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San-Antonio polka

Электронная книга - «San-Antonio polka». Краткое содержание книги:

Sans vouloir me vanter, vous savez bien que je suis suffisamment sublime pour ne pas avoir besoin de me faire mousser, je suis un skieur de first quality. Selon Béru, je possède à fond la technique du « sale-homme géant », du « Juliénas léger » et du « rapage contrôlé ».
Et c'est peut-être grâce à ces qualités que j'ai pu éviter une catastrophe nationale !
Comment ?
Entrez dans la danse et vous le saurez. Et en avant la polka de San-Antonio.
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— Mais je ne sais rien ; je ne comprends pas ce que vous me demandez ! Qu'est-ce que tout cela signifie ?

— Tu veux me faire avaler ton innocence comme tout à l'heure ton narcotique, poupée ?

Elle en reste comme deux ronds de frites.

— Quoi ?

Je lui désigne Pinaud. Elle le reconnaît vaguement et commence à piger qu'il y a eu, à cause de sa pomme, du sable dans l'huile à salades ! Pour l'achever, je lui mets mes lunettes truquées.

— Chuchote quelque chose à la jeune fille, Pinaud, manière de lui faire admettre son erreur.

— Vous êtes marron, murmure très bas le débris vivant.

Cette fois, miss Peste a pigé.

— J'ai été, grâce à cette remarquable invention, tenu au courant de vos moindres faits et gestes, ma gosse. L'échange des valises avec la housse et tout… Et ton complice qui se trouve maintenant dans la brouette de la chère Eva. Tu vois ?

Elle voit. Mais elle s'enferme dans un mutisme absolu.

— Dis-moi tout de suite où ils vont. Tout de suite, entends-tu, sinon ça va saigner pour ta jolie peau !

Moi je pense à mes trois zigotos perdus dans ce coin d'Afrique. Cette fois, je ne laisserai pas échapper l'occasion qui s'offre de coiffer la bande. J'ouvre la portière de mon côté et je cramponne la môme Huguette par le bustier. Elle se débat, hurle, supplie mais je reste aussi insensible qu'une motte de saindoux devant la mer de Glace. Elle a le buste à moitié sorti hors de l'auto. La tête en bas, les yeux à quarante centimètres de la route qui défile à cent quarante à l'heure !

— Tu vas parler, dis, petite garce ? Ou je te largue tout à fait !

Mes collègues d'Auxerre n'en reviennent pas. Ils se disent qu'à Pantruche les poulagas ont de drôles de méthodes : Huguette, morte de frousse, hurle comme une truie qu'on égorge. Je la retire de sa fâcheuse position, mais sans relourder la portière.

— Dis-nous vite où ils vont, sinon tu y passes !

— A l'avion, bégaye-t-elle.

Ses cheveux décoiffés ressemblent à une tête de loup. Elle a le sang au visage et ses yeux sont rouges. Des larmes coulent sur ses joues, elle ne songe pas à les essuyer.

— Et où est-il, l'avion ?

— Dans un champ… C'est dans le Morvan. Je ne sais pas où exactement !

M'est avis que ça ne doit pas être loin d'ici, car sinon l'accident-bidon aurait eu lieu plus loin. Je pense que ces canailles ont pris un chemin de traverse, sinon nous les aurions recollés à l'allure où nous allons !

— Vous avez la radio à bord ? je demande aux poulardins.

— Oui, M'sieur le commissaire.

— Etablissez immédiatement un contact avec la base de Villacoublay.

Ces messieurs les grosses tronches s'activent. La petite Huguette hoquette. Elle est dans un état de prostration très avancé pour son âge.

— Vous l'avez, monsieur le commissaire.

— Thank you vert' much ! fais-je en me penchant par-dessus la banquette pour pouvoir jacter in the micro.

Je me fais connaître, je donne mon chiffre, et j'annonce à ces messieurs qu'un avion clandestin va s'envoler du Morvan d'un instant à l'autre. Il mettra probablement le cap sur l'Afrique. Ordre de l'intercepter coûte que coûte, par n'importe quel moyen et de le contraindre à atterrir sur l'aérodrome de Chalon-sur-Saône.

Les gars me disent que c'est O.K. Ils vont alerter les radars et des escadrilles de chasse. J'ai idée que ma brave Eva va avoir des émotions fortes d'ici pas longtemps et peut-être avant.

— Alors, Monsieur le commissaire, on fait quoi t'est-ce ? s'informe le conducteur.

— On met le cap sur Chalon, dis-je. Inutile de rouler à tombeau ouvert, maintenant c'est aux aviateurs de jouer.

CHAPITRE XV

Une heure plus mieux tard, comme le dit Béru qui cause si bien français à ses heures, nous débouchons sur l'aéroport de Chalon. Il jouxte la Nationale. On a prévenu de notre arrivée et il y a des lumières à Giono.

Nous nous rangeons aux abords et nous matons l'immense champ. Aucun appareil n'est en vue. J'appelle Villacoublay.

— Rien de signalé, Monsieur le commissaire ! fait la voix monstrueusement indifférente du radio.

— Cet avion serait-il passé entre les mailles du filet ?

— C'est possible s'il n'a pas pris le cap sud. Car les moyens de repérage se sont exercés avant tout sur une ligne Lyon-Bordeaux.

— Tenez-moi au courant, nous restons en liaison.

— Entendu !

Un moment s'écoule. Les gars de l'aérodrome viennent bavarder avec nous. On s'offre des cigarettes, on cause de la pluie et du mauvais temps… Et puis, tu tu tu tutu ! La radio retentit.

— Un avion clandestin est signalé au-dessus du territoire suisse. Il se dirige plein sud. Vitesse de croisière 300 kilomètres-heure.

Je deviens rouquinos comme une pivoine qui regarderait se déloquer un cardinal indien. Ces peaux de vache nous ont échappé. Ils ont pris toutes les précautions et, au lieu de piquer sur la Méditerranée, ont fait un crochet pour se mettre à l'abri des avions de reconnaissance français.

— L'aviation helvétique peut-elle prendre l'appareil en chasse ?

— Elle n'en aura pas le temps. Il se trouvera au-dessus de l'Italie.

— Alors l'aviation italienne !

— Les formalités seront peut-être trop longues. En tout état de cause, même si la reconnaissance italienne poursuivait l'avion pirate, elle ne pourrait le contraindre d'atterrir qu'en territoire italien !

Je bous-.

— Dites, les gars. Ce coucou de mes deux fait du trois cents à l'heure, dites-vous. Si vous mettez un zinc faisant trois fois cette vitesse, nous l'aurons vite rattrapé, non ?

— Bien sûr.

— Drivez illico un « Mystère IV » sur Chalon-sur-Saône et demandez aux Italiens de suivre le vol de l'appareil en question.

Le mec est estomaqué.

— Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais…

— Demandez confirmation de cet ordre à Paris et agissez, c'est d'une importance capitale. Capitale ! Vous m'entendez !

— Très bien : je transmets.

Le silence revient. Le père Pinuche qui vient tout juste de se réveiller demande :

— Tu as l'intention de courser l'avion au-dessus de la Méditerranée ?

— Exactement.

— Mais tu ne pourras pas le forcer à atterrir.

— Ne t'occupe pas du chapeau de la gamine, Vieillard. Laisse flotter les rubans sans t'inquiéter si la feuille se décolle.

A nouveau la radio.

— Ordre transmis, commissaire. Un avion part immédiatement de la base de Troyes et atterrira d'ici une quinzaine de minutes à Chalon.

— Merci.

Il ne reste plus qu'à poireauter.

— J'y vais aussi ? demande Pinuche.

— Of course, old boy.

— Tu sais que je crains un peu l'avion. Ça me barbouille !

— Tu te débarbouilleras à l'arrivée.

Je demande à mes collègues de l'Yonne une paire de menottes et je passe les bracelets aux poignets graciles de la petite Huguette.

— Mettez-moi cette douce enfant en lieu sûr en attendant des instructions ultérieures. Surtout ne vous laissez pas attendrir par ses yeux de Joconde.

— On n'a pas l'habitude de se laisser attendrir, assure le gros poultock. C'est plutôt nous qu'on attendrirait les coriaces, pas vrai, Duraton ?

— Un peu, mon neveu, rétorque le chauffeur.

On se grille deux cigarettes chacun, et un grondement emplit le ciel. Un zinc impétueux décrit une courbe au-dessus du terrain et s'y pose superbement. Le détritus et moi y courons.

Ils sont deux zigs à bord : le pilote et le radio. On ne perd pas son temps à se raconter la vie de son grand-père non plus qu'à se demander si le ramassage du bouton de jarretelle dans les cinémas est une industrie à expansion. Il reste deux places à bord et nous les occupons.

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