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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Ah! dit Rombeau, plein d'enthousiasme pour d'aussi effrayantes maximes, je t'approuve, mon cher; ta sagesse m'enchante, mais ton indifférence m'étonne, je te croyais amoureux.

– Moi! épris d'une fille?… Ah! Rombeau, je me supposais mieux connu de toi; je me sers de ces créatures-là quand je n'ai rien de mieux: l'extrême penchant que j'ai pour les plaisirs du genre dont tu me les vois goûter me rend précieux tous les temples où cette espèce d'encens peut s'offrir, et pour les multiplier, j'assimile quelquefois une jeune fille à un beau garçon; mais pour peu qu'un de ces individus femelles ait malheureusement nourri trop longtemps mon illusion, le dégoût s'annonce avec énergie; et je n'ai jamais connu qu'un moyen d'y satisfaire délicieusement… Tu m'entends, Rombeau; Chilpéric, le plus voluptueux des rois de France, pensait de même. Il disait hautement qu'on pouvait à la rigueur se servir d'une femme, mais à la clause expresse de l'exterminer aussitôt qu'on en avait joui [3]. Il y a cinq ans que cette petite catin sert à mes plaisirs: il est temps qu'elle paye la cessation de mon ivresse par celle de son existence.

Le repas finissait; aux démarches de ces deux furieux, à leurs propos, à leurs actions, à leurs préparatifs, à leur état enfin qui tenait du délire, je vis bien qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et que l'époque de la destruction de cette malheureuse Rosalie était fixée à ce même soir. Je vole à la cave, résolue de mourir ou de la délivrer.

– Ô chère amie, lui criai-je, pas un moment à perdre… les monstres!… c'est pour ce soir… ils vont arriver…

Et en disant cela, je fais les plus violents efforts pour enfoncer la porte. Une de mes secousses fait tomber quelque chose, j'y porte la main, c'est la clef; je la ramasse, je me hâte d'ouvrir… j'embrasse Rosalie, je la presse de fuir, je lui réponds de suivre mes pas, elle s'élance… Juste ciel! il était encore dit que la vertu devait succomber, et que les sentiments de la plus tendre commisération allaient être durement punis… Rodin et Rombeau, éclairés par la gouvernante, paraissent tout à coup; le premier saisit sa fille au moment où elle franchit le seuil de la porte, au-delà de laquelle elle n'avait plus que quelque pas à faire pour se trouver libre.

– Où vas-tu, malheureuse? s'écrie Rodin en l'arrêtant, pendant que Rombeau s'empare de moi… Ah! continue-t-il en me regardant, c'est cette coquine qui favorisait ta fuite! Thérèse, voilà donc l'effet de vos grands principes de vertu… enlever une fille à son père!

– Assurément, répondis-je avec fermeté, et je le dois quand ce père est assez barbare pour comploter contre les jours de sa fille.

– Ah! ah! de l'espionnage et de la séduction, poursuivit Rodin; tous les vices les plus dangereux dans une domestique! montons, montons, il faut juger cette affaire-là.

Rosalie et moi, traînées par ces deux scélérats, nous regagnons les appartements; les portes se ferment. La malheureuse fille de Rodin est attachée aux colonnes d'un lit, et toute la rage de ces furieux se tourne contre moi; je suis accablée des plus dures invectives, et les plus effrayants arrêts se prononcent; il ne s'agit de rien moins que de me disséquer toute vive, pour examiner les battements de mon cœur, et faire sur cette partie des observations impraticables sur un cadavre. Pendant ce temps on me déshabille, et je deviens la proie des attouchements les plus impudiques.

– Avant tout, dit Rombeau, je suis d'avis d'attaquer fortement la forteresse que tes bons procédés respectèrent… C'est qu'elle est superbe! admire donc le velouté, la blancheur de ses deux demi-lunes qui en défendent l'entrée, jamais vierge ne fut plus fraîche.

– Vierge! mais elle l'est presque, dit Rodin. Une seule fois, malgré elle, on l'a violée, et pas la moindre chose depuis. Cède-moi le poste un instant…

Et le cruel entremêle l'hommage de ces caresses dures et féroces qui dégradent l'idole au lieu de l'honorer. S'il y avait eu là des verges, j'étais cruellement traitée. On en parla, mais il ne s'en trouva point, on se contenta de ce que la main put faire; on me mit en feu… plus je me défendais, mieux j'étais contenue; quand je vis pourtant qu'on allait se décider à des choses plus sérieuses, je me précipitai aux pieds de mes bourreaux, je leur offris ma vie, et leur demandai l'honneur.

– Mais dès que tu n'es pas vierge, dit Rombeau, qu'importe? tu ne seras coupable de rien, nous allons te violer comme tu l'as déjà été, et dès lors pas le plus petit péché sur ta conscience; ce sera la force qui t'aura tout ravi…

Et l'infâme, en me consolant de cette cruelle manière, me plaçait déjà sur un canapé.

– Non, dit Rodin en arrêtant l'effervescence de son confrère dont j'étais toute prête à devenir victime, non, ne perdons pas nos forces avec cette créature, songe que nous ne pouvons remettre plus loin les opérations projetées sur Rosalie, et notre vigueur nous est nécessaire pour y procéder: punissons autrement cette malheureuse. – En disant cela, Rodin met un fer au feu. – Oui, continue-t-il, punissons-la mille fois davantage que si nous prenions sa vie, marquons-la, flétrissons-la: cet avilissement, joint à toutes les mauvaises affaires qu'elle a sur le corps, la fera pendre ou mourir de faim; elle souffrira du moins jusque-là, et notre vengeance plus prolongée en deviendra plus délicieuse.

Il dit: Rombeau me saisit, et l'abominable Rodin m'applique derrière l'épaule le fer ardent dont on marque les voleurs.

– Qu'elle ose paraître à présent, la catin, continue ce monstre, qu'elle l'ose, et en montrant cette lettre ignominieuse, je légitimerai suffisamment les raisons qui me l'ont fait renvoyer avec tant de secret et de promptitude.

On me panse, on me rhabille, on me fortifie de quelques gouttes de liqueur, et profitant de l'obscurité de la nuit, les deux amis me conduisent au bord de la forêt et m'y abandonnent cruellement, après m'avoir fait entrevoir encore le danger d'une récrimination, si j'ose l'entreprendre dans l'état d'avilissement où je me trouve.

Toute autre que moi se fût peu souciée de cette menace; dès qu'il m'était possible de prouver que le traitement que je venais de souffrir n'était l'ouvrage d'aucun tribunal, qu'avais-je à craindre? Mais ma faiblesse, ma timidité naturelle, l'effroi de mes malheurs de Paris et de ceux du château de Bressac, tout m'étourdit, tout m'effraya; je ne pensai qu'à fuir; bien plus affectée de la douleur d'abandonner une innocente victime aux mains de ces deux scélérats prêts à l'immoler sans doute, que touchée de mes propres maux. Plus irritée, plus affligée que physiquement maltraitée, je me mis en marche dès le même instant; mais ne m'orientant point, ne demandant rien, je ne fis que tourner autour de Paris, et le quatrième jour de mon voyage, je ne me trouvai qu'à Lieursaint. Sachant que cette route pouvait me conduire vers les provinces méridionales, je résolus alors de la suivre, et de gagner ainsi, comme je le pourrais, ces pays éloignés, m'imaginant que la paix et le repos si cruellement refusés pour moi dans ma patrie m'attendaient peut-être au bout de la France. Fatale erreur! que de chagrins il me restait à éprouver encore!

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[3] Voyez un petit ouvrage intitulé: Les Jésuites en belle humeur.

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