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Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:

Trois scénaristes et une romancière se retrouvent un matin dans le bureau du directeur d'une grande chaîne de télévision. Celui-ci va leur confier la rédaction d'une nouvelle série qu'ils devront entièrement créer. Ça commence un peu comme un conte de fée pour ces quatre écrivains plus ou moins ratés. Seulement ils apprennent très vite que la série n'existera que pour remplir les quotas minimums de fictions françaises sur la chaîne. Et donc qu'elle sera diffusée en plein milieu de la nuit. Pour nos quatre protagonistes la question de travailler à blanc ne se pose pas longtemps : ils ont besoin d'argent. En plus l'horaire de diffusion leur permet d'avoir toutes les libertés scénaristiques (à partir du moment où ça coûte le moins cher possible). Ce livre se déroule entre critique acerbe du milieu de la télévision et portrait attendrissant de quatre personnages complexes et troublants. Il pose également la question de la création artistique, de l'engagement que cela demande, de sa force et de sa faiblesse. Enfermés tous les quatre dans une pièce avec ordinateurs, télévisions, à se gaver de pizzas et de vodka poivrée, ils vont finir par créer une saga qui va finalement bouleverser leur vie. Ce livre passe par plusieurs étapes littéraires : on est tout d'abord dans le roman contemporain assez classique, avec des personnages un peu paumés mais sympathiques, puis petit à petit s'installe une analyse des coulisses de la télévision, on passe ensuite par une société décrite dans une certaine folie. Et on atteint la surenchère , dans une sorte d'histoire proche de la science fiction où la folie semble habiter tous les protagonistes. Vraiment un excellent livre, haletant, qui mène son lecteur de rebondissements en découvertes humaines époustouflantes !
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– Trouve-moi une excuse.

– Pardon?

– Trouve-moi un truc à dire à Combescot. Je lui ai déjà fait le coup du réveil qui débloque et du suicidé sur la voie.

– …?

– C'est ton métier, non?

– Le mensonge?

– Non, inventer des histoires. Trouve-moi une histoire, vite…

– …?

– Tu veux qu'on me remplace par un jeune tendron en minijupe qui parle l’anglais et qui arrive la première le matin après son jogging?

– Ça fait vingt piges que tu es dans cette boîte, on ne te fera pas un coup pareil, m'man.

– Ah oui? Il y a six mois, j'ai frôlé une charrette de peu. Ils font feu de tout bois, tu sais. Sois pas vache, le chômage à 54 ans, tu sais ce que ça veut dire? Trouve-moi vite quelque chose de crédible.

– Impossible. Hors de question. Trois fois de suite, Combescot va penser que tu le prends pour un con.

– Si je dis quelque chose de banal, oui. Tu sais bien que je n'ai aucune imagination. Il faut lui trouver un truc qu'on ne peut pas ne pas croire.

– Tu te rends compte de ce que tu me demandes?

– Allez…

– Il y a deux manières de faire passer une histoire peu crédible: le détail réaliste ou la surenchère.

– …?

– Si, par exemple, tu me racontes qu'un jour tu as dîné avec Jean Gabin, je ne te croirai pas. Mais si tu me racontes que tu as dîné avec Jean Gabin, qu'il a commandé une truite aux amandes, qu'il a mis toutes les amandes de côté parce qu'il n'aimait pas ça, et que tu les as picorées une à une sur le rebord de son assiette, ça ne peut être que vrai. Ça c'est le détail réaliste. Mais dans une urgence comme la tienne, j'essaierais plutôt la surenchère.

– Vas-y.

– Le meilleur moyen de crédibiliser un événement hors du commun, c'est de le coupler avec un second encore plus étonnant. Si tu arrives au bureau en disant que ton RER a failli dérailler et coûter la vie à tout le wagon, ce n'est pas sûr qu'on te croie. Mais si tu racontes que ton RER a failli dérailler et coûter la vie à tout le wagon, que le trafic a été interrompu, que tu as trouvé un taxi, mais qu’au moment ou tu pensais être tirée d'affaire, le taxi a embouti la bagnole d'un fou qui a cassé la gueule de ton chauffeur en pleine rue, jusqu'à ce qu'un flic arrive. Là on te prend pour une miraculée. Tu as pigé le principe?

– … Je crois. Ça me donne des idées. La seule chose dont j’ai peur, c'est de ne pas avoir assez de talent de comédienne.

– Pour ça, je me fais moins de souci.

– Je t'embrasse, mon cœur.

– … M'man?

– Oui?

– C'est pas beau de mentir.

– C'est moi qui t'ai appris ça?

Elle raccroche. Ma main veut s'enfouir dans les cheveux de Charlotte et ne trouve que l'oreiller.

Si encore elle y avait laissé son odeur.

Je suis du genre olfactif.

Ça ne sent que l'absence et la lessive. Dans la pénombre, j'ouvre le tiroir de la commode où elle met son linge. Je veux y enfouir mon visage entier mais le tiroir est vide.

Elle dort peut-être ici quand je n'y suis pas.

Elle aurait pu attendre encore quelques mois. Je serais revenu près d'elle pour ne plus jamais la quitter.

Je n'ai aucune idée de l'endroit où elle se trouve et son absence ressemble étrangement à un défi. Je ne sais pas encore lequel. Je ne dois pas compter sur ses proches pour en savoir plus. Au téléphone, sa copine Juliette a joué celle qui tombe des nues. Je préfère encore la réaction du père de Charlotte qui se «félicite de cette rupture». Le mot rupture m'a accroché l'oreille. Rupture… Si encore elle m'avait quitté comme tout le monde, avec des éclats de voix et des valises qu'on remplit à la diable pendant qu'on vide son sac.

Charlotte ne fait rien comme tout le monde.

*

Contrairement à ma chère mère, j'arrive en avance au boulot. Les allées et venues des castings de Prima ne m'inquiètent plus depuis belle lurette, mais pour une fois je suis assez épaté en croisant l’acteur Philippe Noiret en personne qui attend d'être reçu. Trois autres Philippe Noiret arrivent du fond du couloir, une demi-douzaine de Philippe Noiret sortent du bureau de Lina, quelques-uns descendent l'escalier et un petit dernier sort de mon propre bureau en s'excusant. Cette avalanche de Philippe Noiret a quelque chose de troublant. En coup de vent, Lina m'explique qu'elle doit recruter dix sosies de l'acteur pour un gag qui durera en tout et pour tout vingt secondes dans son prochain film.

Mathilde est déjà là et m'accueille avec une tasse de thé. Elle est plus jolie de jour en jour. Je regarde ses jambes avec insistance dès qu'elle tourne la tête. Le Vieux fait son entrée, impériaclass="underline"

– Quelqu'un a-t-il vu l'épisode de cette nuit? Non? Eh bien, mes enfants, vous avez raté un grand moment. Une scène de dispute entre Jonas et Bruno. On se serait cru revenu au doux temps du cinéma expérimental. Tout ça n'avait ni queue ni tête mais, comment dire… il se passait quelque chose.

– La scène où Jonas pousse le gosse à faire un geste interdit?

– Un petit bonheur! Leur face à face est filmé en contre-plongée, on voit des mains faire jaillir des objets d'on ne sait où. Les surréalistes auraient adoré ça.

Sur le papier, c'était une scène plutôt casse-gueule. Bruno vient encore de faire une connerie, Jonas le coince dans une pièce. Le môme sent venir le cours de morale doublé d'une menace terrible en cas de récidive. Contre toute attente, Jonas empoigne le gosse et lui explique que transgresser l'interdit, ce n'est ni voler une voiture ni casser la gueule de son pire ennemi. L'interdit, c'est bien autre chose, morveux. L'interdit n'est pas forcément la faute, ni le courage de la faire. L'interdit c'est… c'est faire un geste libre, tout simplement. Un geste qui n'est dicté par aucun code, aucune revendication, aucune revanche. Un geste libre, c'est…

Jeter un violon par la fenêtre dans la quiétude du soir. Psalmodier dans une langue inconnue devant un miroir. Casser paisiblement des verres à pied tout en fumant un énorme cigare. Porter un chapeau grotesque et agir comme s'il était invisible.

En somme, risquer avec délice de passer pour un dingue aux yeux des autres. Enterrer du même coup le rationnel, le bon goût et la norme. Tout le monde sur cette terre a envie de faire un geste totalement absurde qui n'obéit à aucune logique. Il suffit de trouver celui qui est propre à chacun. C'est le cri que pousse Jonas.

– Il n'y avait pas une histoire de beurre, dans cette scène? demande Mathilde.

– Si! Ils l'ont filmée! À la lettre! Une livre de beurre qui surgit entre les mains de Jonas, bien compacte. Il l'écrase entre ses doigts tout en souriant comme un ravi, il la malaxe pendant une longue minute, en temps réel. C'est sensuel jusqu'à l'insoutenable. Le môme est horrifié.

Jonas lui propose d'en faire autant, mais c'est plus fort que lui, le gosse ne peut pas et ne pourra sans doute jamais. La folie et l'absurde sont les tabous suprêmes de l'enfant, jamais il n'osera transgresser la norme à ce point. Seul l'adulte en a le courage. Quand il a créé cette faille chez Bruno, Jonas le renvoie à ses turbulences juvéniles.

Une chose est sûre: le réalisateur de Saga fait désormais partie de la bande. Séguret a dû le recruter, comme nous, au fond d'une poubelle. Ce gars-là nous suit avec une rare fidélité, il est le relais direct entre notre poignée de spectateurs et nous. Louis préfère ne pas le contacter si lui-même n'a jamais cherché à le faire. Peur que ça brise quelque chose, peut-être.

Au-dessus de la machine à café, le Vieux a épingle deux autres lettres. L'une nous vient d'un nightclubber un peu déjanté dont nous avons eu du mal à déchiffrer l'écriture. Sans parler du style.

Salut aux aventuriers du cyber-soap!

Hier encore, avec mon pote Rizzo (THE Rizzo soi-même), on ne rentrait pas de bamboche avant notre petite tasse d'Earl Grey chez Mireille sur les coups de huit du mat. Terminé! On est obligés de rentrer à 4 heures tapantes pour nos 52 minutes de flash intégral, j'ai nommé THE Saga, le surf twilight zone sur le roulis des neurones. Entre nous, les gars, si vous prenez des trucs pour écrire ça, faut nous dire immédiatement quoi. De mémoire de junkie-TV-Trash, on n'a jamais vu un truc pareil. Notre pote qui tient LE TUBE (une boîte où on vous réserve une table VIP dès que vous nous faites signe), vient d'installer une vidéo pour célébrer la grand-messe nocturne de ceux qui sont passés de l'autre côté. La secte s'agrandit de nuit en nuit. Débandez pas.

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Главный герой
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