1943-Le souffle de la victoire
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1943-Le souffle de la victoire». Краткое содержание книги:
La répression s’abat sur ces « terroristes ». Ils sont pourchassés par des Brigades spéciales de la police « française », torturés, jugés par des « sections spéciales » de magistrats « français », condamnés à mort.
Ainsi Marcel Langer, fondateur d’un groupe de FTPF, est-il guillotiné dans la cour de la prison de Toulouse, le 23 juillet 1943, après un implacable réquisitoire du procureur général Lespinasse. Ce magistrat sera abattu par des camarades de Langer, le 10 octobre 1943.
Ainsi s’esquisse, en cet été 1943, les traits d’une guerre civile en France, entre la minorité résolue des collaborateurs et les résistants, minorité eux aussi, mais bénéficiant de la sympathie active de la population.
Les Français n’aspirent qu’à la Libération. Ils rejettent le Service du Travail Obligatoire (500 750 requis sont partis en Allemagne) ou les nouvelles mesures antisémites.
En août 1943, Darquier de Pellepoix – qui est à la tête du Commissariat aux Questions Juives – prépare un projet de loi qui prévoit la dénaturalisation de tous les Juifs français, de leurs femmes et de leurs enfants, ce qui entraînerait d’office leur arrestation et leur déportation.
Assez ! C’est le cri intérieur des Français. Assez !
Ils rêvent à ce jour du Débarquement – ce mot murmuré, répété sans fin – qui apportera la Libération.
Mais quand les Américains débarqueront-ils ?
À l’automne 1943 ? Au printemps 1944 ? Chacun s’interroge, attend, espère.
Le 10 juillet, les Anglo-Américains ont débarqué en Sicile. Mais les Français ont été tenus à l’écart de cette opération. On s’étonne. Pourquoi a-t-on choisi de prendre pied en Europe, à la pointe la plus éloignée de la France et de l’Allemagne, dans cette immense île qui est au bout de la botte italienne ?
Pourquoi n’a-t-on pas consulté les Français alors qu’un accord est en passe d’être conclu entre de Gaulle et Giraud, l’un devenant le seul président effectif du Comité Français de Libération Nationale, l’autre – Giraud – gardant son titre présidentiel sans en exercer les fonctions et nommé au commandement des forces militaires qui comptent plusieurs centaines de millions d’hommes ?
C’est d’eux que parle de Gaulle, le 14 juillet, place du Forum à Alger, devant une foule immense couronnée de drapeaux.
Il exalte, « après trois années d’indicibles épreuves, le peuple français qui reparaît en masse, rassemblé, enthousiaste sous les plis de son drapeau ».
« Français ! Ah ! Français ! lance de Gaulle, il y a quinze cents ans que nous sommes la France et il y a quinze cents ans que la patrie demeure vivante dans ses douleurs et dans ses gloires. L’épreuve présente n’est pas terminée, mais voici qu’au loin se dessine la fin du pire drame de notre Histoire… »
Chacun de ces mots avive l’impatience et l’espérance.
22.
L’impatience et l’espérance, en cet été 1943, ne peuvent effacer la souffrance qui s’impose à tous les peuples des nations en guerre.
D’un bout à l’autre du monde, des îles du Pacifique à l’océan Glacial Arctique, des collines caillouteuses de Sicile à la région de Smolensk, les hommes, les peuples – quelles que soient leurs responsabilités dans la naissance du conflit – souffrent.
On meurt sous les coups de matraque dans les camps de concentration.
On meurt étouffé dans les chambres à gaz d’Auschwitz, de Birkenau ou de Treblinka… On hurle sous les tortures dans les caves de la prison de Montluc à Lyon. Un ouragan de feu dévore les villes bombardées, allemandes, françaises, italiennes, anglaises ou japonaises.
Et puis il y a la souffrance individuelle, celle des hommes illustres comme des anonymes.
De Gaulle apprend ainsi que le 20 juillet 1943, sa nièce, Geneviève de Gaulle, est tombée dans une souricière tendue par les « Français » de l’équipe Bony-Laffont, la bande « gestapiste » de la rue Lauriston.
Un traître les a renseignés.
Ils se sont mis à l’affût dans une librairie, Au vœu de Louis XIII, 68, rue Bonaparte à Paris.
C’est une des boîtes aux lettres de Défense de la France, ce mouvement de résistance qui, le 14 juillet 1943, a eu l’audace de distribuer dans le métro son journal clandestin Défense de la France.
Geneviève de Gaulle fait partie de ce mouvement.
Elle va être déportée au camp de Ravensbrück, elle va voir des animaux à visage humain, elle va voir les yeux des bêtes traquées.
Souffrance pour Charles de Gaulle.
Et ces jours-là, d’autres humains, à Hambourg, à Berlin, à Essen, dans la plupart des villes allemandes, sont enveloppés par les flammes des bombardements.
La nuit, ce sont des escadrilles anglaises de plusieurs centaines d’avions qui bombardent les villes.
Le jour, les mêmes villes sont écrasées sous les bombes que larguent les Forteresses volantes américaines.
Combien de morts dans le bombardement de Hambourg lors de la nuit du 24 au 25 juillet 1943 ? Il y avait au-dessus de la ville 791 bombardiers. Les raids se sont succédé jusqu’aux 2 et 3 août. Les avions ont déversé 8 300 tonnes de bombes, 900 000 personnes se sont retrouvées sans abri et il y a eu 40 000 morts et 125 000 blessés.
L’incendie de la ville propage une chaleur de 800 degrés et crée une aspiration d’air qui a la force d’un vent de cyclone. Au moins 20 000 immeubles sont en feu.
Une adolescente de quinze ans raconte que sa mère l’enveloppe dans des draps mouillés, la pousse hors de l’abri en lui criant : « Cours ! » Une chaleur intense la saisit. Elle se trouve plusieurs fois face à un mur de flammes. « J’avais l’impression d’être emportée par la tempête », dit-elle.
L’asphalte a fondu.
« Il y a des gens sur la route, certains déjà morts, d’autres encore vivants mais pris dans l’asphalte… Leurs pieds s’y sont collés, puis ils ont pris appui sur leurs mains pour essayer de se dégager. Ils sont là, sur les mains et les genoux, à hurler… »
Si les mots ont un sens, c’est l’ENFER. ENFER.
« Nous nous trouvons dans une situation d’infériorité impuissante, écrit Goebbels dans son Journal, et il nous faut encaisser les coups des Anglais et des Américains avec rage et opiniâtreté. »
Le ministre de l’Armement, Albert Speer, se rend plusieurs fois dans la Ruhr.
Des avions « destructeurs de digues », volant à basse altitude, ont fait exploser les barrages construits sur le cours des fleuves principaux, l’Eder et la Möhne. Les masses d’eau libérées ont inondé la région, noyé les récoltes, détruit des usines, tué les travailleurs étrangers et les prisonniers de guerre qui y étaient employés.
La production d’acier s’effondre. De nouveaux raids, au mois d’août, endommagent les usines de roulements à billes.
Albert Speer explique au Führer que l’on va atteindre une limite « au-delà de laquelle l’industrie qui fournit le matériel d’armement peut s’effondrer complètement… À un moment donné, nous allons avoir des avions, des chars ou des camions auxquels manqueront certaines pièces détachées… ».
Mais l’Allemand qui a retrouvé les corps de ses proches brûlés, identifiés seulement par un bijou et une dent en or qui n’ont pas fondu, ne se soucie que de sa survie, de la possibilité de quitter les villes, afin de se réfugier dans les villages.