Arthur et les minimoys
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et les minimoys». Краткое содержание книги:
Pas question de compter sur ses parents qui l'ont déposé là sans ménagement.
Pas question non plus d'attendre son grand-père, disparu mystérieusement il y a maintenant quatre ans.
Et puis, comble de malchance, Arthur n'a que dix ans... Peut-être pourra-t-il compter sur Alfred, son gros chien plus affectueux qu'intelligent?
A moins que, dans la vieille bibliothèque du grand-père, un grimoire ne lui permette de passer de l'autre côté, au pays des minimoys...
- Sauf... S'il est amoureux, ajoute Sélénia, comme une hypothèse improbable.
Arthur court à perdre haleine, sautant les branches, pliant les herbes, évitant les insectes. Aucun obstacle ne lui résiste, même pas cette colonie de fourmis qu'il traverse comme s'il faisait ça tous les week-ends. Bétamèche serre davantage sa sœur contre son cœur.
- Seigneur ! Faites qu'Arthur soit amoureux de ma sœur si gentille ! S'il vous plaît !
Arthur court comme un fou, comme un aveugle, comme si sa vie en dépendait.
Il n'y a pas de doute, ce jeune homme est amoureux. Il s'extirpe de cette jungle miniature et déboule en haut de la berge. La demi-noix et ses occupants apparaissent au détour d'un méandre.
Bétamèche aperçoit Arthur et le pointe du doigt :
- Sélénia !! Il est amoureux ! hurle-t-il tout joyeux.
- Ne nous emballons pas, tempère la princesse.
Heureusement, Arthur n'a rien entendu. Il dévale vers la rivière, prend appui sur un caillou et s'envole dans les airs. Un bond de champion du monde. Ça mérite un ralenti au journal du soir. Quant à l'atterrissage, il finira au zapping. Arthur s'étale lamentablement au fond de la noix, renversant ses camarades comme une boule dans un jeu de quilles.
- Excusez-moi, lâche-t-il en se massant la tête.
- L'amour donne des ailes, chuchote Bétamèche en se frottant le dos.
- Vous voyez ? Je ne vous ai pas abandonnés ! dit Arthur, presque fier.
- Super ! Au lieu de mourir à deux, on va mourir à trois ! lui balance la princesse.
- Personne ne va mourir, Sélénia ! Ce n'est pas ce petit ruisseau qui va vous faire peur quand même ?! s'étonne Arthur.
- Mais ce n'est pas un petit ruisseau, Arthur ! C'est un fleuve en furie et au bout, là-bas, ça s'appelle les chutes de Satan !! lui hurle la princesse.
Arthur regarde en aval. C'est vrai qu'une rumeur semble venir des enfers. L'humidité monte rapidement. On n'est pas loin du taux de cent pour cent.
- Je... Je ne savais pas que ça s'appelait comme ça ! » bafouille Arthur.
Les chutes grondent de plus en plus et deviennent maintenant visibles. Elles sont monstrueuses et portent bien leur nom. Elles sont tellement puissantes qu'elles feraient passer le Niagara pour un compte-gouttes. Arthur est en arrêt. Pas la noix.
- Bon ! T'aurais pas une idée avant de mourir ?! lui lance Sélénia en lui donnant un coup de coude.
Arthur se réveille d'un seul coup. Il regarde autour de lui et réfléchit. Un tronc d'arbre passe en travers de la rivière, juste avant les chutes.
- T'aurais pas une corde dans ton couteau à trois cents fonctions ? demande-t-il à Bétamèche.
- Ben non ! C'est le petit modèle !
Arthur regarde Sélénia de la tête aux pieds. Surtout son décolleté.
- J'ai une idée ! Laisse-toi faire ! lui lance Arthur en commençant à délacer son bustier.
- Il est vraiment amoureux ! lance le petit prince. Sélénia tape violemment sur la main d'Arthur.
- C'est pas parce qu'on va mourir qu'il faut te croire tout permis ! dit-elle avec dignité.
- Mais non, c'est pas ça ! C'est pas ce que tu penses ! proteste-t-il, embarrassé par le quiproquo. J'ai besoin du lacet pour faire une corde ! Pour grimper sur cet arbre. C'est notre seule chance. Sélénia hésite, puis accepte. Arthur tire d'un seul coup sur le lacet et le récupère. Sélénia est obligée de croiser ses bras sur son corset si elle ne veut pas finir la poitrine à l'air. Il n'y aurait pas grand-chose à voir à son âge, mais c'est une question d'éducation : pas de « topless » chez les princesses. Arthur récupère l'épée magique et attache rapidement le lacet autour de la poignée.
- Bétamèche en un, Sélénia en deux ! Il faudra faire vite, on n'aura que quelques secondes ! annonce Arthur en brandissant l'épée.
- Tu es sûr de ce que tu fais, là ? s'inquiète Sélénia.
- Ben... Ça doit pas être plus dur que les fléchettes ! répond-il en visant l'arbre.
Arthur arme son tir et lance l'épée de toutes ses forces. La lame fend les airs, suivie par son fil d'Ariane. On dirait d'ailleurs une fusée.
L'épée se plante en plein milieu de l'arbre.
- Yes ! s'exclame Arthur en moulinant son bras en signe de victoire.
Ses deux camarades le regardent, atterrés par cette gymnastique quasi primitive.
La noix arrive rapidement à la verticale de l'arbre.
- Prépare-toi, Bétamèche ! lance Arthur.
À peine a-t-il attrapé le fil que Bétamèche est déjà sur sa tête et grimpe comme un singe.
Arthur se tient comme il peut dans cette noix qui ne demande qu'à partir.
Bétamèche escalade le tronc et rejoint la terre ferme, à quatre pattes.
- À ton tour Sélénia ! est obligé de hurler l'enfant, tellement le vacarme est assourdissant.
Sélénia ne réagit pas. Elle est paralysée par cette eau bouillonnante qui ne cherche qu'à l'emporter.
- Sélénia ?! dépêche-toi ! Je ne vais pas pouvoir tenir longtemps !! lui hurle Arthur qui tient la liane à deux mains et la noix à deux pieds. Sélénia, elle, attrape son courage à deux mains, bien que les laissant sur son corset.
Elle commence à grimper en mettant au passage son pied sur la figure du garçon.
- Fé bien ! Va-vy Félénia ! prononce Arthur, le visage défoncé par la chaussure.
Sélénia arrive au sommet et prend appui sur l'épée, plantée à l'horizontale.
Arthur est au bord de l'épuisement et lâche la coquille de noix qui s'éloigne rapidement. L'enfant a toutes les peines du monde à se hisser à la corde, ballottée par le souffle des eaux. La noix dévale les chutes de Satan, laissant imaginer ce qu'il aurait pu advenir d'Arthur et de ses compagnons. Sélénia monte sur le tronc et rejoint, avec précaution, la terre ferme.
Arthur rassemble le peu d'énergie qui lui reste et rejoint lui aussi le tronc d'arbre.
Épuisé, il reste là un instant à genoux sur le sol, à reprendre son souffle. Sélénia s'est éloignée. Elle est au bout d'une branche, juste au-dessus d'un petit lac, calme à souhait. Bétamèche n'est pas très loin, en train d'essorer le bas de sa chemise. Arthur récupère l'épée plantée dans le bois, et s'avance vers Sélénia.
- Ça va ? lui lâche Arthur.
- Ça ira mieux quand j'aurai récupéré mon lacet, répond-elle, les mains toujours sur sa poitrine.
Arthur tourne son épée et commence à défaire le nœud qui l'attache au lacet.
- Eh bien moi, j'ai eu la peur de ma vie ! confie Bétamèche, trop content d'être de retour sur la terre ferme.
Sélénia hausse les épaules, comme pour minimiser l'aventure.
- Oui, bon. On va pas en faire toute une histoire, c'est quand même que de l'eau ! lance-t-elle avec une mauvaise foi évidente pour tout le monde.
Comme pour la punir, le ciel décide de faire craquer la petite branche et notre princesse tombe dans le lac.
- Arthur ! Au secours ! Je ne sais pas nager, hurle la princesse affolée, battant des bras comme un oisillon.
Arthur n'écoute que son cœur et son courage. Il court sur la branche et effectue un magnifique plongeon, la tête la première. Malheureusement, il n'y a pas assez de fond et notre héros se fracasse la tête.
- Il est vraiment très amoureux ! murmure Bétamèche, qui a mal pour son ami.
Arthur se relève en se tenant la tête. Il a de l'eau jusqu'aux genoux. La princesse se débat toujours.
- Mais... Sélénia ?! Il n'y a pas d'eau, regarde ! Tu as pied !!! Sélénia se calme peu à peu et réalise effectivement que ses pieds touchent le fond. Elle hésite un instant puis finit par se mettre debout, de l'eau jusqu'aux mollets.
- Et... C'est que de l'eau ! lui balance Bétamèche, toujours prêt à lui en placer une.