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Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]

Электронная книга - «Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]». Краткое содержание книги:

Qu’arrive-t-il donc aux femmes de Stepford ? Ont-elles toujours été, ainsi que Joanna les découvre en s’installant dans cette ville, de véri­tables poupées ménagères, unique­ment préoccupées de l’entretien de leur intérieur et du bien-être de leur famille ? Ou alors sont-elles victimes de leurs maris, tous adhé­rents du « Club des Hommes », qui se réunissent chaque soir dans une vieille bâtisse mystérieuse interdite aux femmes ?
Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l’aide de deux amies nouvel­lement arrivées. Quelle n’est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l’image des autres femmes de la ville. L’inquiétude devient rapidement de l’angoisse…
Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, clima­tisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
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— J’ai commencé à soupçonner que, derrière tout cela, il y a les hommes.

Le Dr Fancher ne sourit ni ne marqua aucune surprise.

— Quels hommes ? demanda-t-elle.

Joanna était toujours perdue dans la contemplation de ses mains.

— Mon mari, répondit-elle. Le mari de Bobbie, celui de Charmaine.

Elle se décida à regarder le Dr Fancher.

— Tous les hommes, affirma-t-elle.

Et elle se lança alors dans une description du Club à l’intention du Dr Fancher.

— Il y a environ deux mois, je prenais, un soir, des photos du centre de la ville, commença-t-elle. On y a construit de ces boutiques style colonial au pied de la colline où est perché le Club. Ce soir-là, les fenêtres en étaient grandes ouvertes et il flottait dans l’air une odeur de produits pharmaceutiques ou chimiques. Puis les stores s’abaissèrent, peut-être parce que ma présence était connue : un policier en effet m’avait repérée et s’était arrêté pour me parler.

Elle se pencha en avant.

— Le long de la route 9, on a élevé une série d’installations industrielles de pointe. Beaucoup des cadres qu’elles emploient habitent à Stepford et appartiennent au Club. Tous les soirs il s’y passe des choses et ça ne se résume pas, je crois, à réparer des jouets pour les enfants nécessiteux ou à faire des parties de billard ou de poker. L’AmeriChem-Willis et Stevenson Biochemical y sont représentés. Peut-être y fabrique-ton, dans ce Club, un truc… dont le Service d’hygiène n’a jamais entendu parler…

Elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise et se remit à s’essuyer les mains sur ses cuisses, sans regarder le Dr Fancher.

Celle-ci entreprit de l’interroger sur ses origines familiales, sa passion de la photo et les divers emplois qu’elle avait pu occuper, ainsi que sur Walter et les enfants.

— Tout déménagement provoque un certain traumatisme, expliqua-t-elle. Particulièrement quand il s’effectue dans le sens New York-banlieue, pour une femme qui ne se contente pas du simple rôle de maîtresse de maison. Il peut donner alors l’impression d’un exil en Sibérie, précisa-t-elle en souriant à Joanna. Et la période des fêtes ne vient rien arranger. Elle tend, au contraire, pour tout le monde, à magnifier les angoisses. J’ai souvent pensé qu’une année il faudrait se donner de vraies vacances et laisser tomber toutes ces histoires.

Joanna esquissa un sourire.

Le Dr Fancher inclina le buste et s’accouda à son bureau, les mains jointes.

— Je comprends très bien que vous ne vous plaisiez pas dans une ville où les femmes ne songent qu’à leur intérieur, dit-elle à Joanna. Moi aussi, je réagirais comme vous. Aucune femme ayant d’autres intérêts ne s’en contenterait. Mais je me demande – et je pense que votre mari se pose aussi la question – si vous seriez heureuse, en ce moment, à Eastbridge ou ailleurs.

— Ça, j’en suis convaincue, affirma Joanna.

Le Dr Fancher contempla ses doigts en faisant tourner son alliance, puis leva les yeux sur Joanna.

— Les villes, déclara-t-elle, se créent peu à peu leur propre personnalité en fonction des gens qui choisissent d’y vivre. Récemment, des artistes et des écrivains ont commencé à venir s’installer ici, à Sheffield, et ceux qui les ont jugés trop bohèmes sont partis vivre ailleurs. Si bien que, maintenant, nous sommes une ville d’artistes et d’intellectuels ; pas exclusivement, bien sûr, mais suffisamment pour nous différencier de Norwood et de Kimball. Je suis certaine que Stepford a évolué de la même façon. Cela me paraît beaucoup plus probable que votre hypothèse d’un complot d’hommes visant à inventer quelque substance chimique destinée à laver les cerveaux féminins. En seraient-ils d’ailleurs vraiment capables ? Bien sûr, un tranquillisant serait à leur portée. Mais ces ménagères ne me paraissent pas sous l’effet d’un calmant. Elles se montrent travailleuses et actives au sein de leur champ limité d’intérêts. Même pour des chimistes très avancés, une telle découverte nécessiterait des recherches considérables.

— Je sais parfaitement combien tout cela peut vous paraître…, hasarda Joanna en se massant la tempe.

— Je ne vois là que l’idée d’une femme qui, comme beaucoup de ses pareilles aujourd’hui, éprouve, à juste titre, une méfiance et un ressentiment profonds à l’égard des hommes. D’une femme qui est tiraillée par des impératifs conflictuels ; plus fortement peut-être qu’elle n’en a conscience : d’un côté les vieilles traditions, et, de l’autre, les nouvelles conventions de la femme libérée.

Joanna secoua la tête.

— Si seulement vous pouviez voir à quoi ressemblent ces bonnes femmes de Stepford, De vraies actrices de films publicitaires. Non, même pas… Elles ont l’air… elles ont l’air…

Elle se pencha en avant.

— Il y a quatre ou cinq semaines, expliqua-t-elle, j’ai surpris mes enfants en train de regarder une émission de télé, où des incarnations de tous les présidents américains évoluaient, en se livrant à diverses contorsions. Abraham Lincoln lui-même s’est levé pour prononcer le discours de Gettysburg ; il était si ressemblant qu’on aurait…

Elle s’interrompit.

Après une brève attente, le Dr Fancher hocha la tête.

— Plutôt que d’imposer aux vôtres un déménagement immédiat, conseilla-t-elle, je crois que vous devriez envi…

— Disneyland, s’exclama Joanna. Cette émission avait été tournée à Disneyland.

Le Dr Fancher sourit.

— Je sais. Mes petits-enfants ont été là-bas l’été dernier, et ils m’ont raconté qu’ils y avaient « rencontré » Lincoln.

L’œil hagard, Joanna détourna la tête.

— Je pense que vous devriez envisager une psychothérapie, déclara le Dr Fancher, Ne serait-ce que pour identifier et décanter vos sentiments. Ensuite, vous pourrez déménager en toute connaissance de cause, peut-être à Eastbridge, peut-être à nouveau à New York ; peut-être d’ailleurs Stepford vous paraîtra-t-il moins étouffant.

Joanna se tourna vers elle.

— Voulez-vous y réfléchir pendant un jour ou deux et m’appeler ? Je suis certaine de pouvoir vous aider. Ça vaut bien quelques heures d’exploration, non ?

Joanna se contenta de hocher affirmativement la tête.

Le Dr Fancher attrapa un stylo dans un plumier et inscrivit quelques mots sur une feuille d’ordonnance.

Sans la quitter des yeux, Joanna se leva et prit son sac posé sur le bureau.

— Voici de quoi vous aider à patienter, dit le Dr Fancher. Ce sont des tranquillisants bénins. À prendre à raison de trois par jour.

Elle arracha la feuille qu’elle tendit en souriant à Joanna.

— Ne craignez rien ; ils ne vous inspireront pas la passion du ménage !

Joanna prit l’ordonnance.

Le Dr Fancher se leva.

— Je compte m’absenter la semaine de Noël. Mais nous pourrions commencer à partir du 3. Appelez-moi lundi ou mardi pour me dire ce que vous aurez décidé.

Joanna hocha affirmativement la tête.

Le Dr Fancher sourit.

* * *

Une intense activité régnait à la bibliothèque. Miss Austrian indiqua que les périodiques étaient au sous-sol. Première porte à gauche, rayon du bas. Surtout remettez tout dans l’ordre. Abstenez-vous de fumer. Éteignez en sortant.

Joanna descendit le petit escalier raide en tâtonnant le long du mur. Il n’y avait pas de rampe.

Première porte à gauche. Elle trouva le commutateur à l’intérieur. Une fluorescence irritante pour les yeux, une odeur de vieux papier, un gémissement de moteur qui tournait à l’aigu l’accueillirent.

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