Saga
- Автор: Бенаквиста Тонино
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:
– Et leur intimité mentale?
– …?
– Prends, par exemple, la scène où Camille pète les plombs et tente de séduire Walter. Tu te souviens de ce qu'elle lui dit, là, dans la chambre?
– Pas vraiment.
– Elle lui fait comprendre qu'elle vient de s'épiler le pubis, juste pour lui, et qu'elle a relu Sade pour se préparer à cette rencontre. Elle ne le dit pas comme ça, mais c'est tout comme.
– Et alors?
– Quand je l'ai vue, cette scène, quand j'ai vu la fille qui joue Camille faire des effets de poitrine devant l'autre beatnik dégénéré, quand j'ai entendu toutes ces belles métaphores autour du sexe, je me suis demandé si nous avions le droit de nous servir d'elle comme d'un support à nos fantasmes. De jouer avec la libido des autres, même des personnages de fiction.
Il m'a regardé avec la circonspection du bon sauvage qui voit débarquer le missionnaire.
– Ça fait combien de temps que tu n'as pas sali des draps avec une fille, coco?
– …?
Pour garder une contenance, j'ai joué le type qui ne se prend jamais les pieds dans ce genre de poncif. Je me suis lancé dans une diatribe à la Guitry – la grandiloquence agacée, le paradoxe exubérant – pour dire que la pulsion libidinale n'était pas la seule ponse, quoi qu'en dise Freud. Le monde ne se partage pas en priapiques et en eunuques. Le mythe de l'homme gouverné par sa turgescence est une chimère de bigoterie, etc., et je suis rentré chez moi, persuadé de m'en être tiré la tête haute.
Je n’ai revu la question que le lendemain, quand Louis m'a demandé de relire une séquence.
23. CHAMBRE CAMILLE. INT. JOUR
Jonas entre après que Camille le lui a permis. Elle est en train de brancher le téléphone qu'il lui a confié dans la séquence 16.
camille : Le mot de passe, c'est bien «Quitte ou double»?
jonas : Non, il a été changé hier, c'est «Rien ne va plus».
camille : Vous auriez pu prévenir. Vous n'avez pas assez joué avec moi?
jonas : À quelle heure avez-vous rendez-vous avec Menendez?
camille : À 20 heures, à son hôtel.
jonas : Et vous vous habillez comment?
camille : C'est le flic qui me pose la question, ou le soupirant?
– Tout y est, à ton avis?
– …
– Tu as l'air tout chose, Marco…
J'aurais été incapable de lui dire ce que j'avais lu en réalité.
23. CHAMBRE CAMILLE. INT. JOUR
Jonas entre après que Camille le lui a permis. Elle est en train de branler le téléphone qu'il lui a confié dans la séquence 16.
camille : Le mot de passe, c'est bien «Nique ou double»?
jonas : Non, il a été changé hier, c'est «Rien ne va plus».
camille : Vous auriez pu prévenir. Vous n'avez pas assez joui avec moi?
jonas : À quelle heure avez-vous rendez-vous avec Menendez?
camille : À 20 heures, à son hôtel.
jonas : Et vous vous déshabillez comment?
camille : C'est le flic qui me pose la question, ou le soupirant?
Il était temps que je rentre. Avant de partir j'ai appuyé sur la touche «quitter» de mon ordinateur, comme je le fais chaque soir. Jmai vu s’afficher: «Bonsoir, vous pouvez maintenant étreindre votre écran.»
Je ne sais plus trop qui a fait quoi dans le n° 31. Personne ne l'a vraiment relu, il est parti tel quel, avec nos doutes et nos folies. Nous avons abandonné toute idée de cohérence, la vraisemblance des situations n'est plus qu'un vague souvenir, le n'importe-quoi règne en maître. Les éclats de rire du Vieux sont notre unique critère de sélection. Séguret nous fiche une paix royale, il ne s'aperçoit de rien et nous laisse totalement libres. Il ne cherche pas à savoir qui veut faire quoi dans cette putain de Saga, qui couche avec qui, qui veut égorger qui et pourquoi. Il s'en fout, tant qu'il peut en mettre en boîte le plus possible en un minimum de temps.
Malgré l'usure, il nous faut désormais un peu moins de quatre jours complets pour nous descendre un épisode de 52 minutes. Mais ce sont les journées les plus longues de mon existence. Au début, je me déplaçais dans le feuilleton avec une certaine aisance, aujourd'hui j'ai l'impression d'être un fantassin qui crapahute nuit et jour dans la fange pour gagner ses galons. Hier, j'ai confondu Camille et Mildred pendant une scène délicate: le moment crucial où Camille se persuade qu'elle préfère Walter à Jonas. Le même dialogue dans la bouche de Mildred devient une sorte d'oraison œdipienne dont les psychanalystes devraient désormais s'inspirer. J’aurais pu tout remettre dans l'ordre en changeant les prénoms mais j'ai tout laissé en l'état, sans rien dire aux autres. Je ne suis pas le seul à faire des dérapages absurdes; dans le n°29, Jérôme a fait resurgir Etienne, un drôle de bonhomme que Louis avait liquidé dans le n°14. En dernière minute, ils ont essayé de bricoler une incompréhensible histoire qui tient à la fois de la métempsycose et de la maladie mentale. Je ne sais pas quel acteur sera capable de jouer ça, a moins que Lina ne le recrute dans un ashram qui aurait côtoyé trop longtemps une centrale nucléaire. Jérôme nous a casé une intrigue internationale avec tueur, trust, et prise d'otage, tout ça sans sortir d'un vestibule. Pendant que Mathilde se propose de combler le déficit de la Sécurité sociale en instaurant un impôt sur l'amour (la scène existe, je l'ai lue). Pour l'instant, la police ne nous a pas encore repérés.
– …Allô?
– Je te réveille, mon p'tit?
– …?
– Tu vois bien que je te réveille.
– … Il est quelle heure?
– Huit heures passées.
– … C'est toi, m'man?
– Qui veux-tu que ce soit?
– Personne. Il n'y a qu'une mère pour appeler à cette heure-là. Tu es au bureau?
– Non, justement. Ta mère a besoin de toi et tu ne vas pas la laisser dans la panade. Je suis dans le hall du RER et je vais être en retard au boulot. Ça m'est déjà arrivé la semaine dernière et Combescot n'aime pas ça.
– Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse?
– Je vais leur mettre une bonne heure dans la vue.
– Et alors…?
– …
– Écoute, m'man, je sais bien qu'entre mère et fils, on se comprend avec des petits riens, des regards et des silences, mais là franchement, je ne vois pas ce que je peux faire.