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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Eh bien, montre. »

Une représentation en trois dimensions de la ville apparut au-dessus du terminal. Ender n’était peut-être pas particulièrement le bienvenu, sa chambre était sans doute modeste, mais on s’était montré courtois sur le plan du terminal qui lui avait été fourni. Ce n’était pas une installation domestique ordinaire mais un simulateur perfectionné. Il était capable de projeter des holos seize fois plus grands que ceux des terminaux ordinaires, avec une définition quatre fois supérieure. L’illusion était si réelle qu’Ender eut, pendant un bref instant, l’impression d’être Gulliver, penché sur une Lilliput qui n’avait pas encore peur de lui, qui ignorait encore son pouvoir destructeur.

Les noms des quartiers étaient suspendus au-dessus des districts d’égouts.

— Tu es ici, indiqua Jane. Vila Velha, la vieille ville. La praça est de l’autre côté du bâtiment qui se trouve en face de toi. C’est là que se déroulent les réunions publiques.

— As-tu une carte des territoires des piggies ?

La carte du village glissa rapidement vers Ender, les éléments proches disparaissant tandis que de nouveaux apparaissaient de l’autre côté. Cela revenait à survoler le paysage. Comme une sorcière, se dit-il. La limite de la ville était matérialisée par une clôture.

— Cette barrière est la seule chose qui se dresse entre nous et les piggies, marmonna Ender.

— Elle produit un champ électrique qui stimule tous les nerfs sensibles à la douleur de ceux qui pénètrent à l’intérieur, expliqua Jane. Le simple fait de la toucher annihile tout contrôle sur les liquides, si tu vois ce que je veux dire… tu aurais l’impression qu’on te coupe les doigts avec une scie.

— Amusante, cette idée. Sommes-nous dans un camp de concentration ? Un zoo ?

— Tout dépend du point de vue, répondit Jane. C’est le côté humain de la barrière qui est relié au reste de l’univers, et le côté des piggies qui est prisonnier de la planète.

— La différence est qu’ils ignorent ce qui leur manque.

— Je sais, dit Jane. C’est ce qu’il y a de plus séduisant chez vous, les êtres humains. Vous êtes tous absolument certains que les animaux inférieurs brûlent de jalousie parce qu’ils n’ont pas eu la chance de naître dans la peau d’un Homo sapiens.

Au-delà de la clôture, il y avait le flanc d’une colline et, au sommet de celle-ci, commençait une épaisse forêt.

— Les xénologues ne se sont jamais enfoncés en territoire piggy. La communauté avec laquelle ils entretiennent des relations vit à moins d’un kilomètre de la lisière de la forêt. Les piggies habitent une maison de rondins, tous les mâles ensemble. Nous ne connaissons pas d’autres colonies, mais les satellites ont pu confirmer que toutes les forêts comme celle-ci contiennent toute la population qu’une culture vivant de chasse et de cueillette peut faire vivre.

— Ils chassent ?

— Ils cueillent, principalement.

— Où Pipo et Libo sont-ils morts ?

Jane éclaira une zone de sol herbu sur la pente conduisant à la forêt. Un gros arbre isolé se dressait à proximité, avec deux autres, plus petits, au loin.

— Ces arbres, fit remarquer Ender. Si je me souviens bien des holos de Trondheim, ils ne se trouvaient pas là.

— Vingt-deux ans se sont écoulés. Le gros est l’arbre que les piggies ont planté dans le cadavre du rebelle nommé Rooter, qui a été exécuté avant l’assassinat de Pipo. Les deux autres correspondent à deux exécutions plus récentes de piggies.

— J’aimerais savoir pourquoi ils plantent des arbres pour les piggies et pas pour les êtres humains.

— Les arbres sont sacrés, rappela Jane. Pipo a indiqué que de nombreux arbres de la forêt portaient un nom. Selon Libo, il est possible qu’ils portent les noms des morts.

— Et les êtres humains ne font pas partie des structures du culte des arbres. Cela est parfaitement plausible. Sauf que, conformément à mon expérience, les rituels et les mythes ne jaillissent pas du néant. Ils ont généralement une raison d’être liée à la survie de la communauté.

— Andrew Wiggin anthropologue ?

— L’étude convenable de l’humanité passe par l’homme.

— Dans ce cas, va un peu étudier les hommes, Ender. La famille de Novinha, par exemple. À propos, il est officiellement interdit au réseau informatique de te montrer où les gens habitent.

Ender grimaça.

— Ainsi, Bosquinha n’est pas aussi amicale qu’elle le paraît.

— Si tu dois demander où les gens habitent, ils sauront où tu vas. S’ils ne veulent pas que tu y ailles, personne ne saura où ils habitent.

— Tu peux surmonter l’interdiction, n’est-ce pas ?

— Je l’ai déjà fait.

Un point lumineux clignotait près de la ligne de clôture, derrière la colline de l’observatoire. C’était un endroit aussi isolé que possible à Milagre. Seules quelques autres maisons avaient été construites aussi près de la clôture. Ender se demanda si Novinha avait, décidé d’habiter là pour être près de la clôture ou loin des voisins. Peut-être l’endroit avait-il été choisi par Marcão.

Le quartier le plus proche était Vila Atrás, puis il y avait un quartier nommé As Fábricas qui s’étendait le long de la rivière. Comme l’indiquait son nom, il se composait essentiellement de petites usines travaillant les métaux ainsi que les plastiques et traitant les aliments et les fibres utilisés à Milagre. Une économie autarcique bien organisée. Et Novinha avait décidé de vivre loin de tout, invisible. C’était Novinha qui avait choisi, en outre, Ender en était désormais certain. N’était-ce pas la structure de sa vie ? Elle n’avait jamais fait partie de Milagre. Ce n’était pas par hasard que les trois appels à un Porte-Parole provenaient d’elle et de ses enfants. Le simple fait d’appeler un Porte-Parole était un défi, indiquait qu’ils ne se comptaient pas parmi les catholiques dévots de Lusitania.

— Néanmoins, décida Ender, je dois demander à quelqu’un de m’y conduire. Il ne faut pas qu’ils comprennent tout de suite qu’ils ne peuvent pas me cacher des informations.

La carte disparut et le visage de Jane se forma au-dessus du terminal. Elle avait négligé de s’adapter à la taille supérieure de ce terminal, de sorte que sa tête était énorme. Elle était très impressionnante. Et sa simulation était si précise qu’elle montrait même les pores de la peau.

— En réalité, Andrew, c’est à moi qu’ils ne peuvent rien cacher.

Ender soupira.

— Tu t’es investie dans cette affaire, Jane.

— Je sais. (Elle lui adressa un clin d’œil.) Mais pas toi.

— Veux-tu dire que tu ne me fais pas confiance ?

— Tu empestes l’impartialité et le sens de la justice, mais je suis assez humaine pour désirer un traitement de faveur, Andrew.

— Veux-tu me promettre au moins une chose ?

— Tout ce que tu veux, ami corporel.

— Quand tu décideras de me cacher quelque chose, accepteras-tu de me dire que tu ne me le communiqueras pas ?

— Cela est un peu trop compliqué pour moi.

Elle était une caricature de femme exagérément féminine.

— Rien n’est trop compliqué pour toi, Jane. Rends-nous service. Ne me coupe pas les jambes.

— Pendant que tu seras avec la famille Ribeira, y a-t-il quelque chose que tu voudrais que je fasse ?

— Oui. Dresse la liste de tous les éléments qui différencient les Ribeira du reste des habitants de Lusitania. Et celle de tous les points de conflit entre eux et les autorités.

— Tu parles et j’obéis.

Elle commença sa comédie du génie disparaissant dans la bouteille.

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