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Les gens heureux lisent et boivent du café

Электронная книга - «Les gens heureux lisent et boivent du café». Краткое содержание книги:

« Ils étaient partis en chahutant dans l'escalier. […] J'avais appris qu'ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m'étais dit qu'ils étaient morts en riant. Je m'étais dit que j'aurais voulu être avec eux. »
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— Qu’est-ce que tu veux ?

— Bonjour, bredouillai-je.

Il soupira, et passa une main sur son visage.

— Dépêche-toi, je n’ai pas que ça à faire.

Je me redressai, mis mes épaules en arrière, et l’affrontai du regard.

— Tu me dois des explications.

Les traits de son visage reflétèrent la surprise, puis la colère.

— Je ne te dois rien du tout.

— Comment peux-tu te regarder dans une glace ?

Il me fusilla du regard et ma claqua la porte au nez. Une vieille habitude de sa part.

Malgré le ciel bas et les nuages menaçants, je décidai de m’aérer. J’arpentai la plage pendant plus d’une heure. En remontant vers mon cottage, je vis Postman Pat courir vers moi. Je le caressai avant de poursuivre mon chemin. Je ne devais pas rester là. Une voiture se gara devant chez Edward. Sa femme en sortit au moment où je passais. Je sentis son regard sur moi.

— Tu es encore là, toi ?

Je piquai du nez, et m’abstins de lui répondre.

— Je vais aller voir Abby et Jack, et faire en sorte que tu ne nous gênes plus.

En tâtonnant dans mes poches à la recherche de mes cigarettes, je rencontrai mes clés de voiture. C’était ce qu’il me fallait. Je ne fus pas assez rapide.

— Edward, appela-t-elle.

— J’arrive, lui répondit-il.

Je claquai ma portière, et démarrai en trombe.

Pendant plus de deux heures, je roulai pied au plancher. Je ralentis en revenant dans le village. Ma vitesse ne diminua pas assez pour ne pas remarquer cette Megan sortir de chez Abby et Jack. Elle était partout chez elle. J’avais cru que Mulranny me guérirait, finalement ce lieu deviendrait mon tombeau.

Judith aussi m’oubliait. Elle ne m’avait pas prévenue de sa venue. Et elle discutait depuis une heure avec Megan, sur la plage. Quand je la vis se diriger vers chez moi, j’attrapai à toute vitesse mon sac, mes clés, et sortis.

— Diane, appela-t-elle.

— Je n’ai pas le temps.

— Qu’est-ce qui t’arrive ?

— Ça ne te regarde pas.

— Attends, me dit-elle en m’attrapant par le bras.

— Lâche-moi.

Je me dégageai, grimpai dans ma voiture et partis.

J’arrivai à Mulranny après avoir sillonné les routes un bon bout de temps. Puisqu’ils étaient tous chez Abby et Jack, le pub allait être à moi. Je poussai la porte, bien décidée à me saouler. Je grimpai sur un tabouret et commandai le premier verre d’une longue liste. L’Irlande allait me rendre alcoolique.

Je passais du rire aux larmes. La tête posée sur le comptoir, je fixais l’enfilade de verres vides. Je voulus aller fumer, je tombai. Mais au lieu de rencontrer le sol, ce fut contre un torse que je m’écroulai.

— Merci, dis-je au type qui m’avait récupérée et que je n’avais jamais vu dans le coin.

— De rien. Je peux vous offrir une cigarette ?

— En voilà un qui est futé !

Je partis vers la terrasse en lui faisant signe de me suivre. Malgré le brouillard dans lequel j’étais, je savais qu’il me reluquait. Qu’il se fasse plaisir, je m’en fichais, je n’étais plus à ça près. Je me mis en mode blonde écervelée. Je riais comme une bécasse aux blagues qu’il me racontait et auxquelles je ne comprenais rien. Il ne perdit pas de temps. Il m’attrapa par la taille pour me ramener au comptoir. Il lorgnait dans mon décolleté. Je lui jetai un coup d’œil, il était pas mal. Après tout, un Irlandais en valait un autre. Il pouvait faire l’affaire pour exorciser Edward. Je lui lançai un regard de biche et lui proposai de prendre un verre avec moi. Il s’empressa d’accepter.

— Vous nous remettez une tournée ? bafouillai-je au barman.

— Diane, il faut arrêter maintenant.

— Non, servez-moi, je vous paye. Et j’ai bien le droit de m’amuser.

Je lançai des pièces sur le bar. Un nouveau verre arriva, je le vidai d’un trait, et ce fut le trou noir.

J’étais dans le brouillard, je percevais des éclats de voix autour de moi.

— Ne t’approche pas d’elle !

Ce timbre, je l’aurais reconnu entre mille. Edward. Sur qui criait-il comme ça ? J’ouvris les yeux, et le vis empoigner un type par le col. Il me disait vaguement quelque chose.

— Attends mec, c’est elle qui m’a allumé, informa-t-il en me pointant du doigt.

Le poing d’Edward partit d’un coup, le type finit par terre et ne demanda pas son reste, il déguerpit à la vitesse de la lumière.

— Oh… qu’est-ce que j’ai fait ? dis-je.

— C’est ce que tu as failli faire qui est intéressant, répondit Judith, que je n’avais pas encore remarquée.

— Ta gueule.

Sur ces bonnes paroles, j’essayais de tourner les talons, mais ce fut ma tête qui tourna, car le sol tanguait dangereusement.

— Frérot, elle se fait la malle, lança Judith à Edward. Attends, Diane, on te ramène.

— Foutez-moi la paix, je peux rentrer toute seule. Et ne vous mêlez pas de mes affaires.

Je m’arrêtai et me tournai vers eux. C’était maintenant ou jamais si je voulais lui faire comprendre ma façon de penser. Je tentai de fixer mon regard, j’avais, non pas un Edward en face de moi, mais deux.

— Écoute-moi bien, lui dis-je en le pointant du doigt. Tu n’as pas à intervenir dans ma vie. Tu en as perdu le droit l’autre soir. Je peux m’envoyer en…

— Tais-toi, m’ordonna-t-il. Tu as fait assez de bêtises pour ce soir.

Avant que j’aie le temps de lui répondre, il me souleva et me chargea sur son épaule comme un sac. Je donnais des coups de poings dans son dos et je me débattais.

— Lâche-moi, connard.

Il resserra sa prise, et avança sur le parking. Il ne dégoisa pas un mot et me déposa à l’intérieur de sa voiture. Je sombrai dans le sommeil.

Je repris conscience dans mon lit. Quelqu’un m’avait déshabillée.

— Tu en tiens une sévère, me dit Judith.

— Fous-moi la paix.

— Oh que non.

Elle remonta la couette sur moi avant de partir.

Quelques minutes plus tard, des pas résonnèrent à nouveau, j’ouvris les yeux. Edward déposa un verre d’eau sur ma table de nuit, et passa une main sur mon front.

— Ne me touche pas.

J’essayai de me relever.

— Reste couchée.

Edward me poussa légèrement. J’étais incapable de lutter contre lui.

— C’est ta faute tout ça, lui dis-je en pleurant. Tu n’es qu’un salaud.

— Je sais.

Je me cachai sous la couette. Je l’entendis dévaler les marches. Puis la porte d’entrée claqua.

Je souffrais des pieds à la tête. Chaque pas résonnait dans mon crâne. En arrivant dans la salle de bains, je dus prendre appui au lavabo. Je fus horrifiée par mon reflet. J’étais bouffie, mon mascara avait coulé sous mes yeux, mes cheveux ressemblaient à un nid de corbeaux. J’avais tellement honte de moi que je n’osais pas regarder mon alliance, encore moins la toucher. Je me brossai les dents à plusieurs reprises pour tenter de retirer le goût d’alcool incrusté dans ma bouche. C’était décidé, j’arrêtais de boire.

Judith était assise dans mon canapé, elle feuilletait un magazine.

— Qu’est-ce que tu fais encore là ?

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