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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– Non, ma sœur, répondit Edmée.

– Cependant, il est tard.

– C’est que…

– Ne vous défendez pas; je devine; vous étiez agitée, souffrante; vous ne pouviez dormir, et alors, vous êtes allée vous accouder à la fenêtre.

– J’ai mal fait peut-être?

– Je ne dis pas cela. Seulement, vous avez dû voir certaines choses qui vous ont surprise.

– Je vous assure…

Fanny Stevenson prit l’enfant dans ses bras, l’attira sur son cœur, et la baisa tendrement au front et sur les yeux.

– Chère enfant! balbutia-t-elle, ne mentez pas; vous êtes trop jeune, vous ne sauriez pas d’ailleurs, je sais tout.

– Ma sœur…

– Je ne vous gronde pas, je vous aime bien trop pour cela. Écoutez-moi. Vous avez vu, n’est-ce pas?

– Oui, répondit Edmée d’une voix tremblante.

– Il y avait là… un homme…

– M. de Pradelle.

– M. de Pradelle, précisément. C’est moi qui l’avais prié de venir, nous avons passé une heure ensemble, et savez-vous de qui nous avons parlé?

– De qui donc?

– De vous.

– Mon Dieu?

– Ne vous effrayez pas. Ayez confiance. Vous savez que je ne voudrais pas dire à une jeune fille pure et douce comme vous l’êtes des choses qu’elle ne devrait pas entendre.

– Ah! vous avez toujours été bonne pour moi.

– En toute autre circonstance, peut-être aurais-je hésité devant certaines confidences: mais des événements graves se préparent, et il faut que vous sachiez…

– Que se passe-t-il donc? interrogea vivement Edmée.

– M. de Pradelle vous aime!

– Que dites-vous?

– Demain, il ira demander à votre père le bonheur de devenir votre époux: mais je veux être assurée d’avance que, de votre côté…

– Moi, fit Edmée, dont les joues se couvrirent d’une subite rougeur.

Miss Fanny se prit à sourire.

– Je ne veux pas ajouter à votre confusion, qui est presque un aveu, dit-elle; je vais vous laisser. Seulement réfléchissez. Consultez bien votre cœur dans le silence de cette nuit, et demain vous me direz ce que vous aurez résolu.

Et déposant un dernier baiser sur le front de la pauvre enfant, elle se retira dans sa cellule.

X

Une heure plus tard, une scène d’un tout autre genre se passait rue de la Chaussée-d ’Antin, à l’hôtel de M. de Beaufort-Wilson.

C’était vers minuit environ.

M. de Beaufort s’était retiré dans son cabinet de travail, attenant à sa chambre à coucher, et, quoiqu’il fût tard déjà, au lieu d’aller prendre du repos, il avait roulé un fauteuil auprès de la cheminée où brûlait un bon feu, et il s’y était assis.

M. de Beaufort était préoccupé et sombre; ses traits étaient altérés, une pâleur livide couvrait ses joues.

Il laissa son front retomber sur sa main, et se mit à réfléchir.

Il avait bien souffert depuis quelques jours, et quoi qu’il fît, il ne parvenait pas à retrouver sa quiétude.

Il avait peur: l’air était plein de menaces sourdes; jamais il ne s’était senti si inquiet; le passé qu’il avait cru oublier venait de se dresser implacable devant lui.

Il savait que Palmer était à Paris, et ne doutait pas que miss Fanny Stevenson ne s’y trouvât également.

C’était le scandale imminent, l’effondrement de son bonheur, l’avenir plein de trouble et de déchirement.

Qu’allait-il devenir, et quel moyen employer pour se défendre?

Il avait mis Gobson en campagne. Gobson devait voir Palmer, et il l’attendait.

La réponse que cet homme devait lui rapporter allait décider de son sort.

Au milieu de son effarement, une lueur d’espoir persistait cependant.

Que pouvait, contre M. de Beaufort, le commerçant riche et honoré, miss Fanny Stevenson, que nul ne connaissait, et qui n’avait entre les mains aucun acte légal qui établît ses droits sur sa fille et sur son mari?

L’incendie du presbytère de Smeaton avait tout détruit et avait fait libre le comte de Simier.

Cet incendie, ce dernier ne l’avait pas conseillé. C’est Gobson qui, dans un excès de zèle, en avait eu l’idée; le comte s’était contenté de ne pas l’en détourner.

Mais qu’il y eût de sa part complicité coupable ou non, le résultat était acquis et le mettait à l’abri de toute revendication.

Cela le rassurait sans le calmer.

Dans l’état d’esprit où il se trouvait, le comte redoutait surtout le scandale, et il tremblait à la seule idée de la honte qui rejaillirait sur ses enfants si par impossible, poussée par l’amour maternel ou par le besoin de se venger, Fanny Stevenson venait se jeter au milieu du bonheur qu’il s’était fait.

Un quart d’heure s’écoula à repasser dans sa mémoire tous les événements qui avaient marqué cette époque de son existence.

Minuit venait de sonner.

En ce moment, on frappa à la porte; un domestique parut, et derrière lui l’homme qu’il attendait.

– C’est toi, Gobson? dit M. de Beaufort sur un ton d’indifférence affectée; je t’attendais; entre, et assieds-toi près de moi.

Le valet avait disparu; les deux hommes étaient seuls; M. de Beaufort se leva.

– Eh bien! demanda-t-il, le regard ardent et la voix oppressée, tu as vu Palmer?

– Nous nous quittons! répondit Gobson.

– Et qu’as-tu appris?

Gobson ébaucha une grimace.

– Rien de bon, dit-il en sondant les coins de la chambre, comme s’il eût eu peur qu’on ne surprit ses paroles.

– Fanny est à Paris?… insista le comte.

– Depuis quelques mois.

– Que fait-elle?

– Elle attend.

– Quoi?

– Jusqu’à présent, miss Stevenson n’avait que des données fort vagues; elle avait perdu notre trace à Londres et désespérait de la trouver; mais depuis quelques jours elle semble avoir recueilli des renseignements plus précis, et si elle ignore encore que le comte de Simier et M. de Beaufort-Wilson ne sont qu’une seule et même personne, elle est bien près de le deviner.

– Enfin, quelles sont ses intentions?

– Elle n’en a qu’une, qu’elle ne dissimule pas.

– Laquelle?

– Elle veut reprendre sa fille.

– Par quel moyen?

– En s’adressant tout simplement à la justice, si le comte de Simier la lui refuse.

– Elle a dit cela?

– Et elle le fera comme elle le dit.

– C’est Palmer qui te l’a rapporté?

– En termes fort explicites.

– Palmer est un imbécile! fit M. de Beaufort en haussant les épaules.

Gaston remua flegmatiquement la tête.

– Palmer est un ivrogne, répliqua-t-il, et cela il ne pourrait raisonnablement le nier. Mais un imbécile, c’est autre chose.

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