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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Grego ricanait ; naturellement, il avait une chaussure d’enfant à la main. Ela pria intérieurement pour que l’enfant soit sorti indemne de la rencontre. Elle prit la chaussure à Grego et la posa sur le petit autel où des cierges brûlaient continuellement en témoignage du miracle de la Descolada. Le propriétaire de la chaussure la retrouverait.

Madame le Maire, Bosquinha, était plutôt de bonne humeur, tandis que la voiture glissait sur les prairies séparant le spatioport de la colonie de Milagre. Elle montra les troupeaux de cabras semi-domestiques, espèce indigène fournissant des fibres textiles mais dont la chair n’avait aucun pouvoir nutritif, du point de vue des êtres humains.

— Les piggies les mangent-ils ?

Elle haussa les sourcils.

— Nous savons peu de choses sur les piggies.

— Nous savons qu’ils vivent dans la forêt. Leur arrive-t-il de venir dans la plaine ?

Elle haussa les épaules.

— C’est aux framlings de décider.

Ender fut un instant étonné de l’entendre utiliser ce mot ; mais, naturellement, le dernier livre de Démosthène avait été publié vingt-deux ans auparavant et répandu dans les Cent Planètes par l’ansible. Utlanning, framling, raman, varelse – ces vocables faisaient désormais partie du stark, et ne semblaient certainement pas particulièrement neufs à Bosquinha.

Ce fut son absence de curiosité vis-à-vis des piggies qui suscita en lui un sentiment de malaise. Il était impossible que la population de Lusitania ne s’intéresse pas aux piggies – ils constituaient la raison d’être de la haute clôture infranchissable que seuls les Zenadores pouvaient traverser. Non, elle n’était pas indifférente, elle esquivait le sujet. Il ne put déterminer si c’était parce que les piggies étaient un sujet douloureux ou bien parce qu’elle ne faisait pas confiance à un Porte-Parole des Morts.

Ils dépassèrent le sommet d’une colline et elle arrêta la voiture. Elle se posa doucement sur ses patins. En bas, une large rivière serpentait parmi les collines herbues ; au-delà de la rivière, les hauteurs lointaines étaient totalement couvertes d’arbres. Sur la rive opposée, des maisons en brique et en pisé, couvertes de tuiles, constituaient une ville pittoresque. Les fermes étaient disséminées sur l’autre rive, leurs champs longs et étroits conduisant vers le sommet de la colline où se trouvaient Ender et Bosquinha.

— Milagre, annonça Bosquinha. Sur la plus haute colline, la cathédrale. L’Evêque Peregrino a demandé aux gens de se montrer polis et coopératifs avec vous.

Compte tenu du ton, Ender devina qu’il leur avait également indiqué qu’il était un dangereux agent de l’agnosticisme.

— Jusqu’à ce que Dieu me foudroie ? demanda-t-il.

Bosquinha sourit.

— Dieu donne l’exemple de la tolérance chrétienne et nous tenons à ce que tous les habitants de la ville Le suivent.

— Savent-ils qui m’a appelé ?

— Celui qui vous a appelé s’est montré… discret.

— Vous êtes gouverneur, outre vos fonctions de maire. Vous disposez de privilèges, sur le plan de l’information.

— Je sais que le premier appel a été annulé, mais trop tard. Je sais également que deux autres personnes ont demandé un Porte-Parole ces dernières années. Mais vous devez comprendre que, dans leur majorité, dans les domaines de la doctrine et du réconfort, les gens se satisfont des prêtres.

— Ils seront contents d’apprendre que je ne pratique ni la doctrine ni le réconfort.

— Le don généreux de votre cargaison de skrika vous rendra très populaire dans les bars, et vous pouvez être sûr que de nombreuses femmes coquettes porteront les peaux dans les mois à venir. L’automne arrive.

— En fait, j’ai acquis les skrika avec le vaisseau… Ils ne me servaient à rien et je ne recherche aucune manifestation particulière de reconnaissance. (Il regarda l’herbe drue, comparable à de la fourrure, qui l’entourait.) Cette herbe est-elle indigène ?

— Et inutilisable. On ne peut même pas en faire du chaume – lorsqu’on la coupe, elle s’effrite puis tombe en poussière dès qu’il pleut. Mais là, dans les champs, la culture la plus répandue est une race spéciale d’amarante mise au point par notre xénobiologiste. On ne pouvait guère compter sur le riz et le blé, ici, mais l’amarante est si résistante que nous devons utiliser de l’herbicide, autour des champs, pour l’empêcher de se répandre.

— Pourquoi ?

— Cette planète est en quarantaine, Porte-Parole. L’amarante est si bien adaptée à l’environnement qu’elle étoufferait rapidement l’herbe indigène. L’idée n’est pas de terraformer Lusitania. L’idée est de produire un impact aussi réduit que possible sur la planète.

— Cela doit être très frustrant pour la population.

— À l’intérieur de l’enclave, Porte-Parole, nous sommes libres et nos vies sont bien remplies. Et à l’extérieur de la clôture… De toute façon, personne n’a envie d’y aller.

Le ton de sa voix était lourd d’émotion contenue. Ender comprit alors que les piggies suscitaient une peur intense.

— Porte-Parole, je sais que vous croyez que les piggies nous font peur. Et il est possible que cela soit vrai pour quelques-uns d’entre nous. Mais le sentiment que nous éprouvons presque tous, presque continuellement, c’est la haine. L’horreur.

— Vous ne les avez jamais vus.

— Vous devez savoir que deux Zenadores ont été tués, je pense que vous avez été, en fait, appelé après la mort de Pipo. Pipo, ainsi que Libo, étaient très aimés, ici. Surtout Libo. C’était un homme doux et généreux, et le chagrin provoqué par sa mort était profond et sans équivoque. Il est difficile d’imaginer comment les piggies ont pu lui faire ce qu’ils ont fait. Dom Cristão, l’abbé des Filhos da Mente de Cristo, dit qu’ils doivent être dépourvus de sens moral. Selon lui, cela signifie peut-être que ce sont des animaux. Ou bien qu’ils ne sont pas encore déchus, n’ayant pas encore mangé le fruit de l’arbre défendu. (Elle eut un bref soupir.) Mais c’est de la théologie, de sorte que cela ne signifie rien, pour vous.

Il ne répondit pas. Il savait par expérience que les croyants supposaient systématiquement que leurs récits sacrés paraissaient absurdes aux incroyants. Mais Ender ne se considérait pas comme un incroyant, et il avait une perception aiguë du sacré de nombreux récits. Mais il ne pouvait pas expliquer cela à Bosquinha. Elle devrait renoncer aux idées reçues le concernant, avec le temps. Elle se méfiait de lui, mais il pensait pouvoir la gagner à sa cause ; pour exercer correctement ses fonctions de maire, elle devait être capable de juger les gens en fonction de ce qu’ils étaient, et non de ce qu’ils paraissaient. Il changea de sujet.

— Les Filhos da Mente de Cristo… mon portugais n’est pas très bon, mais cela signifie-t-il : « Fils de l’Esprit du Christ ? »

— C’est un nouvel ordre, relativement récent, constitué il y a quatre cents ans grâce à une dispense spéciale du Pape…

— Oh, je connais les Enfants de l’Esprit du Christ, Madame le Maire. J’ai Parlé pour San Angelo, sur Moctezuma, dans la ville de Cordoba.

Son visage exprima la stupéfaction.

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