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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« J’ai enduré son verbiage aussi longtemps que j’en étais capable, mais il importait plus que tout de découvrir la vérité, alors j’ai dû, finalement, être sévère. Éveillant chez lui la peur du feu, je lui arrachai la véritable histoire, morceau par morceau, et de nombreux geignements et grognements. Il se disait incompris et maltraité. Mais quand il m’eut enfin raconté son histoire, jusqu’au Jeu des Énigmes et à l’évasion de Bilbo, il refusa d’en dire plus, sauf par de sombres allusions. Il y avait chez lui une autre peur, plus grande que celle que je lui inspirais. Il marmonnait qu’il allait récupérer ce qui lui appartenait. On verrait bien s’il accepterait d’être roué de coups, chassé au fond d’un trou et enfin volé. Gollum avait de bons amis, à présent, de bons amis et très forts. Ils l’aideraient. Bessac le paierait cher. C’était chez lui une idée fixe. Il haïssait Bilbo et maudissait son nom. Qui plus est, il savait d’où il venait. »

« Mais comment a-t-il découvert cela ? » demanda Frodo.

« Eh bien, pour ce qui est de son nom, Bilbo le lui a très sottement donné lui-même ; après cela, il devenait facile pour Gollum de découvrir son pays d’origine, une fois sorti de son trou. Eh oui, il en est sorti. Son désir de retrouver l’Anneau s’est avéré plus fort que sa crainte des Orques, ou même de la lumière. Au bout d’un an ou deux, il a quitté les montagnes. Car voyez-vous, même s’il était encore lié par le désir de le posséder, l’Anneau ne le dévorait plus : il commençait à revivre un peu. Il se sentait vieux, terriblement vieux, quoique moins timoré, et il avait mortellement faim.

« La lumière, celle du Soleil et de la Lune, il la craignait et la haïssait encore, comme il le fera toujours, je pense ; mais il ne manquait aucunement de ruse. Il s’aperçut qu’il pouvait se cacher de la lumière du jour et du clair de lune, et avancer furtivement et rapidement à la faveur de la nuit en s’aidant de ses yeux pâles et froids, tout en attrapant de petites créatures apeurées ou imprudentes. Toute cette nourriture et cet air frais lui redonnèrent des forces et du courage. Il finit par aboutir à Grand’Peur, comme on pouvait s’y attendre. »

« C’est là que vous l’avez trouvé ? » demanda Frodo.

« Je l’y ai vu, répondit Gandalf ; mais il avait longuement erré avant de s’y trouver, suivant la trace de Bilbo. Son discours était ponctué de jurons et de menaces, et il était difficile d’en tirer quelque certitude que ce soit. “Qu’est-ce qu’il avait dans ses poches ? pestait-il. Il ne voulait pas le dire, non, trésor. Ssale petit tricheur. Pas une vraie question. Il a triché en premier, ça oui. Il a enfreint les règles. On aurait dû lui tordre le cou, oui, trésor. Et on le fera, trésor !”

« Voilà un peu comment il parlait. Je ne pense pas que vous ayez envie d’en entendre davantage. J’ai dû endurer cela pendant plusieurs jours. Mais à partir d’indices qu’il laissait tomber dans sa hargne, j’ai fini par comprendre que ses pas feutrés l’avaient enfin conduit à Esgaroth, et même dans les rues du Val, épiant les gens et tendant l’oreille. Or, la rumeur des grands événements avait gagné toute la Contrée Sauvage, et bien des gens connaissaient le nom de Bilbo et savaient d’où il venait. Nous n’avions fait aucun mystère de notre voyage de retour jusqu’à sa demeure dans l’Ouest. Les oreilles affûtées de Gollum ne tardèrent pas à lui apprendre ce qu’il désirait savoir. »

« Alors comment se fait-il qu’il n’ait pas continué à chercher Bilbo ? demanda Frodo. Pourquoi n’est-il pas venu dans le Comté ? »

« Ah, dit Gandalf, nous y voilà. Je pense que Gollum a essayé. Il est reparti vers l’ouest, jusqu’au Grand Fleuve. Mais là, il s’est détourné. La longueur du trajet ne lui faisait pas peur, j’en suis convaincu. Non, quelque chose d’autre l’a détourné. C’est ce que pensent mes amis, ceux qui l’ont pris en chasse pour moi.

« Les Elfes sylvains ont été les premiers à suivre sa piste, qui ne présentait pour eux aucune difficulté, car elle était alors encore fraîche. Elle sillonnait Grand’Peur dans tous les sens, mais ils ne purent jamais l’attraper. Sa rumeur hantait partout les bois : des histoires horribles, même parmi les bêtes et les oiseaux. Les Hommes des Bois disaient qu’une nouvelle terreur rôdait, un fantôme qui s’abreuvait de sang. Il grimpait aux arbres pour trouver des nids, rampait dans des trous pour dérober les petits, se glissait par les fenêtres à la recherche de berceaux.

« Mais à la lisière occidentale de Grand’Peur, la piste bifurquait. Elle partait vers le sud et sortait du domaine des Elfes sylvains, qui perdirent la trace de Gollum. Alors j’ai commis une grave erreur. Oui, Frodo, et pas la première, encore qu’elle puisse s’avérer la pire, je le crains. Je n’ai rien fait. Je l’ai laissé partir ; car j’avais à ce moment-là bien d’autres préoccupations, et je me fiais encore à la science de Saruman.

« Enfin, cela se passait il y a des années. J’en ai expié depuis par de sombres et périlleuses journées. La piste était depuis longtemps refroidie quand je décidai de la reprendre, après le départ de Bilbo. Et ma quête eût été vaine sans l’aide que je reçus d’un ami : Aragorn, le plus grand voyageur et traqueur de cet âge du monde. Ensemble, nous avons cherché Gollum à travers toute la Contrée Sauvage sans espoir de le trouver, et sans succès, d’ailleurs. Mais quand j’eus abandonné la chasse pour suivre d’autres chemins, Gollum tomba entre nos mains. Mon ami avait affronté de graves dangers pour ramener avec lui cette misérable créature.

« Gollum refusa de nous dire ce qu’il avait fabriqué. Il ne faisait que se lamenter, dénonçant notre cruauté avec plus d’un gollum dans la gorge ; et quand nous le pressions, il gémissait et se recroquevillait, frottant ses longues mains et se léchant les doigts comme s’ils lui faisaient mal, comme s’il se rappelait quelque torture qu’il avait endurée. Mais je crains qu’il n’y ait aucun doute possible : il avait cheminé lentement, furtivement, pas à pas, mille après mille, vers le sud… vers le Pays de Mordor. »

Un lourd silence s’abattit sur la pièce. Frodo pouvait entendre son cœur battre. Même à l’extérieur, tout semblait immobile. Les cisailles de Sam s’étaient tues.

« Oui, jusqu’au Mordor, dit Gandalf. Hélas ! Le Mordor attire toutes choses mauvaises ; et le Pouvoir Sombre exerçait toute sa volonté pour les y rassembler. L’Anneau de l’Ennemi ne pouvait manquer non plus de laisser son empreinte, Gollum restant plus sensible à ces appels. Et tous murmuraient à l’époque qu’une nouvelle Ombre s’était levée dans le Sud, et combien elle haïssait l’Ouest. Voilà donc qui étaient ses nouveaux amis, ceux qui l’aideraient à se venger !

« Le pauvre fou ! En ce pays-là, il apprendrait beaucoup de choses, trop pour être tranquille. Et tôt ou tard, en continuant à rôder près des frontières, il finirait par être pris et emmené – pour interrogatoire. C’est ainsi que les choses se passèrent, j’en ai peur. Quand ils le surprirent, cela faisait déjà longtemps qu’il se trouvait là : il était sur le chemin du retour, cherchant un mauvais coup à faire. Mais cela n’a guère d’importance, à présent. Il avait déjà fait le pire de ses mauvais coups.

« Oui, hélas ! c’est par lui que l’Ennemi a appris que l’Unique avait été retrouvé. L’Ennemi sait où Isildur est tombé. Il sait où Gollum a trouvé son anneau. Il a la certitude qu’il s’agit d’un Grand Anneau, car celui-ci a donné longue vie à son détenteur. Il sait qu’il ne s’agit pas d’un des Trois, car ils n’ont jamais été perdus et ne tolèrent aucun mal. Il sait qu’il ne s’agit pas d’un des Sept, ni des Neuf, car il sait où ils se trouvent. Il sait qu’il s’agit de l’Unique. Et il a, je pense, fini par entendre parler des hobbits et du Comté.

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