Les gens heureux lisent et boivent du café
- Автор: Martin-Lugand Agnes
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Les
- ISBN: 978-29-54377-91-9
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les gens heureux lisent et boivent du café». Краткое содержание книги:
— Pourquoi montes-tu comme ça dans les tours ?
— Vous avez gagné ! Je vais me barrer de votre bled de merde. Vous êtes tous cinglés.
— De quoi parles-tu ?
— Vous vous foutez bien de moi depuis que je suis arrivée.
— Quoi ? On était tous inquiets pour toi, hier soir.
— Tu parles.
Je levai les yeux au ciel. Judith partit dans la cuisine, je m’avachis dans un fauteuil.
Elle revint cinq minutes plus tard avec un plateau dans les mains.
— Tu manges, et on parle après.
J’avalai mon petit déjeuner en pleurant. Je vidai ma tasse de café, Judith m’en resservit une. Puis elle alluma une cigarette, qu’elle me tendit.
— Pourquoi ne m’as-tu pas prévenue que tu venais ici ? lui demandai-je.
— Ce n’est quand même pas pour ça que tu t’es mise minable hier soir ?
— Tu as été la goutte d’eau. Enfin, d’eau, façon de parler. Il me semble que je n’en ai pas beaucoup bu, hein ? J’étais minable à ce point ?
— Crois-moi, tu préfères ne pas savoir.
Elle arqua un sourcil, je me pris la tête entre les mains.
— Explique-moi ce qui se passe. Depuis que je suis arrivée, je nage en plein cauchemar. La salope qui est de retour, Edward qui cogne sur le premier mec qui t’approche, et toi qui joues la chienne en chaleur au pub.
Je me tenais toujours la tête entre les mains, j’écartai mes doigts pour la regarder.
— C’est qui la salope ?
— Megan. Qui veux-tu que ce soit d’autre ?
— Tu traites la femme de ton frère de salope ?
— Où es-tu allée pêcher que c’était sa femme ? Si mon frère était marié, je le saurais !
— Pourtant, elle s’est présentée comme telle, et il n’a pas démenti.
— Quel con. Attends… il y a un truc que je ne comprends pas, tu étais là quand elle a débarqué chez lui en pleine nuit ?
— Oui, lui répondis-je en baissant les yeux.
— Tu as couché avec lui ?
— On n’a pas eu le temps.
— Merde ! Cette garce a un radar. Et Edward n’a pas de couilles.
Elle se leva et se mit à tourner en rond. Elle me donnait le tournis. J’allumai une nouvelle cigarette et allai regarder par la fenêtre. Je vis Edward au loin sur la plage. J’appuyai mon front sur la vitre froide.
— Diane.
— Quoi ?
— Tu l’aimes ?
— Je crois… il y a un truc qui me pousse vers lui. Quand on était tous les deux, j’étais bien… mais, ça ne change rien, même s’ils ne sont pas mariés, ils sont ensemble.
— Non, tu te trompes.
Judith s’écroula dans le canapé, s’alluma une cigarette et m’observa en plissant les yeux.
— S’il apprend que je t’ai raconté ça, il me tue. Mais, je m’en fous. Assieds-toi.
Je lui obéis.
— Tu sais, son caractère de chien n’est pas dû qu’à la mort de nos parents. La relation qu’il a eue avec Megan lui a foutu sa vie en l’air. C’est bien pour ça que j’ai débarqué comme une furie, après l’appel affolé d’Abby.
— Mais qu’est-ce que c’est que cette nana ?
— Une arriviste. Une tueuse. Une garce. Elle a toujours voulu réussir dans la vie et avoir une position sociale. Par tous les moyens et en utilisant tout le monde. Elle est partie de rien, elle s’est faite toute seule, elle a bossé comme une malade pour en arriver où elle en est. Elle est chasseuse de têtes dans le plus gros cabinet de recrutement de Dublin. Elle renierait père et mère sans aucun problème pour parvenir à ses fins. Elle est sans pitié, intelligente, vicieuse, et surtout manipulatrice.
— Et c’est le genre de femme qu’il aime ?
— Je n’en sais rien, mais c’est la seule relation de couple qu’il a eue.
— Cette femme serait l’amour de sa vie ?
— En quelque sorte. Ce qu’il faut que tu saches, c’est qu’avant qu’il la rencontre, Edward ne voulait pas s’engager.
— Pourquoi ?
— Il a toujours pensé que les relations de couple étaient vouées à l’échec. Pour lui, tu aimes et ensuite tu souffres parce que tu seras trahi et abandonné. Alors il a toujours enchaîné les aventures sans lendemain, jusqu’au jour où il a croisé son chemin. Au début, il la voulait comme trophée de chasse. Elle l’a fait mariner. C’est une vraie mante religieuse. Elle l’a serré de tous les côtés avant de céder à ses avances. Edward a été séduit par sa détermination, son assurance et sa rage. Et puis après, elle a enfoncé le couteau en l’abreuvant de belles paroles, elle a joué la sainte-nitouche, qui veut fonder une famille, qui croit à l’amour…
— Et toi, tu ne la croyais pas ?
— J’ai commencé à mener ma petite enquête sur elle. Je ne la sentais pas. Trop mondaine, trop mielleuse pour être honnête. J’ai appris qu’en fait elle connaissait Edward de vue et qu’elle le voulait. Son image d’artiste sombre et torturé allait lui servir. Pour elle, c’était le moyen d’adoucir sa réputation de requin. J’ai tout balancé à Edward et j’ai failli le perdre. On ne s’est pas adressé la parole pendant des mois.
— Comment ça s’est fini entre eux ?
— Sacrée histoire. À cette époque, Edward traversait une période de doute dans son boulot. Il bossait pour un magazine, mais il voulait se mettre à son compte. Megan était farouchement opposée à son projet. J’ai toujours pensé qu’elle avait peur que son train de vie diminue. Enfin, bref. Mon frère a toujours été ce qu’il est, mais là, forcément ça atteignait des sommets. Il était frustré, il piquait de colères effrayantes. Il ne faisait pas bon être dans la même pièce quand ils s’engueulaient. Il avait pourtant besoin d’elle et de son soutien. Mais voilà, à se comporter comme un trou du cul, il l’a poussé à la faute. Tu me diras, il ne lui fallait pas grand-chose.
— Tu peux développer ?
— Edward était parti en reportage. Quand il est revenu, il l’a trouvé dans leur plumard avec un de ses collègues.
— Quelle horreur.
— Il a pété la gueule du mec. Celui-là, il ne doit la vie qu’aux supplications de Megan. Après, Edward a chargé toutes ses affaires dans sa bagnole. Elle l’a supplié de rester, elle lui a promis que ça ne se reproduirait plus, qu’ils pouvaient surmonter ça ensemble, qu’elle l’aimait plus que tout. Tu te doutes bien qu’il n’a rien voulu entendre.
— Un peu normal, non ?
— Il avait prévu de la demander en mariage dès que ses problèmes de boulot seraient réglés. Tu peux imaginer sa descente aux enfers.
— Comment s’en est-il sorti ?
— Ben, comme tu le vois. Il est passé dans un refuge prendre son clébard. Il a taillé la route jusqu’aux îles d’Aran. Il a disparu de la surface de la terre pendant plus de deux mois. Personne ne savait où il était. J’avais même commencé à réfléchir à un avis de recherche. Et puis un jour, il a débarqué ici pour réclamer à Abby et Jack les clés de la maison de nos parents. Et il s’y est installé. À partir de là, il a décidé que plus aucune femme ne le ferait souffrir et qu’il resterait seul.
— Pourquoi Megan est-elle là ? Qu’est-ce qu’elle veut ?
— Lui. À sa façon, elle l’aime. Elle ne l’a jamais oublié. Ça fait cinq ans qu’elle fait tout pour le récupérer. Elle est même venue pleurer dans mes pattes. Megan reste la seule femme qu’il ait aimée. Malgré tout ce qu’elle lui a fait, je sais bien qu’ils se voient de temps en temps quand il vient à Dublin pour le boulot. À croire qu’elle le traque ! Elle sait toujours où le trouver. Et comme par hasard, quand ils se rencontrent, Edward ne passe jamais la nuit chez moi. C’est comme un drogué qui rechute après une cure.
— Elle le tient, quoi qu’elle fasse.