1943-Le souffle de la victoire
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1943-Le souffle de la victoire». Краткое содержание книги:
« Mordechaï Anielewicz prévoit la destruction du ghetto et est certain que ni lui ni les combattants ne survivront à la liquidation du ghetto.
« Il est certain qu’ils vont mourir comme des chiens errants et que personne ne connaîtra leur dernière demeure. »
Mais tous voulaient mourir en combattant. Et que pour la première fois dans l’histoire du IIIe Reich des Juifs résistent, les armes à la main, à leurs bourreaux.
Alors chaque cœur de Juif, celui d’un homme juste, deviendrait pour l’éternité leur dernière demeure.
Ils voient s’avancer ce 19 avril 1943 – veille de Pâques – les 2 000 SS et policiers disposant de chars, de lance-flammes, d’artillerie, d’automitrailleuses.
Ils sont commandés par le Brigadeführer et major général de la police, Juergen Stroop.
Le général SS estime que trois jours suffiront pour en finir avec le ghetto.
Il méprise trop « ce rebut, ces êtres inférieurs » pour les imaginer capables de résister à ces hommes bardés de cuir, casqués, bottés, armés, soldats expérimentés, décorés. Et aux SS se sont joints 355 miliciens lithuaniens, et même quelques policiers et pompiers polonais.
Le général Stroop est si sûr de lui qu’il n’a pas tenu compte de l’exécution par les combattants de l’Organisation Juive de Combat de plusieurs « traîtres juifs », informateurs des SS.
Il ne prête pas attention au fait que le ghetto semble vidé de ses derniers occupants qui se sont terrés, refusant de quitter les lieux.
Stroop donne donc le signal de l’attaque.
« L’opération venait à peine de commencer, écrira-t-il, quand nous nous trouvâmes sous un feu nourri et concerté des Juifs et des bandits. Le char et deux automitrailleuses furent criblés de cocktails Molotov. Devant cette contre-attaque ennemie, nous fûmes contraints de nous replier. »
Jour après jour, durant plus de quatre semaines, les combattants juifs résistent.
« Les Juifs et les criminels se défendent pied à pied, réussissent à s’échapper au dernier moment », note Stroop.
Les Juifs refusent de se laisser « regrouper ».
« Sans cesse de nouveaux groupes de combat, composés de 20 à 30 hommes accompagnés d’autant de femmes, opposaient une nouvelle résistance. »
Les femmes tirent à « deux mains », font exploser des grenades qu’elles ont dissimulées dans leurs jupes.
Stroop décide alors de mettre le feu à tous les immeubles du ghetto. Mais les Juifs se battent jusqu’au bout, préférant sauter du haut des immeubles en flammes plutôt que de se rendre.
Certains s’enfoncent dans les égouts.
Des familles, pour éviter de voir périr leurs enfants dans les flammes, se rendent.
Et l’on voit ces enfants faméliques, mains levées face à ces molosses humains que sont les SS.
Stroop capture ainsi 27 464 Juifs.
« Je vais essayer d’obtenir un train pour Treblinka, écrit le général SS. Sinon dès demain nous opérerons ici même la liquidation. »
Il fait inonder les souterrains, laisse tomber des bombes fumigènes dans les égouts.
Quelques combattants réussissent cependant à fuir, atteignant, en rampant dans les canalisations, les berges de la Vistule.
Le 16 mai 1943, le général Stroop écrit dans l’un de ses derniers rapports intitulé « Le ghetto de Varsovie n’est plus » :
« L’action de grande envergure entreprise a pris fin à 20 h 15 en faisant sauter la synagogue de Varsovie. Nombre total de Juifs dont le sort est réglé : 56 065, comprenant à la fois les Juifs faits prisonniers et les Juifs dont la mort peut être prouvée. »
Trente-six mille d’entre eux ont été gazés à Treblinka.
Tous les autres ghettos – à Bialystok, Minsk, Vilna… – furent liquidés avant l’été 1943. Leur population « transférée » dans les camps d’extermination.
Les quelques Juifs qui avaient réussi à fuir furent presque toujours livrés – contre récompense – aux nazis par les paysans polonais ou ukrainiens, après avoir été dépouillés de ce qu’ils possédaient.
Le 11 juin 1943, Himmler ordonne – une nouvelle fois ! – que « le quartier de l’ancien ghetto soit totalement rasé, chaque cave et chaque égout comblé. Ce travail achevé, on recouvrira la zone de terre végétale pour y aménager un grand parc ».
En ce même juin 1943, un sergent de la Luftwaffe qui survole la ville écrit :
« Nous avons effectué plusieurs cercles au-dessus de Varsovie. Et c’est avec une grande satisfaction que nous avons pu constater l’extermination complète du ghetto juif. Là, les nôtres ont accompli un boulot fantastique. Il n’y a pas une maison qui n’ait été totalement détruite. C’est ce que nous avons vu avant-hier. Et hier, nous sommes partis pour Odessa. Nous avons reçu des aliments spéciaux, du rab de biscuit, un supplément de lait et de beurre et, par-dessus tout, une très grosse barre de chocolat doux-amer[4]. »
Ce soldat jubile et ne se soucie pas de la souffrance juive, de cette plaie ouverte que fut le ghetto dans Varsovie. Les Polonais chrétiens qui vivent dans la partie « aryenne » de la ville manifestent, pour la plupart, la même indifférence à ce qui se passe au-delà du mur.
Un manège tourne, place Krasinski, du côté aryen. Le mur sépare la joie de vivre, les rires des enfants, les chants, du désespoir, des flammes, de la mort.
Il y a pire.
« Des milliers de Polonais, souvent des adolescents, occupent leurs journées à observer tous les passants avec méfiance ; ils sont partout mais surtout à proximité du ghetto. À l’affût des Juifs ? Cette chasse est leur profession et sans doute aussi leur passion.
« Ils reconnaissent les Juifs sans se tromper. À quoi donc ? Quand il n’y a pas d’autres traits caractéristiques, on dit que c’est à leurs yeux tristes. »
16.
La chasse aux Juifs – aux quelques survivants du ghetto, à ces hommes et à ces femmes aux « yeux tristes » – est donc plus que jamais ouverte à Varsovie, en ce printemps de 1943.
Le général Stroop indique que la police polonaise a été autorisée à verser un tiers des espèces saisies à chacun de ses hommes arrêtant un Juif dans la partie aryenne de Varsovie.
« Cette mesure a déjà produit des résultats », précise le général SS.
Il a aussi fait apposer des affiches rappelant que quiconque cache un Juif sera exécuté.
Mais ce ne sont pas seulement la rapacité, la peur ni même l’antijudaïsme qui animent les « chasseurs de Juifs » ou expliquent l’indifférence des Polonais, détournant la tête pour ne pas voir brûler le ghetto et les insurgés juifs.
Le vent des maisons incendiées
Apportait de sombres lambeaux
Ils attrapaient en l’air des cendres
Ceux qui allaient au manège
[…]
Et les gens riaient heureux
Ce beau dimanche de Varsovie[5].
« Dans sa grande majorité, continue le général SS, la population polonaise a approuvé les mesures prises contre les Juifs. »
C’est qu’en ce mois d’avril 1943, celui de l’insurrection du ghetto de Varsovie, les Allemands ont découvert, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, des fosses remplies par les cadavres de 4 443 officiers polonais abattus d’une balle dans la nuque, en 1940, par la police secrète soviétique, le NKVD.
Et Goebbels s’est emparé de cet événement qui confirme la complicité criminelle des Juifs et des bolcheviks.