Arthur et la guerre des deux mondes
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
Arthur se cramponne à son poil et déglutit un grand coup, tandis que son abeille entre dans la pièce principale. C'est un endroit immense. Les parois sont en or, parées de centaines d'alvéoles dans lesquelles chaque abeille vient déposer son butin. On dirait une barre d'immeubles, sur trois cent soixante degrés, du sol au plafond. Une barre en or, en quelque sorte.
Des centaines d'abeilles se croisent au milieu de ce temple, dans un vacarme assourdissant. Mais le vacarme n'empêche pas la discipline et les demoiselles semblent aussi bien organisées qu'un groupe de Japonais. Le spectacle est hallucinant, mais Arthur n'en profite pas beaucoup car il est mort de trouille. On pourrait penser qu'il en a vu d'autres, lui qui a défié Maltazard et son armée, combattu Darkos-le-terrible quasiment à mains nues, et pourtant... Arthur est tétanisé de peur parce qu'il vient simplement de se souvenir, là, au milieu de la ruche, entouré de centaines d'abeilles dix fois plus grosses que lui, qu'il était... allergique !
Maintes fois, le docteur a prévenu ses parents : « La moindre piqûre peut lui être fatale ! » Il avait même conseillé de garder l'enfant enfermé dans la maison pendant tout l'été. Autant proposer d'enfermer un poisson dans un panier à salade. Arthur connaissait sa faiblesse, mais à chaque fois qu'il croisait une abeille, il se comportait en gentleman et n'avait de la sorte jamais eu de problème. Respectez une abeille et elle vous respectera, avait appris Arthur de la bouche même du chef matassalaï et il n'avait jamais dérogé à cette règle.
Mais était-ce vraiment bien respectueux de venir ainsi chez les gens sans y avoir été invité ? Arthur a encore en mémoire ce documentaire où il a vu, de ses propres yeux, un essaim d'abeilles s'acharner sur un visiteur indésirable. En l'occurrence, c'était un ours, qui leur volait du miel sans vergogne. Pas étonnant donc qu'elles s'attaquent à l'animal. Mais l'ours n'avait que faire de leurs piqûres et il chassait les guerrières à grands coups de pattes. A priori, les pattes d'Arthur sont moins grandes et sa peau moins épaisse et il n'a bien évidemment aucune intention de leur voler leur miel, mais allez donc l'expliquer quand vous êtes déjà au milieu de la ruche. Une grosse abeille sans rayure vient se poster devant celle d'Arthur et lui barre le passage.
- Que se passe-t-il ? chuchote l'enfant en se cachant comme il peut dans le duvet de l'animal.
- C'est la police intérieure ! Elle a dû nous repérer ! répond Sélénia, pas plus affolée que ça.
Arthur commence à transpirer et il aimerait suer davantage pour disparaître, comme un esquimau au soleil. Soudain, l'abeille de la police pousse un cri très strident. Probablement le signal de l'assaut et Arthur commence à faire sa prière. D'un seul coup, toutes les abeilles se posent devant leur alvéole et rentrent leurs ailes. En quelques secondes le silence est absolu. On entend seulement un vent léger qui sifflote en entrant dans la ruche, comme s'il revenait du boulot. On entend bien aussi les dents d'Arthur, qui claquent en mesure. Sélénia lui attrape la mâchoire à deux mains et lui ferme son clapet.
- Silence ! On entend que toi ! murmure la princesse.
Au fond de la ruche, une énorme abeille s'extirpe d'une alvéole visiblement trop petite pour elle. Toutes les abeilles accueillent cette apparition avec enthousiasme et une clameur s'élève dans la ruche. La reine mère déplie ses antennes et semble saluer son peuple. Aussitôt, l'abeille d'Arthur, escortée par la police, se dirige vers la souveraine et le pauvre garçon a l'impression de voir sa main s'approcher du feu, ou plutôt sa fesse de la seringue que tient l'infirmière. Au moins, quand c'est l'infirmière, il sait que c'est pour son bien alors que quand il voit la tête de la reine, avec ses gros yeux noirs, il se demande plutôt combien de temps il lui reste à vivre. L'abeille porteuse se penche légèrement devant sa reine. Sélénia a compris le message et saute à terre, au pied du trône. Bétamèche en fait de même et ne semble pas fâché de se dégourdir enfin les jambes. Ce qui surprend le plus Arthur dans tout ça, ce n'est pas de voyager en abeille ni d'aller saluer la reine, c'est que Sélénia et Bétamèche sont aussi décontractés que s'ils allaient aux moules.
Et s'il y avait moins de danger qu'il ne l'imagine ? Il lui suffit peut-être de suivre le protocole avec minutie pour être épargné. Ce ne sont évidemment que des suppositions, mais Arthur décide de se montrer digne de la situation. Il saute à terre et s'avance timidement vers la reine.
- Mes... mes respects, Votre Majesté ! déclare-t-il avec difficulté.
- Te fatigue pas, elle comprend rien ! lance Sélénia.
- Il faut attendre le traducteur ! ajoute Bétamèche, toujours au fait des protocoles.
L'abeille de police déchire la cire d'une alvéole à l'aide de son bec puissant et sort, en le tirant par les pieds, un étrange personnage. C'est un vieux Minimoy, poilu de la tête aux pieds et complètement enduit de miel.
- Ça va pas de réveiller les gens comme ça, en plein sommeil ! grommelle le vieil homme.
- C'est Valiome, le traducteur. Il ne pense qu'à dormir ! explique Sélénia à son compagnon.
- C'est le cousin d'Hypnos, le passeur de rayon et le beau-frère de Narcos, le passeur de bulles, précise Bétamèche, sans que cela soit vraiment nécessaire, vu la ressemblance évidente entre les trois passeurs.
- Dire que j'ai pris ce poste de traducteur parce qu'on m'a assuré que le boulot était tranquille ! Si c'est pour être dérangé sans arrêt, je préfère encore rentrer chez moi ! bougonne le vieil homme en essayant de se débarrasser d'un gros fil de miel qui encombre sa barbe.
- Pourquoi ? Tu as souvent de la visite ? demande Bétamèche.
- Non ! C'est la première et j'aimerais autant que ce soit la dernière ! grogne le vieux barbu.
- Traduis à la reine mes propos et je te promets de ne pas rester longtemps, afin que tu puisses retourner te coucher ! lui dit Sélénia.
- Trop aimable ! marmonne le vieil homme. (Ce qui n'est vraiment pas son cas !)
- Je suis la princesse Sélénia de Matradoy, seizième du nom, souveraine des Premières Terres. Et je m'incline, au nom de mon peuple, devant Votre Majesté.
Valiome le traducteur sort un pipeau de sa poche. L'objet est fort joli et semble avoir été taillé dans le tuyau d'une plume d'oiseau. Des dessins minimoys s'enroulent autour de l'instrument qui ne possède pas moins de cinquante trous. Il faut vraiment avoir fait des études pour pouvoir s'en servir, surtout quand on n'a que huit doigts comme tous les Minimoys. Mais Valiome a son diplôme de la fameuse Académie du rossignol, où maître Berlisse, l'honorable mille-pattes, enseigne depuis la nuit des temps. Berlisse parle autant de langues qu'il possède de pattes et c'est lui qui a mis au point le pipeau-traducteur. Il existe un pipeau pour chaque langue et celui des abeilles fait partie des plus simples. Le plus compliqué est sans aucun doute celui du grillon mexicain. Il possède près de mille trous et, évidemment, Berlisse est le seul à pouvoir en jouer, puisqu'il a une patte pour chaque note.
Valiome prend une grande inspiration et souffle dans son pipeau en pianotant sur les petits trous. Un grésillement léger sort de l'instrument et la traduction semble bonne puisque la reine s'incline à son tour.
- Elle vous remercie et vous demande de quel droit vous êtes entrés ainsi dans la ruche ! traduit le passeur.
Arthur commence à s'inquiéter, surtout depuis que l'abeille porteuse l'observe avec insistance.
- L'affaire est d'importance. Notre monde est en danger, car M le maudit a juré sa perte. Si nous ne réagissons pas, notre monde deviendra bientôt le sien, et terreur et destruction deviendront notre lot quotidien !