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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Hélas! madame, continua Thérèse, en reprenant la suite de son histoire, je fus deux jours à pleurer sur cette malheureuse lettre; je gémissais bien plus du procédé horrible qu'elle prouvait que des refus qu'elle contenait. Me voilà donc coupable! m'écriai-je, me voilà donc une seconde fois dénoncée à la Justice pour avoir trop su respecter ses lois! Soit, je ne m'en repens pas; quelque chose qui puisse m'arriver, je ne connaîtrai pas du moins les remords tant que mon âme sera pure, et que je n'aurai fait d'autre mal que d'avoir trop écouté les sentiments équitables et vertueux qui ne m'abandonneront jamais.

Il m'était pourtant impossible de croire que les recherches dont le comte me parlait fussent bien réelles; elles avaient si peu de vraisemblance, il était si dangereux pour lui de me faire paraître en Justice, que j'imaginai qu'il devait, au fond de lui-même, être beaucoup plus effrayé de me voir que je n'avais lieu de frémir de ses menaces. Ces réflexions me décidèrent à rester où j'étais, et à m'y placer même si cela était possible, jusqu'à ce que mes fonds un peu augmentés me permissent de m'éloigner; je communiquai mon projet à Rodin, qui l'approuva, et me proposa même de rester dans sa maison; mais avant de vous parler du parti que je pris, il est nécessaire de vous donner une idée de cet homme et de ses entours.

Rodin était un homme de quarante ans, brun, le sourcil épais, l'œil vif, l'air de la force et de la santé, mais en même temps du libertinage. Très au-dessus de son état, et possédant dix à douze mille livres de rentes, Rodin n'exerçait l'art de la chirurgie que par goût; il avait une très jolie maison dans Saint-Marcel, qu'il n'occupait, ayant perdu sa femme depuis quelques années, qu'avec deux filles pour le servir, et la sienne. Cette jeune personne, nommée Rosalie, venait d'atteindre sa quatorzième année; elle réunissait tous les charmes les plus capables de faire sensation: une taille de nymphe, une figure ronde, fraîche, extraordinairement animée, des traits mignons et piquants, la plus jolie bouche possible, de très grands yeux noirs, pleins d'âme et de sentiment, des cheveux châtains tombant au bas de sa ceinture, la peau d'un éclat… d'une finesse incroyables; déjà la plus belle gorge du monde; d'ailleurs de l'esprit, de la vivacité, et l'une des plus belles âmes qu'eût encore créées la nature. A l'égard des compagnes avec qui je devais servir dans cette maison, c'étaient deux paysannes, dont l'une était gouvernante et l'autre cuisinière. Celle qui exerçait le premier poste pouvait avoir vingt-cinq ans, l'autre en avait dix-huit ou vingt, et toutes les deux extrêmement jolies; ce choix me fit naître quelques soupçons sur l'envie qu'avait Rodin de me garder. Qu'a-t-il besoin d'une troisième femme, me disais-je, et pourquoi les veut-il jolies? Assurément, continuai-je, il y a quelque chose dans tout cela de peu conforme aux mœurs régulières dont je ne veux jamais m'écarter; examinons.

En conséquence, je priai M. Rodin de me laisser prendre des forces encore une semaine chez lui, l'assurant qu'avant la fin de cette époque il aurait ma réponse sur ce qu'il voulait me proposer.

Je profitai de cet intervalle pour me lier plus étroitement avec Rosalie, déterminée à ne me fixer chez son père qu'autant qu'il n'y aurait rien dans sa maison qui pût me faire ombrage. Portant dans ce dessein mes regards sur tout, je m'aperçus dès le lendemain que cet homme avait un arrangement qui dès lors me donna de furieux soupçons sur sa conduite.

M. Rodin tenait chez lui une pension d'enfants des deux sexes; il en avait obtenu le privilège du vivant de sa femme et l'on n'avait pas cru devoir l'en priver quand il l'avait perdue. Les élèves de M. Rodin était peu nombreux, mais choisis; il n'avait en tout que quatorze filles et quatorze garçons. Jamais il ne les prenait au-dessous de douze ans, ils étaient toujours renvoyés à seize; rien n'était joli comme les sujets qu'admettait Rodin. Si on lui en présentait un qui eût quelques défauts corporels, ou point de figure, il avait l'art de le rejeter pour vingt prétextes, toujours colorés de sophismes où personne ne pouvait répondre; ainsi, ou le nombre de ses pensionnaires n'était pas complet, ou ce qu'il avait était toujours charmant; ces enfants ne mangeaient point chez lui, mais ils y venaient deux fois par jour, de sept à onze heures le matin, de quatre à huit le soir. Si jusqu'alors je n'avais pas encore vu tout ce petit train, c'est qu'arrivée chez cet homme pendant les vacances, les écoliers n'y venaient plus; ils y reparurent vers ma guérison.

Rodin tenait lui-même les écoles; sa gouvernante soignait celle des filles, dans laquelle il passait aussitôt qu'il avait fini l'instruction des garçons; il apprenait à ces jeunes élèves à écrire, l'arithmétique, un peu d'histoire, le dessin, la musique, et n'employait pour tout cela d'autres maîtres que lui.

Je témoignai d'abord mon étonnement à Rosalie de ce que son père exerçant la fonction de chirurgien, pût en même temps remplir celle de maître d'école; je lui dis qu'il me paraissait singulier que, pouvant vivre à l'aise sans professer ni l'un ni l'autre de ces états, il se donnât la peine d'y vaquer. Rosalie, avec laquelle j'étais déjà fort bien, se mit à rire de ma réflexion; la manière dont elle prit ce que je lui disais ne me donna que plus de curiosité, et je la suppliai de s'ouvrir entièrement à moi.

– Écoute, me dit cette charmante fille avec toute la candeur de son âge et toute la naïveté de son aimable caractère; écoute, Thérèse, je vais tout te dire, je vois bien que tu es une honnête fille… incapable de trahir le secret que je vais te confier. Assurément, chère amie, mon père peut se passer de tout ceci, et s'il exerce l'un ou l'autre des métiers que tu lui vois faire, deux motifs que je vais te révéler en sont la cause. Il fait la chirurgie par goût, pour le seul plaisir de faire dans son art de nouvelles découvertes; il les a tellement multipliées, il a donné sur sa partie des ouvrages si goûtés, qu'il passe généralement pour le plus habile homme qu'il y ait maintenant en France; il a travaillé vingt ans à Paris, et c'est pour son agrément qu'il s'est retiré dans cette campagne. Le véritable chirurgien de Saint-Marcel est un nommé Rombeau, qu'il a pris sous sa protection, et qu'il associe à ses expériences. Tu veux savoir à présent, Thérèse, ce qui l'engage à tenir pension?… le libertinage, mon enfant, le seul libertinage, passion portée à l'extrême en lui. Mon père trouve dans ses écoliers de l'un et l'autre sexe des objets que la dépendance soumet à ses penchants, et il en profite… Mais tiens… suis-moi, me dit Rosalie, c'est précisément aujourd'hui vendredi, un des trois jours de la semaine où il corrige ceux qui ont fait des fautes; c'est dans ce genre de correction que mon père trouve ses plaisirs; suis-moi, te dis-je, tu vas voir comme il s'y prend. On peut tout observer d'un cabinet de ma chambre, voisin de celui de ses expéditions; rendons-nous sans bruit, et garde-toi surtout de jamais dire un mot, et de ce que je te dis, et de ce que tu vas voir.

Il était trop important pour moi de connaître les mœurs du nouveau personnage qui m'offrait un asile pour que je négligeasse rien de ce qui pouvait me les dévoiler; je suis les pas de Rosalie, elle me place près d'une cloison assez mal jointe pour laisser, entre les planches qui la forment, plusieurs jours suffisant à distinguer tout ce qui se passe dans la chambre voisine.

A peine sommes-nous postées que Rodin entre, conduisant avec lui une jeune fille de quatorze ans, blanche et jolie comme l'Amour; la pauvre créature tout en larmes, trop malheureusement au fait de ce qui l'attend, ne suit qu'en gémissant son dur instituteur, elle se jette à ses pieds, elle implore sa grâce, mais Rodin inflexible allume dans cette sévérité même les premières étincelles de son plaisir, elles jaillissent déjà de son cœur par ses regards farouches…

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