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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Oh! monsieur, répondis-je, quelles qu'aient été vos rigueurs envers moi, ne redoutez rien de mes démarches; j'ai cru devoir en faire contre vous quand il s'agissait de la vie de votre tante, je n'en entreprendrai jamais quand il ne sera question que de la malheureuse Thérèse. Adieu, monsieur, puissent vos crimes vous rendre aussi heureux que vos cruautés me causent de tourments! et quel que soit le sort où le ciel me place, tant qu'il conservera mes déplorables jours, je ne les emploierai qu'à prier pour vous.

Le comte leva la tête; il ne peut s'empêcher de me considérer à ces mots, et comme il me vit chancelante et couverte de larmes, dans la crainte de s'émouvoir sans doute, le cruel s'éloigna, et je ne le vis plus.

Entièrement livrée à ma douleur, je me laissai tomber au pied de l'arbre, et là, lui donnant le plus libre cours, je fis retentir la forêt de mes gémissements; je pressai la terre de mon malheureux corps, et j'arrosai l'herbe de mes larmes.

Ô mon Dieu, m'écriai-je, vous l'avez voulu; il était dans vos décrets éternels que l'innocent devînt la proie du coupable; disposez de moi, Seigneur, je suis encore bien loin des maux que vous avez souffert pour nous; puissent ceux que j'endure en vous adorant me rendre digne un jour des récompenses que vous promettez au faible, quand il vous a pour objet dans ses tribulations et qu'il vous glorifie dans ses peines!

La nuit tombait: il me devenait impossible d'aller plus loin; à peine pouvais-je me soutenir; je jetai les yeux sur le buisson où j'avais couché quatre ans auparavant, dans une situation presque aussi malheureuse; je m'y traînai comme je pus, et m'y étant mise à la même place, tourmentée de mes blessures encore saignantes, accablée des maux de mon esprit et des chagrins de mon cœur, je passai la plus cruelle nuit qu'il soit possible d'imaginer.

La vigueur de mon âge et de mon tempérament m'ayant donné un peu de force au point du jour, trop effrayée du voisinage de ce cruel château, je m'en éloignai promptement; je quittai la forêt, et résolue de gagner à tout hasard la première habitation qui s'offrirait à moi, j'entrai dans le bourg de Saint-Marcel, éloigné de Paris d'environ cinq lieues. Je demandai la maison du chirurgien, on me l'indiqua; je le priai de panser mes blessures, je lui dis que fuyant, pour quelque cause d'amour, la maison de ma mère, à Paris, j'avais été rencontrée la nuit par des bandits dans la forêt qui, pour se venger des résistances que j'avais opposées à leurs désirs, m'avaient fait ainsi traiter par leurs chiens.

Rodin, c'était le nom de cet artiste, m'examina avec la plus grande attention, il ne trouva rien de dangereux dans mes plaies; il aurait, disait-il, répondu de me rendre en moins de quinze jours aussi fraîche qu'avant mon aventure, si j'étais arrivée chez lui au même instant; mais la nuit et l'inquiétude avaient envenimé des blessures, et je ne pouvais être rétablie que dans un mois. Rodin me logea chez lui, prit tous les soins possibles pour moi, et le trentième jour, il n'existait plus sur mon corps aucun vestige des cruautés de M. de Bressac.

Dès que l'état où j'étais me permit de prendre l'air, mon premier empressement fut de tâcher de trouver dans le bourg une jeune fille assez adroite et assez intelligente pour aller au château de la marquise s'informer de tout ce qui s'y était passé de nouveau depuis mon départ; la curiosité n'était pas le vrai motif qui me déterminait à cette démarche; cette curiosité, vraisemblablement dangereuse, eût à coup sûr été fort déplacée; mais ce que j'avais gagné chez la marquise était resté dans ma chambre; à peine avais-je six louis sur moi, et j'en possédais plus de quarante au château. Je n'imaginais pas que le comte fût assez cruel pour me refuser ce qui m'appartenait aussi légitimement. Persuadée que sa première fureur passée, il ne voudrait pas me faire une telle injustice, j'écrivis une lettre aussi touchante que je le pus. Je lui cachai soigneusement le lieu que j'habitais, et le suppliai de me renvoyer mes hardes avec le peu d'argent qui se trouvait à moi dans ma chambre. Une paysanne de vingt-cinq ans, vive et spirituelle, se chargea de ma lettre, et me promit de faire assez d'informations sous main pour me satisfaire à son retour sur les différents objets dont je lui laissai voir que l'éclaircissement m'était nécessaire. Je lui recommandai, sur toutes choses, de cacher le nom de l'endroit où j'étais, de ne parler de moi en quoi que ce pût être, et de dire qu'elle tenait la lettre d'un homme qui l'apportait de plus de quinze lieues de là. Jeannette partit, et, vingt-quatre heures après, elle me rapporta la réponse; elle existe encore, la voilà, madame, mais daignez, avant que de la lire, apprendre ce qui s'était passé chez le comte depuis que j'en étais dehors.

La marquise de Bressac, tombée dangereusement malade le jour même de ma sortie du château, était morte le surlendemain dans des douleurs et dans des convulsions épouvantables; les parents étaient accourus, et le neveu, qui paraissait dans la plus grande désolation, prétendait que sa tante avait été empoisonnée par une femme de chambre qui s'était évadée le même jour. On faisait des recherches, et l'intention était de faire périr cette malheureuse si on la découvrait. Au reste, le comte se trouvait, par cette succession, beaucoup plus riche qu'il ne l'avait cru; le coffre-fort, le portefeuille, les bijoux de la marquise, tous objets dont on n'avait point de connaissance, mettaient son neveu, indépendamment des revenus, en possession de plus de six cent mille francs d'effets ou d'argent comptant. Au travers de sa douleur affectée, ce jeune homme avait, disait-on, bien de la peine à cacher sa joie, et les parents, convoqués pour l'ouverture du corps exigée par le comte, après avoir déploré le sort de la malheureuse marquise, et juré de la venger si la coupable tombait entre leurs mains, avaient laissé le jeune homme en pleine et paisible possession de sa scélératesse. M. de Bressac avait lui-même parlé à Jeannette, il lui avait fait différentes questions auxquelles la jeune fille avait répondu avec tant de franchise et de fermeté, qu'il s'était résolu à lui donner sa réponse sans la presser davantage. La voilà cette fatale lettre, dit Thérèse en la remettant à Mme de Lorsange, oui, la voilà, madame, elle est quelquefois nécessaire à mon cœur, et je la conserverai jusqu'à la mort; lisez-la, si vous le pouvez, sans frémir.

Mme de Lorsange ayant pris le billet des mains de notre belle aventurière y lut les mots suivants:

Une scélérate capable d'avoir empoisonné ma tante est bien hardie d'oser m'écrire après cet exécrable délit; ce qu'elle fait de mieux est de bien cacher sa retraite; elle peut être sûre qu'on l'y troublera si on l'y découvre. Qu'ose-t-elle réclamer? Que parle-t-elle d'argent? Ce qu'elle a pu laisser équivaut-il aux vols qu'elle a faits, ou pendant son séjour dans la maison, ou en consommant son dernier crime? Qu'elle évite un second envoi pareil à celui-ci, car on lui déclare qu'on ferait arrêter son commissionnaire, jusqu'à ce que le lieu qui recèle la coupable soit connu de la Justice.

– Continuez ma chère enfant, dit Mme de Lorsange en rendant le billet à Thérèse, voilà des procédés qui font horreur; nager dans l'or, et refuser à une malheureuse qui n'a pas voulu commettre un crime ce qu'elle a légitimement gagné, est une infamie gratuite qui n'a point d'exemple.

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