Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]
- Автор: Левин Айра
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- ISBN: 2-226-00106-9
- Переводчик: Tanette Prigent
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]». Краткое содержание книги:
Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l’aide de deux amies nouvellement arrivées. Quelle n’est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l’image des autres femmes de la ville. L’inquiétude devient rapidement de l’angoisse…
Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, climatisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
— Non.
— Désolé de l’apprendre. Voulez-vous que je la fasse visiter dès maintenant. J’ai dans mon bureau un couple qui serait…
— Non, non, pas encore, coupa-t-elle. Je vous donnerai une réponse demain.
— Voyons, dit Walter qui tentait de l’apaiser avec gestes à l’appui. Calme-toi un instant.
— Non, dit-elle en secouant la tête. Non ! Quelle que soit sa nature, le virus met quatre mois à opérer, ce qui signifie que j’ai encore un mois devant moi. Peut-être moins ; nous avons emménagé ici le 4 septembre.
— Joanna, pour l’amour du ciel !
— Charmaine s’est installée en juillet. Dès septembre, la transformation s’est opérée. Bobbie, elle, est arrivée en août, et nous voilà maintenant en décembre.
D’une volte-face, elle s’écarta de lui. Un filet d’eau coulait dans l’évier, elle assena un grand coup sur le robinet et la fuite cessa.
— Voyons, tu as pourtant reçu une réponse du Service d’hygiène, objecta Walter.
— Ce n’était qu’un ramassis de conneries, comme dirait Bobbie.
Elle se retourna et regarda Walter droit dans les yeux.
— Il y a quelque chose, il faut qu’il y ait quelque chose. Fais-moi plaisir et va voir Bobbie. Elle a des seins qui pointent jusque-là, et ses fesses sont tellement sanglées qu’on ne les voit pratiquement plus ! Son intérieur pourrait figurer dans une publicité télévisée. Comme celui de Carol, de Donna et de Kit Sundersen.
— Il fallait bien qu’elle se décide à le nettoyer un jour ou l’autre, on se serait cru dans une porcherie.
— Mais, Walter, elle a changé ! Elle ne parle plus comme avant, elle ne pense plus comme avant – et je n’ai aucune envie que ça m’arrive à moi.
— Non, nous ne…
Kim, les joues toutes rouges sous son capuchon bordé de fourrure, surgit du patio.
— Laisse-nous tranquilles, Kim, dit Walter.
— Je viens chercher le goûter, protesta Kim. On part se promener.
Joanna alla ouvrir la boîte en fer et en sortit des gâteaux secs qu’elle fourra dans les mitaines de Kim.
— Voici. Mais ne vous éloignez pas trop de la maison, la nuit va tomber.
— On ne peut pas avoir des gaufrettes ?
— Il n’y en a plus. Va-t’en.
Kim sortit. Walter referma la porte.
Joanna essuya les miettes collées sur sa main.
— La maison que j’ai en vue est plus jolie que la nôtre, dit-elle. Nous pourrions l’avoir pour cinquante-trois mille cinq cents dollars – le prix que nous obtiendrons pour celle-ci, m’a dit Buck Raymond.
— Nous ne déménagerons pas, s’obstina Walter.
— Mais tu as dit que tu étais d’accord.
— Pour l’été prochain, pas…
— L’été prochain, je ne serai plus moi-même !
— Joanna !…
— Tu ne comprends pas ? En janvier, ça va être mon tour.
— Rien ne peut t’arriver !
— C’est ce que j’avais dit à Bobbie. Quand je pense combien j’ai pu me moquer d’elle et de son eau minérale !
Walter s’approcha.
— Il n’y a rien dans l’eau, rien dans l’air, expliqua-t-il. Tes amies ont changé pour les raisons que je t’ai exposées : elles ont pris conscience de leur paresse et de leur négligence. Il était grand temps que Bobbie commence à se soucier de sa présentation. Toi aussi, tu pourrais peut-être t’en préoccuper un peu et consulter quelquefois ton miroir.
Elle ouvrit de grands yeux. Rougissant, il détourna la tête.
— Je parle sérieusement, dit-il en se décidant à regarder Joanna. Tu es une femme ravissante, mais tu te laisses bougrement aller, sauf s’il y a une sortie ou une soirée en perspective.
Sur ces mots, il partit se planter devant la cuisinière dont il se mit à tripoter un bouton.
Elle l’observait, figée sur place.
— Écoute ce qu’on va faire, commença-t-il.
— Tu tiens à me voir changer ?
— Bien sûr que non, ne fais pas l’idiote, répondit-il en faisant volte-face.
— Voilà ton idéal ? Une jolie petite hausfrau bien pomponnée ?
— J’ai dit simplement que…
— Et voilà pourquoi Stepford était le seul endroit où s’installer. Quelqu’un t’avait-il refilé le tuyau : emmène-la à Stepford, mon vieux Wally. L’air y contient un truc qui te la transformera en quatre mois.
— L’air d’ici ne contient rien, rétorqua Walter. Tout ce qu’on m’avait dit, c’est qu’il y avait de bonnes écoles et que les impôts n’étaient pas élevés. Maintenant, écoute-moi bien. J’essaye de me mettre à ta place et de raisonner en toute objectivité. Tu veux déménager parce que tu as peur de « changer » comme tu dis ; et moi, je crois que tu te montres déraisonnable, voire un peu hystérique, et qu’un déménagement maintenant risque d’entraîner pour nous tous et surtout pour les enfants des complications injustifiées.
Il se tut pour reprendre souffle.
— Bon, voilà ce que nous allons faire, poursuivit-il. Tu vas commencer par avoir un entretien avec Alan Hollingsworth, et s’il dit que tu…
— Qui ça ?
— Alan Hollingsworth, bredouilla-t-il gêné. Tu sais, le psychiatre. Si, d’après lui, tu ne passes pas par une sorte…
— Je n’ai nul besoin de psychiatre, protesta-t-elle. Et s’il m’en fallait un, je ne choisirais pas Alan Hollingsworth. J’ai aperçu sa femme à une réunion de parents d’élèves, elle fait partie du lot. Tu peux parier qu’il me déclarera cinglée.
— Alors, trouve quelqu’un d’autre, peu m’importe qui. S’il ne s’agit pas pour toi d’une crise hallucinatoire ou autre, nous déménagerons aussitôt que possible. J’irai voir cette maison demain matin, et je verserai même des arrhes dessus.
— Je n’ai nul besoin de psychiatre, répéta-t-elle. Ce dont j’ai besoin, c’est de quitter Stepford.
— Voyons, Joanna. J’ai le sentiment d’être vachement équitable. Tu nous demandes de bouleverser nos existences, mais je juge que tu nous dois à tous – et surtout à toi-même – de fournir la preuve que ta vision des choses est aussi claire que tu te l’imagines.
Elle fixa son regard sur lui.
— Alors ? s’enquit-il.
Elle ne dit mot, se contentant de regarder son mari.
— Alors, répéta-t-il. Ma proposition ne t’apparaît pas comme raisonnable ?
— C’est quand elle s’est retrouvée en tête à tête avec Dave que Bobbie a changé, et quand elle s’est retrouvée en tête à tête avec Ed que Charmaine a changé.
Découragé, il préféra regarder ailleurs.
— Et à moi, quand ça va-t-il m’arriver ? demanda-t-elle. Pendant notre week-end à deux.
— L’idée vient de toi, non ?
— L’aurais-tu proposée si je ne t’avais devancé ?
— Tu vois où tu en es arrivée. Es-tu seulement consciente de ce que tu dis ? Je veux que tu réfléchisses à mes conditions. Tu ne peux pas bouleverser ainsi notre existence à tous sur un coup de tête. Tu es absurde de compter là-dessus.
Il tourna les talons et quitta la pièce.
Figée sur place, elle porta la main à son front et ferma les yeux. Au bout de quelques minutes d’immobilité, elle laissa tomber sa main, ouvrit les paupières et secoua négativement la tête. Elle s’approcha alors du réfrigérateur qu’elle ouvrit pour en sortir un récipient couvert d’une feuille d’aluminium et un morceau de viande sous cellophane.
Assis à son bureau, il écrivait sur un bloc-notes jaune. Posée sur le cendrier, une cigarette émettait des volutes de fumée dans le cercle lumineux de la lampe. Il leva les yeux à l’arrivée de Joanna et ôta ses lunettes.