Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]
- Автор: Левин Айра
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- ISBN: 2-226-00106-9
- Переводчик: Tanette Prigent
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les femmes de Stepford [The Stepford Wives - fr]». Краткое содержание книги:
Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l’aide de deux amies nouvellement arrivées. Quelle n’est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l’image des autres femmes de la ville. L’inquiétude devient rapidement de l’angoisse…
Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, climatisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?
— Entendu, dit-elle. Je… verrai quelqu’un. Mais je préférerais une femme.
— Parfait. C’est une excellente idée.
— Demain tu iras déposer des arrhes sur la maison ?
— Promis, sauf si elle présente des vices majeurs.
— Pas de danger. C’est une bonne construction qui ne remonte qu’à dix ans. Et les conditions de prêt sont très avantageuses.
— Parfait.
Elle ne bougea pas, le regard rivé sur lui.
— Veux-tu vraiment que je change ?
— Non, mais j’aimerais de temps en temps que tu mettes un peu de rouge à lèvres. Ce n’est pas une très grande transformation que je te demande. Moi aussi, d’ailleurs, j’aimerais changer un peu, en perdant quelques kilos.
Elle se lissa les cheveux.
— Je crois que je vais descendre travailler un peu dans la chambre noire. Pete ne dort pas encore. Tu voudrais bien tendre l’oreille de temps en temps ?
— Volontiers, dit-il gentiment.
Après lui avoir lancé un dernier regard, elle se détourna et sortit du bureau.
Elle appela le bon vieux service d’hygiène qui la renvoya au Syndicat des médecins où elle obtint les noms et les numéros de téléphone de cinq psychiatres femmes. Les deux plus proches qui habitaient Eastbridge n’avaient pas une heure de disponible avant la mi-janvier, mais la troisième qui exerçait à Sheffield, un peu au nord de Norwood pouvait la recevoir le prochain samedi à 2 heures. Au téléphone, le Dr Margaret Fancher semblait charmante.
Elle liquida ses cartes de vœux et le costume de Pete ; acheta des livres et des jouets pour les enfants ainsi qu’une bouteille de champagne pour Bobbie et Dave. À New York, elle s’était procuré à l’intention de Walter une boucle de ceinture en or et, alors qu’elle avait eu l’intention de fouiner chez les antiquaires de la route 9 à la recherche de vieux documents, elle finit par se décider en faveur d’un cardigan havane.
Les premières cartes de Noël arrivèrent, envoyées par ses parents à elle, les collaborateurs de Walter, les McCormick, les Chamalian et les Van Sant. Elle les aligna sur une étagère du salon.
Elle reçut un chèque de l’Agence : cent vingt-cinq dollars.
Le vendredi après-midi, en dépit des cinq centimètres de neige et des flocons qui continuaient à tomber, elle fourra Pete et Kim dans le break et se rendit chez Bobbie.
L’accueil de Bobbie fut chaleureux, celui des gosses et des chiens démonstratif. Bobbie leur prépara du chocolat et Joanna porta le plateau dans la salle de séjour.
— Regarde où tu mets les pieds, prévint Bobbie, j’ai mis de la cire ce matin.
— Je m’en suis aperçue, dit Joanna.
Elle s’assit dans la cuisine et regarda Bobbie – la belle, la sculpturale Bobbie – en train de nettoyer le four, armée de serviettes en papier et d’une bombe décapante.
— Pour l’amour du ciel, dis-moi quel traitement tu as suivi, demanda Joanna.
— Je mange moins qu’avant, répondit Bobbie. Et je me donne plus d’exercice.
— Tu as bien dû perdre cinq kilos ?
— Non. Seulement un ou un demi. Mais je porte une gaine.
— Bobbie, s’il te plaît, dis-moi ce qui s’est passé le week-end dernier.
— Rien. Nous n’avons pas bougé de la maison.
— Tu n’as pas fumé ? Tu n’as pas pris des trucs ? De la drogue, par exemple ?
— Non. Ne sois pas idiote !
— Bobbie, tu n’es plus toi-même. En as-tu conscience ? Tu es devenue semblable aux autres !
— Franchement, Joanna, tu débloques. Bien sûr que je suis moi-même. Je me suis simplement rendu compte à quel point j’étais négligente et narcissique, tandis que maintenant j’accomplis ma tâche ponctuellement comme Dave remplit la sienne.
— Je sais, je sais, dit Joanna. Et lui, que pense-t-il de tout ça ?
— Il en est très heureux.
— Le contraire m’étonnerait.
— Ce produit est merveilleusement efficace. Tu le connais ?
Non, je ne suis pas folle, pensa Joanna. Je ne suis pas folle.
Johnny, avec deux copains, confectionnait un bonhomme de neige devant la maison voisine. Laissant Pete et Kim dans le break, Joanna alla lui dire bonjour.
— Salut, dit-il. Vous m’apportez des sous ?
— C’est encore trop tôt, répliqua-t-elle en se protégeant le visage contre les gros flocons qui tombaient. Johnny, ce que ta maman a pu changer, je n’y comprends rien !
— Pour ça oui, hein, elle a changé, approuva-t-il en hochant la tête.
— Je n’y comprends rien, répéta Joanna.
— Moi non plus, avoua-t-il. Elle ne crie plus, elle nous sert des petits déjeuners chauds…
Il jeta un coup d’œil inquiet vers la maison. Des flocons de neige s’accrochaient à son visage.
— J’espère que ça durera, mais je parie que non, conclut-il.
Petite, cinquante ans et des poussières, le Dr Fancher arborait une expression espiègle sur un visage qu’encadraient de courtes nattes brunes tirant sur le gris et où pointait un nez de guignol surmonté d’yeux bleu-gris et souriants. Elle portait une robe bleu marine, une alliance et une broche en or où étaient gravés les symboles chinois du Yang et du Yin. Son cabinet était égayé par des meubles Chippendale, des lithos de Paul Klee et des rideaux rayés translucides qui le protégeaient de la réverbération du soleil sur la neige. Joanna dédaigna le divan d’acajou dont l’appuie-tête était gainé d’une housse en papier, et préféra prendre place devant le bureau d’acajou sur lequel s’étalait un sous-main vert d’où s’échappaient comme autant de petits drapeaux une multitude de fiches blanches.
— C’est sur la suggestion de mon mari que je suis venue vous trouver, commença Joanna. Nous avons emménagé à Stepford au début de septembre, mais j’ai été prise du désir d’en partir aussitôt que possible. Nous avons versé des arrhes pour une maison d’Eastbridge, mais seulement sur mes instances. Mon mari a l’impression que je suis…, que je déraille un peu.
Et elle raconta au Dr Fancher pourquoi elle voulait déménager et lui décrivit les femmes de Stepford ainsi que la façon dont Charmaine, puis Bobbie avaient changé pour devenir semblables aux autres.
— Êtes-vous jamais allée à Stepford ? demanda-t-elle enfin.
— Une seule fois, répondit le Dr Fancher. On m’avait dit que ça valait le coup d’œil, ce qui est vrai. Et on m’a dit aussi que c’est une communauté fermée, sans échanges possibles.
— C’est le cas, croyez-moi.
Le Dr Fancher avait entendu parler de la ville du Texas au faible taux de criminalité.
— Il semble qu’il y ait du lithium là-dessous, ajouta-t-elle. J’ai lu dans la presse un article à ce sujet.
— Avec mon amie Bobbie, nous avons écrit au Service d’hygiène. On nous a répondu que Stepford ne comportait rien qui soit susceptible d’exercer une action nocive. Nous avons dû passer pour des cinglées. À l’époque, en fait, je jugeais les inquiétudes de Bobbie excessives. Si je l’ai aidée à rédiger cette lettre, c’était uniquement sur sa demande…
Joanna baissa les yeux sur ses mains jointes qu’elle se mit à frotter l’une contre l’autre.
Le Dr Fancher gardait le silence.
— J’ai commencé à soupçonner… reprit Joanna. Seigneur ! ce mot semble si…
Les yeux toujours baissés, elle continuait à tripoter ses mains.
— Vous avez commencé à soupçonner quoi ? demanda le Dr Fancher.
Joanna décroisa ses mains pour les essuyer sur sa jupe.