San-Antonio polka
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #52
- Год: 1969
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «San-Antonio polka». Краткое содержание книги:
Et c'est peut-être grâce à ces qualités que j'ai pu éviter une catastrophe nationale !
Comment ?
Entrez dans la danse et vous le saurez. Et en avant la polka de San-Antonio.
Miss Thé et Sympathie boit le sien.
— Le fait est qu'il n'est pas très fameux ! admet la charmante enfant.
Vous avouerez que, dans ce livre, les grognaces sont toutes très belles et toutes très garces. On dirait qu'elles mènent le jeu, ces mignonnettes.
Je perçois un léger ronflement. C'est le philodendron qui vient de s'endormir. Pour la véracité de la scène, je feins des bâillements.
— Je crois que le marchand de sable m'en a collé une pleine brouette dans les mirettes, balbutié-je.
Le conducteur du bus la ramène et annonce le prochain départ : Je me caille un peu le raisin pour Pinuche, mais j'ai la satisfaction de l'apercevoir dans le car, déjà réinstallé. L'œil atone, la moustache pendante, il ressemble à un vieux rat empaillé.
Maintenant il fait noye, Le ronron du car est soporifique.
— Je sens que je vais piquer un petit somme, lapin bleu, dis-je, vous m'excusez.
— Je vais en faire autant, assure la môme Huguette.
— O.K. Si vous apercevez, sommeil faisant, un rêve à deux places, faites-moi signe.
Là-dessus, je prends une pose commode et je susurre à Pinaud :
— T'as affranchi le Dâbe.
— Oui. Il fait le nécessaire.
— Banco. Tu ouvres l’œil ; je suis obligé de chiquer à la Belle du bois dormant. Je suppose que s'ils ont voulu m'envaper, c'est parce qu'ils préparent un truc pour dans peu de temps.
— Fais confiance San-A.
Je suis obligé de lutter contre le sommeil. C'est pas chiqué. Le car roule dans la nuit. Une petite pluie visqueuse ruisselle sur les vitres et les pneus font sur l'asphalte mouillé Un bruit de succion. Que va-t-il se produire ?
Qu'est-ce que cette bande, au combien organisée, a pu projeter ? Je pense à mon pauvre Béru, tout là-bas, dans ses barbelés, à Lormont, à Belloise. Jamais comme à cet instant je n'ai eu autant envie de les délivrer. Pourrai-je y parvenir ?
Grésillement. La voix chuchoteuse de Pinuchinovitch :
— Attention !.. Un type vient de se lever, juste derrière toi. Ne bouge pas…
Un temps. Un sourd entendrait battre mon cœur à travers trois épaisseurs de matelas.
— Ne t'agite pas, surtout, reprend le Pinuchard attentif, le bonhomme t'observe. Il prend ta valise dans le filet. Elle se trouve tout contre la sienne. Il vient de se rasseoir, je ne vois plus ce qu'il fabrique…
Le car roule dans la lumière orangée de ses phares. On entend le cri sauvage des voitures que nous croisons et qui force dans la campagne mouillée.
— Eh ben, qu'est-ce qui se passe ? soufflé-je.
— Attends, il se relève, il saisit sa valise… Il enlève la housse. Mince : elle est rouge ! Il la pousse au-dessus de ta tête. Il se rassied… C'est fini. Tu as compris ? Il a ta valise de dollars maintenant. Et il met sa housse sur la tienne. Voilà le travail ! Ça s'est fait en douceur. Joli travail. Personne ne s'est aperçu de rien.
Nous roulons encore un moment. Tout est calme à bord. Je gamberge sur le 220 volts. Voyons, ces malfrats espèrent-ils opérer aussi gentiment ? Un peu de somnifère dans mon thé, un échange de valises et puis bonsoir ? Un peu simpliste comme procédé.
J'en suis là de mes cogitations lorsque le chauffeur de notre car freine à mort en poussant un juron. Tout le monde se met à glapir dans le véhicule. Deux secondes et demie s'écoulent et c'est le choc. A travers mes stores entrouverts j'aperçois un gros camion citerne en travers de la route. On l'a percuté. Pas très très fort, mais suffisamment pour contusionner les carrosseries de part et d'autre. Le conducteur, étourdi, saigne du naze sur son volant. C'est l'affolement. Panique à bord ! Les gens se ruent hors du bus et invectivent le chauffeur du citernier, lequel débouchait imprudemment d'une petite route agaçante.
— Ouvre l'œil ! dis-je à Pinaud. Il se peut très bien que ce soit un accident-bidon pour stopper le car.
— J'allais te le dire, balbutie le Déchet, notre gars vient de reprendre la valise au fric. Il sort, mine de rien, du bus.
— Suis-le, mine de rien, et dis-moi ce qu'il fait !
Pinaud obtempère. Dehors les conducteurs se psychanalysent à tout va.
— Et alors, espèce de manche, t'as appris à conduire sur un tracteur, ou quoi !
— Ben quoi, t'étais pas en phares !
— Ah ! parce qu'il te faut des loupiotes de D. C. A. pour que tu respectes la priorité !
Etc., etc.
La chère Huguette, qui n'avait pas bronché jusqu'à présent, quitte discrètement son siège. Il ne reste plus qu'une vieille rombière enrhumée, une petite fille endormie et moi à l'intérieur du véhicule.
— Et alors, l'Amorti, quoi de neuf ?
— Des voitures s'arrêtent à cause de l'accident, dans les deux sens. Le type à la valise s'éloigne mine de rien.
— Et la petite péteuse ?
— Elle le regarde s'esbigner tout en te surveillant à travers la vitre !
— Continue à bien mater, c'est maintenant qu'on joue le Concerto de Varsovie pour flûtes et mirlitons à moustaches, Pinuche. Les poulets qui devaient nous suivre de loin, tu les aperçois ?
— Ecoute, il y a maintenant toute une file de voitures, et tous les conducteurs en descendent ; Alors !
— Continue de filer le mec à la valoche.
Brouhaha, Klaxons, Interjections. Je continue d'être aux aguets. Votre San-Antonio, mes louloutes, c'est kif-kif une corde de violon ultra tendue. Un courant d'air le fait vibrer.
Comment goupiller cette opération ? Nous ne sommes que deux pour l'instant. Et nous avons affaire à des gens supérieurement organisés qui ont préparé minutieusement leur coup.
— San-A ! fait là voix altérée de Pinusky, le bonhomme vient de monter dans une voiture sport conduite par une ravissante blonde. Elle cherche à se dégager de la file pour filer en direction du Midi…
— Note son numéro, vite !
— C'est déjà fait.
— Maintenant, tâche de trouver les poulets qui nous collaient au prose. Il le faut.
J'entends la voix haletante de Pinaud qui se déplace précipitamment :
— Hep ! fait-il, messieurs… Vous êtes bien des policiers d'Auxerre, n'est-ce pas ?
— Qu'est-ce que ça peut vous f… ? répond une voix.
Pas d'erreur ; il s'agit de nos bonshommes. D'ailleurs, Pinuche qui a dû leur produire sa carte de poulaga confirme.
— Nos collègues sont là, San-A.
— Et la voiture sport ?
— Elle vient de filer.
— O.K. Emballez la gosse qui était avec moi, vite fait sur le gaz, j'arrive !
Je parviens dehors à l'instant précis où Pinaud et un gros sanguin cramponnent la chère Huguette par les ailerons.
— Mais que me voulez-vous ? s'indigne-t-elle, qu'est-ce que' c'est que ces manières ?
Je m'approche et je lui déclare en la poussant dans la D.S des flics :
— Fais pas de rebecca, Huguette, sinon je te flanque une telle fessée que tu risquerais de mourir centenaire sans avoir jamais pu te rasseoir !
— Mais je ne comprends pas, proteste-telle. Laissez-moi ou j'appelle au secours !
Des gens nous dévisagent, devinant qu'il se passe du louche. Je file une tarte sur le museau de la gamine et je demande aux deux poulets dépêchés par la rousse d'Auxerre de mettre le grand développement.
— Il faut absolument que vous recolliez à la voiture sport, mes amis ! dis-je.
Ils ne demandent pas mieux que de tourner sous ma direction ce beau morcif de bravoure. Ils ont toujours rêvé de jouer un western en vistavision.
— Où vont tes petits copains, ma choute ? questionné-je ; tu aurais intérêt à nous le dire avant que je fasse un malheur.
— Je ne sais même pas de quoi vous parlez !
— N'essaye pas de me vendre des berlues ; on m'en a livré une caisse la semaine passée et je ne l'ai pas encore entamée !