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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Mais, mademoiselle, interrompis-je, effrayée… et la religion? il vous restait au moins cette voie… Ne pouviez-vous pas consulter un directeur et lui tout avouer?

– Ah! ne sais-tu donc pas qu'à mesure qu'il nous pervertit, il étouffe dans nous toutes les semences de la religion, et qu'il nous en interdit tous les actes?… et d'ailleurs le pouvais-je? A peine m'a-t-il instruite. Le peu qu'il m'a dit sur ces matières n'a été que dans la crainte que mon ignorance ne trahît son impiété. Mais je n'ai jamais été à confesse, je n'ai jamais fait ma première communion; il sait si bien ridiculiser toutes ces choses, en absorber dans nous jusqu'aux moindres idées, qu'il éloigne à jamais de leurs devoirs celles qu'il a subornées; ou si elles sont contraintes à les remplir à cause de leur famille, c'est avec une tiédeur, une indifférence si entières, qu'il ne redoute rien de leur indiscrétion. Mais convaincs-toi, Thérèse, convaincs-toi par tes propres yeux, continue-t-elle en me poussant fort vite dans le cabinet d'où nous sortions; viens, cette chambre où il corrige ses écoliers est la même que celle où il jouit de nous; voici la classe finie, c'est l'heure où, échauffé des préliminaires, il va venir se dédommager de la contrainte que lui impose quelquefois sa prudence; remets-toi où tu étais, chère fille, et tes yeux vont tout découvrir.

Quelque peu curieuse que je fusse de ces nouvelles horreurs, il valait pourtant mieux pour moi me rejeter dans ce cabinet que de me faire surprendre avec Rosalie pendant les classes; Rodin en eût infailliblement conçu des soupçons. Je me place donc; à peine y suis-je, que Rodin entre chez sa fille; il la conduit dans celui dont il vient d'être question, les deux femmes du logis s'y rendent; et là, l'impudique Rodin, n'ayant plus de mesures à garder, se livre à l'aise et sans aucun voile à toutes les irrégularités de sa débauche. Les deux paysannes, totalement nues, sont fustigées à tour de bras; pendant qu'il agit sur une, l'autre le lui rend, et dans l'intervalle, il accable des plus sales caresses, des plus effrénées, des plus dégoûtantes, le même autel dans Rosalie, qui, élevée sur un fauteuil, le lui présente un peu penchée. Vient enfin le tour de cette malheureuse: Rodin l'attache au poteau comme ses écolières, et pendant que l'une après l'autre, et quelquefois toutes deux ensemble, ses femmes le déchirent lui-même, il fouette sa fille, il la frappe depuis le milieu des reins jusqu'au bas des cuisses, en s'extasiant de plaisir. Son agitation est extrême, il hurle, il blasphème, il flagelle; ses verges ne s'impriment nulle part que ses lèvres ne s'y collent aussitôt. Et l'intérieur de l'autel, et la bouche de la victime… tout, excepté le devant, tout est dévoré de suçons; bientôt, sans varier l'attitude, se contentant de se la rendre plus propice, Rodin pénètre dans l'asile étroit des plaisirs; le même trône est, pendant ce temps, offert à ses baisers par sa gouvernante, l'autre fille le fouette autant qu'elle a de forces; Rodin est aux nues, il pourfend, il déchire, mille baisers plus chauds les uns que les autres expriment son ardeur sur ce qu'on présente à sa lavure; la bombe éclate, et le libertin enivré ose goûter les plus doux plaisirs au sein de l'inceste et de l'infamie.

Rodin alla se mettre à table: après de tels exploits, il avait besoin de réparer. Le soir il y avait encore et classe et correction; je pouvais observer de nouvelles scènes si je l'eusse désiré, mais j'en avais assez pour me convaincre et pour déterminer ma réponse aux offres de ce scélérat. L'époque où je devais la rendre approchait. Deux jours après ces événements-ci, lui-même vint me la demander dans ma chambre. Il me surprit au lit. Le prétexte de voir s'il ne restait plus aucune trace de mes blessures lui donna, sans que je pusse m'y opposer, le droit de m'examiner nue, et comme il en faisait autant deux fois le jour depuis un mois, sans que je n'eusse encore aperçu dans lui rien qui pût blesser ma pudeur, je ne crus pas devoir résister. Mais Rodin avait d'autres projets, cette fois-ci: quand il en est à l'objet de son culte, il passe une de ses cuisses autour de mes reins, et l'appuie tellement, que je me trouve, pour ainsi dire, hors de défense.

– Thérèse, me dit-il alors en faisant promener ses mains de manière à ne plus me laisser aucun doute, vous voilà rétablie, ma chère, vous pouvez maintenant me témoigner la reconnaissance dont j'ai vu votre cœur rempli; la manière est aisée, il ne me faut que ceci, continua le traître en fixant ma position de toutes les forces qu'il pouvait employer… Oui, ceci seulement, voilà ma récompense, je n'exige jamais que cela des femmes… Mais, continue-t-il, c'est que c'est un des plus beaux que j'aie vus de ma vie… Que de rondeur!… quelle élasticité!… que de finesse dans la peau!… Oh! je veux absolument en jouir…

En disant cela, Rodin, vraisemblablement déjà prêt à l'exécution de ses projets, pour achever de les accomplir est obligé de me lâcher un moment; je profite du jour qu'il me donne, et me dégageant de ses bras:

– Monsieur, lui dis-je, je vous prie de bien vous convaincre qu'il n'est rien dans le monde entier qui puisse m'engager aux horreurs que vous semblez vouloir. Ma reconnaissance vous est due, j'en conviens, mais je ne l'acquitterai pas au prix d'un crime. Je suis pauvre et très malheureuse, sans doute; n'importe, voilà le peu d'argent que je possède, continué-je en lui offrant ma chétive bourse, prenez ce que vous jugerez à propos, et laissez-moi quitter cette maison, je vous prie, dès que j'en suis en état.

Rodin, confondu d'une résistance à laquelle il s'attendait peu avec une fille dénuée de ressources, et que d'après une injustice ordinaire aux hommes, il supposait malhonnête par cela seul qu'elle était dans la misère, Rodin, dis-je, me regarde avec attention:

– Thérèse, reprit-il au bout d'un instant, c'est assez mal à propos que tu fais la vestale avec moi; j'avais, ce me semble, quelque droit à des complaisances de ta part; n'importe, garde ton argent mais ne me quitte point. Je suis bien aise d'avoir une fille sage dans ma maison, celles qui m'entourent le sont si peu!… Puisque tu te montres si vertueuse dans ce cas-ci, tu le seras, j'espère, également dans tous. Mes intérêts s'y trouveront, ma fille t'aime, elle vient de me supplier, tout à l'heure encore, de t'engager à ne point nous quitter; reste donc près de nous, je t'y invite.

– Monsieur, répondis-je, je n'y serais pas heureuse; les deux femmes qui vous servent aspirent à tous les sentiments qu'il est en vous de leur accorder; elles ne me verront pas sans jalousie, et je serai tôt ou tard contrainte à vous quitter.

– Ne l'appréhende pas, me répondit Rodin, ne crains aucun des effets de la jalousie de ces femmes; je saurai les tenir à leur place en maintenant la tienne, et toi seule posséderas ma confiance sans qu'aucun risque en résulte pour toi. Mais pour continuer d'en être digne, il est bon que tu saches que la première qualité que j'exige de toi, Thérèse, est une discrétion à toute épreuve. Il se passe beaucoup de choses ici, beaucoup qui contrarieront tes principes de vertu; il faut tout voir, mon enfant, tout entendre, et ne jamais rien dire… Ah! reste avec moi, Thérèse, restes-y, mon enfant, je t'y garde avec joie; au milieu de beaucoup de vices où m'emportent un tempérament de feu, un esprit sans frein et un cœur très gâté, j'aurai du moins la consolation d'avoir un être vertueux près de moi, et dans le sein duquel je me rejetterai comme aux pieds d'un dieu, quand je serai rassasié de mes débauches…

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