1943-Le souffle de la victoire
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1943-Le souffle de la victoire». Краткое содержание книги:
Ils mangent à la russe. Ils ont appris à aimer la kacha et la soupe aux choux. Mais la viande fraîche est rare. Ils en ont un peu assez du « singe » américain. « Les conditions de vie sont primitives, mais les avions russes – le Yak 1 – dont les Français sont dotés sont très efficaces. Et les jeunes filles des villages voisins sont très amicales. »
Cette escadrille française, bientôt baptisée Normandie-Niemen, est devenue en quelques mois un symbole, mis en avant par de Gaulle et aussi par Staline.
L’un et l’autre veulent affirmer que, face aux Anglo-Américains, leurs nations conservent une marge de jeu.
Et pour la France Combattante de De Gaulle, c’est d’autant plus précieux que d’autres Français sont présents sur le front de l’Est, mais aux côtés des Allemands.
Il y a la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) qui combat sous l’uniforme allemand.
Des Français se sont enrôlés dans la Waffen-SS « française ». Eux aussi portent l’uniforme allemand et en outre prêtent serment au Führer.
Joseph Darnand, le secrétaire général de la Milice, sera membre des Waffen-SS, avec le grade d’Obersturmführer.
En janvier 1943 a été fondée une Légion Tricolore, qui est rattachée à l’armée française, et en porte l’uniforme mais combat sur le front russe.
Une phalange africaine a de même été créée pour « défendre ou reconquérir l’Empire tombé aux mains des Anglo-Américains ».
Elle ne regroupera que quelques centaines d’hommes. Comme la Défense Contre Avions (DCA) française que les Allemands souhaitent voir se mettre en place sur le sol français.
En fait, les Allemands veulent entraîner la France – de Vichy mais après le débarquement américain en Afrique du Nord, le « gouvernement de Vichy » n’est qu’une façade – dans la guerre. Hitler le dit à Laval avec brutalité.
Le Führer reçoit Laval, le 30 avril 1943, à Berchtesgaden.
Le politicien français face à un Hitler morose, distrait, essaie de vanter les perspectives d’une collaboration politique.
Le Führer, suggère Laval, pourrait définir ses buts de guerre, contraindre ainsi les Anglo-Américains à préciser leurs conditions de paix.
Et, selon Laval, la France, entre deux camps, jouerait un rôle d’arbitre, et, pense Laval, retrouverait ainsi sa place de grande puissance.
Hitler écoute à peine, interrompt Laval.
« Faire l’Europe, dit-il, n’a plus qu’un sens : gagner la guerre. Tout ce que l’Allemagne demande aux pays occupés, c’est de contribuer à son effort militaire en fournissant des travailleurs pour ses usines et des combattants volontaires.
« Ce qu’il me faut, conclut le Führer, c’est dix mille avions et vingt mille tanks. »
Laval se penche en avant, murmure :
« Une déclaration en vingt lignes vaudrait vingt mille avions et quarante mille tanks. »
Et comme un bonimenteur, il ajoute :
« Vous devriez me prendre comme secrétaire et m’installer dans un coin, je vous l’écrirais. »
Laval rêvait à une négociation avec le Führer.
Hitler lui a seulement dicté ses exigences. Et Laval s’incline.
Le 5 juin 1943 – alors que les troupes italo-allemandes présentes en Tunisie viennent de capituler –, il évoque son idéal politique.
Il veut assurer à la France une place dans l’Europe de demain, et pour cela être aux côtés des Allemands.
Laval exalte les Français qui combattent sur le front de l’Est, ceux qui partent travailler en Allemagne – 170 000 en quelques mois.
« D’aucuns pensent que j’hésiterais à user de rigueur, poursuit-il. Ils se trompent. J’ai évité, chaque fois que j’ai pu, de heurter trop brutalement la sensibilité de notre pays, mais quand son destin est en jeu, l’indulgence doit faire place à la sévérité. »
Il répète qu’il faut que l’Allemagne gagne la guerre.
« Si les Alliés l’emportaient, le monde anglo-saxon aurait aussitôt à se mesurer avec les Soviets. Et le résultat de cette lutte ne serait pas douteux : le bolchevisme s’installerait partout en Europe. »
Parlant lentement, détachant chaque mot, il conclut :
« La défaite ne peut pas avoir étouffé la voix de la France, mais pour que cette voix puisse porter haut et loin, il faut en finir avec les illusions dangereuses. Trop de Français s’abandonnent. Il faut savoir se soumettre aux disciplines nécessaires.
« J’ai confiance en mon pays. »
19.
Laval ? Ses propos ? Ses actes ?
De Gaulle, en ces mois de mai et juin 1943, n’accorde aucune attention au chef du gouvernement.
Ce politicien ambitieux et retors s’est noyé dans « le flot épais des mensonges et des chimères » qu’il a répandus.
C’est un « homme perdu » qui appelle les jeunes Français à effectuer en Allemagne le Service du Travail Obligatoire au moment même où les « réfractaires » gagnent par dizaines de milliers les montagnes et les campagnes reculées pour échapper à cette « déportation » qui n’ose pas dire son nom.
Comment Laval ose-t-il invoquer l’intérêt de la France alors qu’il a accepté et organisé cette saignée de la France qu’est le STO ?
Ce sont les « maquis » qui accueillent les réfractaires. Il faut encadrer, nourrir, armer, « occuper » ces jeunes gens désœuvrés.
Ces maquis existants sont insuffisants. Il faut en créer, en Haute-Savoie, en Dauphiné, dans les Cévennes, en Auvergne.
Pas un plateau, une forêt qui n’ait le sien.
Des officiers et sous-officiers, certains ayant appartenu à l’« armée de l’Armistice », les encadrent. Souvent ces officiers viennent de bataillons de chasseurs alpins. Ainsi, Tom Morel qui va commander le maquis du plateau des Glières.
Chaque maquis a sa singularité.
Là, il est composé de républicains espagnols. Ici, se regroupent des FTP, parmi lesquels un… curé.
En Limousin, en Périgord, en Quercy, le « terrain » est favorable à la création de maquis.
En Corrèze, en Haute-Vienne, il y a « émulation », voire concurrence entre les maquis FTP et ceux de l’Armée Secrète. Et la figure d’un instituteur communiste, Georges Guingoin, s’impose. Ce sera le « chef » dans cette région. Sa tête est mise à prix, 3 millions, par la Gestapo.
De Gaulle, en ce printemps 1943, se sent porté par le « souffle de la victoire ».
« Nous avions raison », lance-t-il au congrès de la France Combattante. Ceux qui ont choisi en 1940 l’armistice ont « proclamé » une charte d’abandon et la résignation qui n’était rien que l’évangile de la décadence. Mais si la France a dû les subir, ceux-là, elle ne les a pas écoutés.
De Gaulle, dans cette période cruciale, brosse à grands traits sa vision de l’Histoire nationale, source d’énergie.
« Du plus profond de notre peuple, dit-il, s’est élevé cet instinct vital qui, depuis bientôt deux mille ans, nous a maintes fois tirés des abîmes. C’est cet instinct qui fit chrétiens les Francs et les Gaulois de Clovis quand, sur les ruines de leur paganisme, se précipitaient les barbares. C’est cet instinct qui suscita Jeanne d’Arc et entraîna les Français à bâtir, autour du roi, un État centralisé, lorsqu’il parut que l’anarchie féodale nous livrait à la domination étrangère. C’est cet instinct qui, lors de la Révolution, dressa la nation contre ses ennemis et contre leurs complices et lui dicta, pour la sauver, les grands principes des Droits de l’Homme et de la Démocratie. C’est cet instinct qui, aujourd’hui, porte tous les Français soucieux de l’avenir et de la grandeur de la patrie à vouloir et à préparer la IVe République : celle de la rénovation nationale. »