Arthur et les minimoys
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et les minimoys». Краткое содержание книги:
Pas question de compter sur ses parents qui l'ont déposé là sans ménagement.
Pas question non plus d'attendre son grand-père, disparu mystérieusement il y a maintenant quatre ans.
Et puis, comble de malchance, Arthur n'a que dix ans... Peut-être pourra-t-il compter sur Alfred, son gros chien plus affectueux qu'intelligent?
A moins que, dans la vieille bibliothèque du grand-père, un grimoire ne lui permette de passer de l'autre côté, au pays des minimoys...
La Mamie ouvre la porte d'entrée et récupère les deux bouteilles de lait laissées sur le perron, preuve que Davido n'a pas encore mis la main sur la laiterie.
Ce bon signe l'encourage à lever la tête et à profiter de cette belle journée qui commence. Un ciel d'azur est posé sur ce joli jardin et ces arbres magnifiques. Sauf un des arbres, qui paraît bien mal en point : celui qui a une Chevrolet enveloppée autour du tronc, comme une écharpe. La Mamie sursaute à cette vision d'horreur.
J'ai dû encore oublier le frein à main ?! Quelle tête en l'air je fais ! », se dit-elle en grommelant.
Nous survolons la pelouse comme une forêt immense et plongeons au milieu des brins d'herbe, dressés comme des chênes centenaires.
Au pied de cette gigantesque forêt minuscule, nos trois héros avancent à bonne allure. Ils font au moins du deux cents à l'heure. « Mètres », évidemment. Sélénia suit la piste, aussi à l'aise que dans son jardin. Arthur ne la quitte pas, ni des yeux, ni des semelles. Bétamèche, par contre, est un peu à la traîne et montre les premiers signes de fatigue.
- Sélénia ? Tu ne peux pas ralentir un peu, s'il te plaît ? lui demande gentiment son frère.
- Pas question ! Tu n'avais qu'à pas te charger comme un gamoul !
- J'ai pris juste un peu de tout, au cas où, répond Bétamèche en haussant les épaules.
Sélénia se dirige droit vers un mille-pattes qui, vu de leur taille, avance comme un immeuble.
Arthur s'inquiète. L'animal est gigantesque avec ses mille jambes, grosses comme des pelleteuses. Sélénia continue sa route face au monstre, comme si elle ne l'avait pas vu.
- Et... tu as quelque chose au cas où on croise un truc comme ça ? demande Arthur, pas loin de s'affoler.
- T'inquiète pas ! lui répond Bétamèche en sortant un objet de sa poche, j'ai mon couteau multi. Trois cents fonctions !
Je l'ai eu pour mon anniversaire.
Le petit prince exhibe fièrement son couteau, vaguement suisse, et commente les fonctions.
- Ici : scie roulante, double couteau, pince multicrabe. Là : bulle à savon, boîte à musique et machine à gaufrettes. De ce côté : l'écloseur de graines, le traceur huit parfums, le vanilleur de surface et quand il fait trop chaud... l'éventail ! Bétamèche a appuyé sur le bouton et un magnifique éventail japonais apparaît. Le petit prince s'évente aussitôt, comme incommodé par la chaleur.
- C'est marrant, pour mon anniversaire l'année dernière, j'ai eu le même... Enfin presque ! lui répond Arthur en regardant le mille-pattes qui avance toujours vers eux. Et... tu n'as rien contre les mille-pattes ? ajoute l'enfant, de plus en plus inquiet.
- Il y a aussi tous les classiques ! enchaîne Bétamèche qui repart dans son énumération : le tulipo, le matachette, les fixomates et soluquets, piplates, sifflettes, goulures et moulagères, raquane à trous et nautile à soudure, pamplinettes et tourne-gland...
Il est coupé dans son élan par Sélénia qui n'en peut plus.
- Et il n'y a rien pour te couper le sifflet ? dit-elle en sortant l'épée de son fourreau.
Bétamèche hausse les épaules tandis que Sélénia, tout en avançant, coupe les pattes avant du mille-pattes comme si elle fauchait du blé.
L'animal redresse la tête et s'étouffe à moitié avec l'herbe qu'il était en train de brouter. Nos trois héros entrent sous le mille-pattes et le longent comme on longe une galerie marchande. Le mille-pattes part en courant en sens inverse et ça en fait de la poussière, mille jambes qui courent ! Arthur n'en revient pas et observe le gigantesque animal qui lui passe au-dessus de la tête comme un Boeing au décollage.
Bétamèche s'en fout, il fait ça tous les jours.
- Ici, sur le dernier côté, il y a toutes les nouveautés : le pilute à frou-frou, très pratique pour la chasse aux badaroux à plumes !
- Ça ressemble à quoi comme oiseau, un badarou ? demande Arthur, les yeux rivés sur le ventre du mille-pattes.
- C'est un poisson, répond Bétamèche, avant de reprendre sa liste.
- J'ai aussi un culbuteur de postillon, une moussilette à velours, un décortiqueur de raisin blanc, un humidificateur de raisins secs, un lance-crapaud, un protège-kaflon et une série d'armes de poing : le paraboulier, l'anti-gisette, un sifflon à douze coups, le tout nouveau karkanon à double face...
Le corps du mille-pattes disparaît, laissant derrière lui un nuage de poussière et un Arthur soulagé.
- Et pour finir ! conclut Bétamèche, la dernière fonction, ma préférée : le peigne !
Bétamèche appuie sur un bouton qui libère un petit peigne en fausse écaille.
Le prince recoiffe, avec un plaisir non dissimulé, les trois cheveux qu'il a sur le caillou.
- Celui-là... je l'ai pas ! dit Arthur avec un brin d'humour. La gare centrale, carrefour de tout bon voyageur, a été construite sur un terrain légèrement déboisé. De loin, on dirait simplement une pierre plate posée sur le sol. De plus près, on constate que deux pierres sont posées l'une sur l'autre et que l'interstice qui les sépare a été aménagé.
Il s'agit d'un immense comptoir pouvant accueillir plusieurs dizaines de passagers à la fois. Mais aujourd'hui, le comptoir est désespérément vide.
Sélénia s'approche de l'énorme pierre où l'on peut lire l'enseigne :
« Expresso-transports-en-tous-genres ».
- Il y a quelqu'un ? demande Sélénia à la cantonade.
Pas de réponse. Pourtant les grilles sont levées et les torches éclairent l'intérieur des bureaux.
- Dites-donc, il n'y a pas grand monde qui voyage, chez vous ! note Arthur qui cherche de son côté.
- Quand tu en auras fait un, de voyage, tu comprendras pourquoi ! lui répond Bétamèche, sarcastique.
Arthur ne sait pas comment prendre cette allusion, mais son attention se fixe sur une demi-boule, posée sur le comptoir. Ça ressemble fortement aux sonnettes qu'on trouve sur les comptoirs d'hôtel et Arthur se permet d'appuyer dessus. L'objet couine et se plaint aussitôt. L'animal sort ses pattes et réveille ses petits qui dormaient sous la coquille. La maman se plaint dans une langue inconnue, sûrement du « criket ». Je... je suis désolé ! Je vous ai prise pour une sonnette ! dit Arthur embarrassé.
Il n'en fallait pas plus pour vexer l'animal, qui se met à hurler davantage.
- Non ! Je veux dire : je ne savais pas que vous étiez vivante ! Arthur s'enferre.
La maman n'a que faire de ses excuses et elle s'en va sur le comptoir, suivie par sa ribambelle.
- Ça ne va pas, d'assommer la clientèle comme ça ?! lui lance le vieux Minimoy qui vient d'apparaître derrière le comptoir. Il a une petite salopette en pétale de bleuet, de grosses moustaches aussi poilues que ses oreilles et un fort accent italien.
- Je suis vraiment désolé ! assure Arthur qui découvre l'homme avec surprise.
Sélénia vient se mettre devant le guichet, coupant net la conversation.
- Excusez-moi, mais on n'a pas de temps à perdre. Je suis la princesse Sélénia ! dit-elle avec un brin de prétention.
Le vieil employé ferme un œil, pour mieux l'observer.
- Ah !.. Je vois ! Et ça c'est votre imbécile de frère ?
- Exact ! répond Sélénia avant que Bétamèche ne puisse intervenir.
- Et c'est qui le troisième rigolo qui assomme mes clients ? lance le Minimoy, ouvertement de mauvais poil.
- Je m'appelle Arthur, répond poliment l'enfant, et je cherche mon grand-père.
L'employé semble intrigué. Il fait appel à sa mémoire.
- ... J'ai transporté un grand-père, il y a quelques années... Comment diable s'appelait-il déjà ?