La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
– Cependant miss Fanny ne peut s’autoriser d’aucun acte régulier; l’incendie du presbytère de Smeaton a détruit toutes les preuves que nous pouvions redouter.
– De cela, je suis sûr!
– Eh bien?
– Mais supposez, monsieur le comte, que miss Stevenson qui est, paraît-il, une mère excellente, ait eu le pressentiment de ce qui pouvait arriver, que se trouvant seule après votre abandon, livrée à toutes les suggestions de l’amour-propre blessé, de la colère, de cette haine implacable qui souvent remplace l’amour dans le cœur des femmes; supposez, dis-je, quelle ait réfléchi et cherché un moyen d’assurer l’avenir en assurant en même temps sa vengeance: qu’aurait-elle fait?
– Parle… quoi?
– Une chose simple! l’idée ne lui est pas venue, certes, que Gobson pourrait un jour mettre le feu au presbytère. Mais elle s’est dit que deux attestations valent mieux qu’une, et elle a demandé et obtenu avant l’incendie, un duplicata de toutes les pièces, établissant qu’elle a été légitimement unie à M. le comte de Simier.
– Elle a fait cela! s’écria M. de Beaufort, en devenant blême.
– C’est une fille pratique, qui fait honneur à la libre Amérique.
– Et ces pièces sont en sa possession?
– Palmer l’affirme.
– Mais doit-on croire Palmer?
Gobson eut un mouvement ironique des lèvres.
– Ça, c’est à vérifier, répondit-il; mais en attendant, il faut agir comme si miss Stevenson avait réellement ces documents entre les mains.
M. de Beaufort fit quelques pas avec agitation à travers la chambre, prononçant des paroles incohérentes, s’arrêtant de temps à autre pour prendre sa tête et la rouler entre ses deux mains.
– Perdu! je suis perdu!… répétait-il, la gorge serrée et l’œil égaré.
– Il ne faut rien exagérer, objecta doucement Gobson.
– Et quel moyen de sortir de cette terrible impasse?
– Il y en a peut-être un.
– Crois-tu?
– Si je vois bien clair, tout le danger vient de ces pièces que possède miss Stevenson.
– Eh! sans doute.
– Notre premier devoir est donc de nous assurer qu’elles sont bien entre ses mains; si l’affirmation de Palmer n’est qu’une ruse de guerre, comme on peut honnêtement le supposer, tout péril disparaît, et nous pouvons attendre de pied ferme le commencement des hostilités.
– Mais si ces pièces existent?
– Alors, il faut tenter de les acheter.
– Ah! je la connais maintenant, elle ne les vendra pas.
– Quelquefois; cela dépend du prix que l’on y met. Toutefois, dans la circonstance présente, je reconnais volontiers qu’il y a peu de fond à faire sur cet espoir, et dans ce cas…
– Dans ce cas?…
– J’agirais autrement.
– Comment…
– Et si je parvenais à découvrir où elle cache ces parchemins…
– Un vol! interrompit le comte avec un geste d’horreur, jamais! jamais!
Gobson s’inclina ironiquement.
– Je me garderai bien d’insister devant une pareille répugnance, dit-il sur un ton railleur; mais vous n’oublierez pas que c’est le seul moyen pratique qui vous reste, et que d’ailleurs, vous n’avez pas beaucoup de temps pour réfléchir.
– Eh bien, j’aviserai! répliqua le comte. Je te remercie de ce que tu as fait; me voilà averti, je prendrai des mesures en conséquence; tu reviendras demain… et nous déciderons ensemble ce qu’il y aura de mieux à faire pour sauvegarder tous les intérêts.
Gobson se leva.
– Monsieur le comte n’a pas d’autres ordres à me donner? demanda-t-il en hésitant à se retirer.
– Non! fit le comte.
– Alors, à demain.
– Oui, oui, à demain!
Gobson fit quelques pas pour s’éloigner; mais comme il allait gagner l’appartement du comte, d’où une sortie conduisait directement sur le vestibule du rez-de-chaussée, la porte s’ouvrit brusquement, et une femme entra.
Madame de Beaufort!
Elle était droite; elle avait l’œil fixe, et sur ses traits une pâleur de marbre.
Le comte eut un cri d’épouvante, auquel elle ne prit pas garde; mais elle se tourna vers Gobson, qui s’était arrêté à sa vue.
– Monsieur, dit-elle alors d’une voix impérieuse et sèche, j’aurai demain à vous entretenir de choses importantes. Voulez-vous bien vous présenter à l’hôtel vers six heures du matin?
Gobson s’inclina.
– Je suis à vos ordres, Madame, répondit-il.
– Je vous remercie et je compte sur vous. C’est tout ce que j’avais à vous dire. J’ai à causer avec M. le comte; veuillez, je vous prie, nous laisser seuls.
Gobson salua de nouveau, et cette fois il disparut, laissant les deux époux en présence…
XI
Cependant, M. de Beaufort était resté anéanti à la vue de sa femme, et un moment il s’était comme accroché au chambranle de la cheminée pour ne pas tomber.
Madame de Beaufort! sa femme! elle était là, devant lui, le regard sévère, l’attitude résolue et sombre.
Qu’allait-elle dire?
Il n’attendit pas longtemps.
Dès que Gobson eut disparu, elle avança de quelques pas et s’approcha de lui.
– Ainsi, dit-elle d’un ton acéré, vous m’aviez trompée!
– Juliette! balbutia le malheureux époux.
– Depuis dix-sept ans, j’ai vécu dans une sécurité mensongère, portant avec orgueil le nom que vous m’aviez donné, sans soupçonner ce qu’il cachait de honte et d’infamie.
– Par grâce! ne m’accablez pas!
– Ah! j’aurais dû m’en douter, cependant; bien des fois, j’avais surpris sur votre front une pâleur de remords qui aurait dû m’éclairer. Mais l’amour m’aveuglait, je ne voyais rien, je ne voulais rien voir! Quelle menace eût pu m’atteindre entre ma fille et mon époux! Je me reposais confiante en votre honneur et votre loyauté; vous m’aviez parlé d’Edmée, votre enfant à vous, et je l’avais accueillie alors comme si elle eût été la mienne. C’était une première faute, comme il y en a parfois dans le passé d’un homme, et l’amour que j’éprouvais pour vous me rendait indulgente. Vous m’aviez juré d’ailleurs que la mère était morte!
– Je l’avais cru; on le disait.
– C’était faux!
– Je la verrai, je lui parlerai, j’obtiendrai d’elle…
– C’est insensé!
– Cependant…
– Ah! tenez, vous êtes tous les mêmes, et vous ne comprenez pas quel amour puissant, exclusif, implacable, Dieu a mis au cœur de toutes les mères! Cette Fanny Stevenson, je ne la connais pas, je ne l’ai jamais vue, et pourtant je vous dirais avec quelle ardeur son sang brûle ses veines, comme elle compte les heures, les minutes, les secondes, attendant qu’on lui rende son enfant… et les rêves qu’elle forme et la vengeance qu’elle prépare.
– Mais elle ne peut rien?
– Qu’en savez-vous?
– Elle n’a aucun acte qu’elle puisse produire et dont nous ayons à nous épouvanter.