Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Il y eut un long silence. Gandalf se rassit et tira sur sa pipe, comme perdu dans ses pensées. Ses yeux semblaient clos, mais, sous ses paupières, il observait Frodo avec attention. Frodo regardait fixement les braises rougeoyantes, de telle sorte qu’elles envahirent toute sa vision et qu’il lui semblait regarder dans des abîmes de feu. Il songea aux légendaires Failles du Destin et à l’horreur de la Montagne du Feu.
« Eh bien ! dit enfin Gandalf. À quoi pensez-vous ? Avez-vous décidé de ce que vous comptez faire ? »
« Non ! » répondit Frodo, émergeant des ténèbres pour constater qu’à sa grande surprise il ne faisait pas noir, que le jardin ensoleillé lui souriait à la fenêtre. « Ou peut-être que si. De ce que j’ai pu comprendre de votre discours, je suppose qu’il est de mon devoir de garder l’Anneau et de le protéger, du moins pour l’instant, quoi qu’il puisse me faire à moi. »
« Quoi qu’il puisse faire, il sera lent, lent à faire le mal, si vous le conservez dans cette intention », dit Gandalf.
« Je l’espère, dit Frodo. Mais je voudrais que vous lui trouviez bientôt un meilleur dépositaire. En attendant, il semble que je sois devenu un danger, un danger pour tous ceux qui vivent près de chez moi. Je ne puis conserver l’Anneau et rester ici. Il me faudra laisser Cul-de-Sac, laisser le Comté, tout laisser et partir. » Il soupira.
« J’aimerais sauver le Comté, si je le pouvais – même s’il m’est arrivé de trouver ses habitants ennuyeux et bêtes à pleurer, et de penser qu’un tremblement de terre ou une invasion de dragons leur ferait du bien. Mais je ne le pense pas, à présent. J’ai l’impression que, tant que j’aurai la certitude que le Comté demeure, sûr et confortable, mes errances me paraîtront plus supportables : je saurai qu’il existe quelque part un endroit où me poser, même si je ne peux plus y mettre les pieds.
« Bien sûr, j’ai souvent songé à partir, mais j’envisageais plutôt cela comme des vacances : une suite d’aventures comme celles de Bilbo, ou bien en mieux, avec une fin heureuse. Mais ici, cela signifierait l’exil, une succession de dangers que j’attirerais en essayant de les fuir. Et je suppose qu’il me faudrait partir seul, si je devais partir et sauver le Comté. Mais je me sens tout à fait insignifiant, complètement déraciné, et, ma foi… désespéré. L’Ennemi est si fort, si terrible. »
Il ne le dit pas à Gandalf, mais tandis qu’il parlait, une profonde envie de suivre Bilbo embrasa son cœur – suivre Bilbo, et peut-être même le retrouver. Ce désir était si fort qu’il triompha de sa peur : il aurait presque pu se précipiter dehors et partir à toutes jambes sans son chapeau, comme Bilbo l’avait fait longtemps auparavant, par un matin semblable.
« Mon cher Frodo ! s’écria Gandalf. Les hobbits sont vraiment des créatures étonnantes, comme je ne me lasse pas de le dire. Vous pouvez apprendre tout ce qui a trait à leurs coutumes en un mois, et après cent ans, ils peuvent encore vous surprendre au moment opportun. Je ne m’attendais guère à une telle réponse, même de votre part. Mais Bilbo ne s’est pas trompé en choisissant son héritier, même s’il n’avait pas idée de l’importance de son choix. Je crains que vous n’ayez raison. L’Anneau ne pourra rester caché dans le Comté encore longtemps ; et par égard pour vous et pour les autres, vous devrez partir, en laissant derrière vous le nom de Bessac. Car il sera risqué de porter un tel nom, en dehors du Comté ou dans la Sauvagerie. Je vais vous donner un nom pour voyager. Quand vous partirez, vous serez M. Souscolline.
« Mais je ne crois pas que vous soyez obligé de partir seul. Pas si vous connaissez quelqu’un de confiance, quelqu’un qui serait prêt à aller à vos côtés – et que vous seriez prêt à exposer à des périls inconnus. Mais si vous cherchez un compagnon, choisissez avec prudence ! Et prudence dans ce que vous dites, même à vos plus proches amis ! L’ennemi a de nombreux espions et de nombreuses façons d’entendre. »
Il s’arrêta soudain comme pour écouter. Frodo s’aperçut que tout était très silencieux, à l’intérieur comme à l’extérieur. Gandalf s’approcha furtivement d’un côté de la fenêtre. Puis, tout à coup, il s’appuya sur le rebord et tendit un long bras à l’extérieur et vers le bas. Il y eut un cri rauque, et la tête frisée de Sam Gamgie apparut, tirée par une oreille.
« Tiens, tiens, par ma barbe ! dit Gandalf. Sam Gamgie, c’est cela ? Mais que faites-vous donc là ? »
« Bénie soit vot’ barbe, M. Gandalf, m’sieur ! dit Sam. Rien ! J’étais juste en train de tailler la bordure d’herbe en dessous de la fenêtre, si vous me suivez. » Il ramassa ses cisailles et les exhiba comme preuve.
« Pas tellement, dit Gandalf d’un ton sévère. Cela fait un moment que je n’entends plus le bruit de vos cisailles. Depuis quand êtes vous aux aguets ? »
« Au guet, m’sieur ? Vous m’excuserez, m’sieur, j’vous suis pas. Y a pas de guet à Cul-de-Sac, et ça, c’est un fait. »
« Ne faites pas l’innocent ! Qu’avez-vous entendu et pourquoi écoutiez-vous ? » Les yeux de Gandalf jetèrent des éclairs et ses sourcils se dressèrent sur son front.
« Monsieur Frodo, m’sieur ! s’écria Sam, tremblant comme une feuille. Le laissez pas me faire du mal, m’sieur ! Le laissez pas me changer en quelque chose de pas naturel ! Ça ferait un tel choc à mon vieux papa. Je pensais pas à mal, m’sieur, sur mon honneur ! »
« Il ne te fera pas de mal, dit Frodo, ayant peine à étouffer un rire, quoiqu’il fût lui-même surpris et plutôt perplexe. Il sait aussi bien que moi que tu ne penses pas à mal. Mais dépêche-toi de répondre à ses questions, et tout de suite ! »
« Eh bien, m’sieur, commença Sam, tergiversant un peu. J’ai entendu pas mal de choses que j’ai pas très bien comprises, rapport à un ennemi, et des anneaux, et M. Bilbo, m’sieur, et des dragons, et puis une montagne de feu, et… les Elfes, m’sieur. J’écoutais parce que j’étais incapable de faire autrement, si vous voyez ce que je veux dire. Qu’on me bénisse, m’sieur, mais j’aime tellement les histoires de ce genre-là. Et qui plus est, j’y crois, qu’importe ce que dit Ted. Les Elfes, m’sieur ! Comme j’aimerais les voir, eux. Pourriez pas m’emmener voir des Elfes, m’sieur, quand vous partirez ? »
Soudain, Gandalf se mit à rire. « Entrez donc ! » s’écria-t-il ; et sortant les deux bras, il hissa le jardinier stupéfait à travers la fenêtre, cisailles et brins d’herbe compris, et le déposa à l’intérieur sur ses deux pieds. « Vous emmener voir les Elfes, hein ? » dit-il en l’observant attentivement ; mais un sourire flottait sur ses lèvres. « Donc, vous avez appris que M. Frodo doit s’en aller ? »
« Oui, m’sieur. Et c’est pour ça que je me suis étouffé, comme vous avez entendu, à ce qu’il semblerait. J’ai essayé de me retenir, m’sieur, mais ça m’a échappé : j’étais si bouleversé. »
« On ne peut rien y faire, Sam », dit Frodo avec tristesse. Il venait de se rendre compte que son départ du Comté entraînerait des séparations plus pénibles que le simple fait de dire adieu au confort familier de Cul-de-Sac. « Je devrai partir. Mais » – à ce moment, il regarda Sam dans le blanc des yeux – « si tu te soucies vraiment de moi, tu n’en souffleras pas un traître mot. Tu comprends ? Sinon, si tu répètes une seule syllabe de ce que tu as entendu ici, alors j’espère que Gandalf te changera en crapaud tacheté et qu’il remplira le jardin de couleuvres. »