Les gens heureux lisent et boivent du café
- Автор: Martin-Lugand Agnes
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Les
- ISBN: 978-29-54377-91-9
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les gens heureux lisent et boivent du café». Краткое содержание книги:
Pas moyen de moisir dans ce trou. Je vais le rapatrier à Dublin vite fait bien fait. Et il piquera son chien pourri par la même occasion.
Ah la saleté !
— Salut Megan ! dis-je en passant devant elle.
Je sifflai. Postman Pat courut vers moi. Il me sauta dessus, je restai debout et le caressai. Il jappa dans tous les sens quand il me vit attraper un bâton. Je le lui lançai, fis un clin d’œil à ma rivale et partis sur la plage. Edward me remarqua de loin. Je lui fis un signe de la main et continuai à jouer avec le chien. Il savait que j’étais là, ça suffisait. Subtilement, je m’approchai de lui, mais sans le regarder, toujours en me concentrant sur le chien.
— Diane, l’entendis-je m’appeler.
Je dissimulai non sans mal mon sourire. Avant que je n’aie le temps de me retourner vers lui, Postman Pat me fonça dessus. Normal, j’avais le bâton dans la main. Je m’écroulai dans le sable. Je fus secouée par un fou rire totalement incontrôlable. C’était exactement ce que je voulais. Et mon acolyte y mit du sien en venant me lécher le visage. On m’enleva le bâton des mains, et Postman Pat déguerpit. J’ouvris les yeux. Edward était au-dessus de moi, une jambe de chaque côté de mon corps. Je remarquai ses traits tirés, ses yeux cernés. Mais il me souriait.
— Si tu voyais dans quel état tu es !
— Si tu savais comme je m’en moque !
Il me tendit les mains, je les attrapai, et il m’aida à me relever. On resta liés quelques instants. Puis, avec son pouce, il ôta un peu de sable de sur ma joue. Je retrouvai sur son visage les marques de tendresse qu’il avait eues pour moi ces derniers temps. C’était l’occasion.
— Tu marches un peu avec moi ? lui proposai-je.
Sa main, toujours sur ma joue, retomba et il jeta un coup d’œil en direction de la mer, puis se retourna vers moi.
— J’allais rentrer, j’ai des tirages à faire.
La récréation était finie. Il alla récupérer son matériel photo. Je soupirai. Mais quelle ne fut pas ma surprise de le voir de nouveau s’approcher de moi.
— Tu es toujours intéressée par les photos des îles d’Aran ?
— Bien sûr.
— Viens avec moi alors, je vais te les donner.
Nous remontâmes toute la plage, sans échanger un mot. Durant quelques instants, j’oubliai presque Megan. Elle nous attendait, appuyée contre sa voiture.
— Que fais-tu là ? lui demanda Edward brutalement. Tu détestes la plage jusqu’à preuve du contraire.
— Je voudrais te voir, il faut que je te parle de mes projets.
— Je n’ai pas le temps là, j’ai du boulot.
— Je peux attendre.
Edward poursuivit son chemin, je le suivis, et Megan me suivit. En quelle langue fallait-il lui parler pour qu’elle comprenne qu’elle dérangeait ? Il ouvrit sa porte et pénétra chez lui. Je restai sur le seuil. Megan me bouscula sans qu’il s’en rende compte et le suivit dans l’entrée.
— Je t’ai dit pas maintenant, lui répéta-t-il en la voyant.
— Mais elle, qu’est-ce qu’elle fait là ?
— Edward a des photos à me donner, c’est tout. Après, je le laisse tranquille.
Il partit à l’étage. J’allumai une cigarette. Megan ne bougeait pas d’un pouce. Un vrai chien de garde, version molosse en escarpins. Deux minutes plus tard, Edward dévala les escaliers, une grande enveloppe à la main. Il me la tendit sans un mot.
— Merci, lui dis-je. À plus tard.
— Quand tu veux.
Je lui souris une dernière fois avant de partir chez moi. J’entendis les supplications de Megan pour rester avec lui. Mais il l’envoya promener.
J’arrivai devant ma porte.
— Attends un peu, toi ! entendis-je Megan me dire.
Après tout, je méritais bien de savourer ma victoire du jour. Je me retournai et lui fis mon sourire le plus hypocrite. La colère l’enlaidissait.
— C’est quoi ces photos ?
— Oh ça ? lui demandai-je en lui brandissant sous le nez l’enveloppe.
— Ne joue pas à ça !
— Ce sont des photos qu’Edward a prises de moi et de nous, sur les îles d’Aran.
— Tu mens !
— Tu ne me crois pas ? Pourtant c’est la stricte vérité. D’ailleurs, le B&B est charmant, les lits confortables, un endroit rêvé pour les amoureux.
— Donne-moi ça !
Elle m’arracha l’enveloppe des mains. Toute mécréante que j’étais, je priai le Bon Dieu pour ne pas avoir exagéré. En voyant les traits de Megan se déformer sous l’effet de la rage et de la jalousie cumulées, je promis intérieurement d’allumer un cierge dans la première église que je trouverai. Abby m’aiderait.
— Ce n’est pas possible, répéta-t-elle à plusieurs reprises.
— Et si.
Si ses yeux avaient été des mitraillettes, j’aurais été criblée de balles. Elle me balança les photos à la figure et partit vers sa voiture.
— Tu me le paieras !
Je jetai un coup d’œil au premier cliché. À sa place, j’aurais piqué une crise d’hystérie. Toute chamboulée, je ne pris pas la peine de lui répondre et rentrai chez moi pour décortiquer les photos.
Le lendemain soir, je décidai d’aller au pub avec l’espoir d’y croiser Edward. Le patron me fit un grand sourire. Je grimpai sur un tabouret.
— Désolée pour la dernière fois.
— Pas de soucis, ça arrive à tout le monde, me répondit-il en me servant une pinte. C’est la maison qui offre.
— Merci.
Il jeta un coup d’œil vers l’entrée, leva les yeux au ciel et se retourna vers moi.
— Bon courage.
— Pardon ?
— Bonsoir Diane, me dit Megan.
Elle se hissa gracieusement à côté de moi, et commanda un verre de vin blanc. Si Edward débarquait, je ne tiendrais pas la comparaison. Force était de constater qu’aucun homme ne pourrait lui résister. Elle était magnifique, avec sa robe noire qui n’était ni vulgaire, ni aguichante. Juste sexy, classe, dévoilant ce qu’il fallait de peau pour donner envie d’en découvrir plus.
— J’ai un marché à te proposer, me dit-elle au bout de quelques secondes.
Je me tournai vers elle, plus que méfiante.
— Je suis prête à reconnaître qu’il y a un truc entre vous, commença-t-elle. Tu es une compétitrice dans l’âme, je ne peux qu’être admirative.
Première nouvelle.
— Où veux-tu en venir ?
— Edward est à moi quoi que tu fasses, mais il t’a en tête, et je dois faire avec. Alors je te propose de m’éclipser quelques jours, tu lui fais un numéro de charme, vous couchez ensemble. De cette façon, il pourra passer à autre chose… et enfin revenir à moi.
— Je crois qu’il faut que tu te fasses soigner.
— Ne fais pas ta prude. Quelque chose me dit que tu n’as pas eu d’homme dans ton lit depuis la mort de ton mari.
J’avais envie de vomir.
— Tu sais, renouer avec les joies du sexe avec Edward est une très bonne entrée en matière. Je te rends service en réalité.
Ça devenait franchement glauque. Je ne pouvais plus aligner deux mots.
— Tu refuses ? Tant pis pour toi.
Elle me jeta un dernier coup d’œil avant de sortir son téléphone de son sac et de composer un numéro.
— Edward, c’est moi, minauda-t-elle. Je suis au pub… Je pensais à toi. On se voit ce soir ?… Il faut qu’on parle…
Sa voix changeait au fur et à mesure de leur conversation, elle devenait plus douce, plus enveloppante. Elle jouait avec une miette imaginaire du bout des doigts.
— Je suis désolée pour hier, je sais que tu as besoin d’être seul pour bosser.
Je n’entendais pas les réponses d’Edward, mais je les devinais, aux propos que tenait Megan.