corvée des courses.

Émergeant du magasin, Miss Austrian boitillait à sa rencontre, appuyée sur une canne, un petit sac en papier à la main et – incroyable ! – un aimable sourire sur son visage de Dame de Cœur. Pour elle, ce sourire ?

— Bonjour, Mrs Hendry, dit la bibliothécaire.

Tiens, les Noirs ne sont plus tabous, maintenant ?

— Bonjour, répondit-elle.

— Mars semble, dirait-on, nous quitter sur un sourire…

— En effet, n’empêche que, jusqu’ici, il nous a mené la vie dure.

Miss Austrian fit une pause pour mieux l’observer.

— Voilà des mois qu’on ne vous a vue à la bibliothèque, dit-elle. J’espère que vous ne nous avez pas délaissés au profit de la télévision.

— Pas de danger ! répondit Ruth-Anne en souriant. J’ai beaucoup travaillé, c’est tout.

— À un nouveau livre ?

— Oui.

— Félicitations. Avertissez-moi quand il sortira. Nous le commanderons.

— Comptez sur moi. D’ailleurs, vous allez bientôt me revoir. Mon bouquin est presque terminé.

— Bonne journée, dit, avec un aimable sourire, Miss Austrian qui repartit en boitillant.

Un exemplaire de vendu, c’était toujours ça, pensa Ruth-Anne.

Sans doute s’était-elle montrée trop chatouilleuse. Miss Austrian affichait peut-être la même froideur à l’égard de tous les nouveaux venus, fussent-ils blancs, tant qu’ils n’avaient pas fait la preuve de leur assiduité.

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