Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Qu’est-ce qu’elle a de si beau ? dit Pippin, jetant un œil hors de ses couvertures. Sam ! Le petit déjeuner pour neuf heures et demie ! As-tu fait chauffer l’eau du bain ? »
Sam se leva d’un bond, le regard plutôt flou. « Non, m’sieur, pas encore, m’sieur ! » dit-il.
Frodo tira sur les couvertures de Pippin et le fit rouler sur le dos, puis il marcha jusqu’à l’orée du bois. Le soleil rouge émergeait, loin à l’est, du lit de brouillard qui enveloppait le monde. Couronnés des reflets rouge et or de l’automne, les arbres semblaient flotter sans racines sur une mer indécise. Un peu en contrebas et sur la gauche, la route plongeait brusquement dans un creux et disparaissait.
Lorsqu’il les rejoignit, Sam et Pippin avaient allumé un bon feu. « L’eau ! s’écria Pippin. Où est l’eau ? »
« Je ne garde pas d’eau dans mes poches », répondit Frodo.
« On croyait que tu étais parti en chercher, dit Pippin, affairé à disposer la nourriture et les tasses. Tu ferais mieux d’y aller, à présent. »
« Tu peux venir aussi, dit Frodo, et apporter toutes les gourdes pendant que tu y es. » Il y avait un ruisseau au pied de la colline. Ils remplirent leurs gourdes et leur bouilloire de voyage à une petite chute où l’eau tombait de quelques pieds sur un affleurement de pierre grise. Elle était glaciale. Soufflant et crachotant, ils s’y baignèrent le visage et les mains.
Une fois le petit déjeuner terminé et tous les paquets remballés, il était dix heures passées, et la journée se faisait chaude et belle. Ils descendirent la colline et traversèrent le ruisseau à l’endroit où celui-ci plongeait sous la route, jusqu’à la prochaine grimpée, suivie d’une autre descente ; et voilà que les manteaux, les couvertures, l’eau, la nourriture et le reste de leur équipement leur paraissaient déjà un lourd fardeau.
La marche de la journée s’annonçait chaude et fatigante. Au bout de quelques milles, cependant, la route cessa de monter et descendre : elle grimpa au sommet d’un talus escarpé en une sorte de zigzag fastidieux, se préparant à redescendre une dernière fois. Devant eux s’étendaient des plaines, tachetées de petits bosquets qui se fondaient en des lointains brunâtres et boisés. Leur regard embrassait toute la Pointe-aux-Bois en direction du fleuve Brandivin. La route serpentait devant eux comme un bout de ficelle.
« La route continue indéfiniment, dit Pippin ; mais il me faut une pause si je veux l’imiter. Il est grand temps de déjeuner. » Il s’assit sur le talus en bordure de la route et scruta le lointain en direction de l’est, là où se devinaient le Fleuve et, plus loin encore, la frontière du Comté où il avait passé toute sa vie. Sam se tenait près de lui. Ses yeux ronds étaient tout grands ouverts, car il contemplait des terres qu’ils n’avaient jamais vues, et un nouvel horizon.
« Est-ce que des Elfes vivent dans ces bois ? » demanda-t-il.
« Pas que je sache », dit Pippin. Frodo était silencieux. Lui aussi laissait planer son regard vers l’est le long de la route, comme s’il ne l’avait jamais vue. Soudain il dit lentement, à voix haute mais comme pour lui-même :
La Route se poursuit sans fin
Qui a commencé à ma porte
Et depuis m’a conduit si loin.
Je la suis où qu’elle m’emporte,
Les pieds las dès le premier jour,
Jusqu’à la prochaine croisée
Où se rencontrent maints parcours.
Puis où encore ? Je ne sais.
« On dirait quelques rimes du vieux Bilbo, dit Pippin. Ou bien est-ce l’une de tes imitations ? Ça ne me paraît pas très encourageant. »
« Je ne sais pas, dit Frodo. Ça m’est venu sur le moment, comme si je l’inventais à mesure ; mais je l’ai peut-être entendu il y a longtemps. En tout cas, cela me rappelle beaucoup Bilbo dans les dernières années, avant son départ. Il disait souvent qu’il n’y a qu’une seule Route, que c’est comme une grande rivière : ses sources jaillissent au seuil de chaque maison, et tous les chemins sont ses affluents. “C’est un jeu dangereux, Frodo, de sortir de chez toi”, disait-il. “Tu fais un pas sur la Route, et, si tu ne surveilles pas tes pieds, qui sait jusqu’où tu pourrais être emporté… Te rends-tu compte que ce chemin est celui-là même qui traverse Grand’Peur, et que si tu le laisses faire, il pourrait t’emmener jusqu’à la Montagne Solitaire, ou plus loin encore, et en de pires endroits ?” Il disait cela quand nous étions dans le chemin devant la porte de Cul-de-Sac, surtout quand il revenait d’une longue promenade. »
« Eh bien, la Route ne m’emportera nulle part avant au moins une heure », dit Pippin, laissant tomber son chargement. Les autres suivirent son exemple, adossant leurs paquets contre le talus et étendant les jambes en travers de la route. Après une pause, ils prirent un bon déjeuner, puis encore une pause.
Le soleil commençait à décliner et la lumière de l’après-midi inondait la plaine lorsqu’ils descendirent la colline. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas rencontré âme qui vive sur la route. Ce chemin était peu fréquenté, car il ne convenait guère aux charrettes, et les allées et venues étaient rares du côté de la Pointe-aux-Bois. Ils cheminaient maintenant depuis une heure ou plus quand Sam s’arrêta un instant comme pour écouter. Ils se trouvaient désormais en terrain plat, et la route, après de nombreux méandres, coupait tout droit à travers la plaine herbeuse parsemée de grands arbres annonciateurs de la forêt.
« J’entends venir un poney ou un cheval derrière nous », dit Sam.
Ils se retournèrent, mais un détour de la route les empêchait de voir bien loin. « Serait-ce Gandalf cherchant à nous rattraper ? » se demanda Frodo ; mais tout en disant cela, il eut le sentiment que ce n’était pas le cas, et un désir soudain de se soustraire à la vue du cavalier s’empara de lui.
« C’est peut-être sans importance, dit-il en manière d’excuse, mais je préférerais ne pas être vu sur la route… par qui que ce soit. J’en ai assez que mes faits et gestes soient scrutés à la loupe. Et si c’est Gandalf, ajouta-t-il après coup, on pourra lui faire une petite surprise : ça lui apprendra d’être à ce point en retard ! Cachons-nous ! »
Les deux autres coururent rapidement jusqu’à une petite dépression du côté gauche de la route, où ils se mirent à plat ventre. Frodo hésita pendant une seconde : la curiosité ou quelque chose d’autre s’opposait à son envie de se cacher. Le claquement de sabots s’approcha. Juste à temps, il s’aplatit dans un bouquet d’herbes hautes, derrière un arbre surplombant la route. Puis il leva la tête et regarda précautionneusement par-dessus l’une des grandes racines.
Un cheval noir apparut dans le tournant, pas un poney de hobbit mais un cheval de haute stature. Un homme de forte carrure le montait, comme écrasé sur la selle : il était enveloppé d’une grande cape noire et d’un capuchon de même couleur, ce qui ne laissait voir que ses bottes dans les hauts étriers. Son visage restait dans l’ombre, invisible.
En arrivant à la hauteur de Frodo caché derrière son arbre, le cheval s’arrêta. La silhouette noire demeura tout à fait immobile, tête baissée, comme pour écouter. Il vint, de l’intérieur du capuchon, comme le bruit de quelqu’un reniflant pour capter une odeur insaisissable ; la tête se tourna de chaque côté de la route.