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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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Eh! non, non, Thérèse, non, la nature ne laisse pas dans nos mains la possibilité des crimes qui troubleraient son économie; peut-il tomber sous le sens que le plus faible puisse réellement offenser le plus fort? Que sommes-nous relativement à elle? Peut-elle, en nous créant, avoir placé dans nous ce qui serait capable de lui nuire? Cette imbécile supposition peut-elle s'arranger avec la manière sublime et sûre dont nous la voyons parvenir à ses fins? Ah! si le meurtre n'était pas une des actions de l'homme qui remplit le mieux ses intentions, permettrait-elle qu'il s'opérât? L'imiter peut-il donc lui nuire? Peut-elle s'offenser de voir l'homme faire à son semblable ce qu'elle lui fait elle-même tous les jours? Puisqu'il est démontré qu'elle ne peut se reproduire que par des destructions, n'est-ce pas agir d'après ses vues que de les multiplier sans cesse? L'homme, en ce sens, qui s'y livrera avec le plus d'ardeur sera donc incontestablement celui qui la servira le mieux, puisqu'il sera celui qui coopérera le plus à des desseins qu'elle manifeste à tous les instants. La première et la plus belle qualité de la nature est le mouvement qui l'agite sans cesse, mais ce mouvement n'est qu'une suite perpétuelle de crimes, ce n'est que par des crimes qu'elle le conserve: l'être qui lui ressemble le mieux, et par conséquent l'être le plus parfait, sera donc nécessairement celui dont l'agitation la plus active deviendra la cause de beaucoup de crimes, tandis, je le répète, que l'être inactif ou indolent, c'est-à-dire l'être vertueux, doit être à ses regards le moins parfait sans doute, puisqu'il ne tend qu'à l'apathie, qu'à la tranquillité qui replongerait incessamment tout dans le chaos, si son ascendant l'emportait. Il faut que l'équilibre se conserve; il ne peut l'être que par des crimes; les crimes servent donc la nature; s'ils la servent, si elle les exige, si elle les désire, peuvent-ils l'offenser? et qui peut être offensé, si elle ne l'est pas?

Mais la créature que je détruis est ma tante… Oh! Thérèse, que ces liens sont frivoles aux yeux d'un philosophe, Permets-moi de ne pas même t'en parler, tant ils sont futiles. Ces méprisables chaînes, fruits de nos lois et de nos institutions politiques, peuvent-elles être quelque chose aux yeux de la nature?

Laisse donc là tes préjugés, Thérèse, et sers-moi; ta fortune est faite.

– Oh! monsieur, répondis-je tout effrayée au comte de Bressac, cette indifférence que vous supposez dans la nature n'est encore ici que l'ouvrage des sophismes de votre esprit. Daignez plutôt écouter votre cœur, et vous entendrez comme il condamnera tous ces faux raisonnements du libertinage; ce cœur, au tribunal duquel je vous renvoie, n'est-il donc pas le sanctuaire où cette nature que vous outragez veut qu'on l'écoute et qu'on la respecte? Si elle y grave la plus forte horreur pour le crime que vous méditez, m'accorderez-vous qu'il est condamnable? Les passions, je le sais, vous aveuglent à présent, mais aussitôt qu'elles se tairont, à quel point vous déchireront les remords? Plus est grande votre sensibilité, plus leur aiguillon vous tourmentera… Oh! monsieur, conservez, respectez les jours de cette tendre et précieuse amie; ne la sacrifiez point; vous en péririez de désespoir! Chaque jour, à chaque instant, vous la verriez devant vos yeux, cette tante chérie qu'aurait plongée dans le tombeau votre aveugle fureur; vous entendriez sa voix plaintive prononcer encore ces doux noms qui faisaient la joie de votre enfance; elle apparaîtrait dans vos veilles et vous tourmenterait dans vos songes; elle ouvrirait de ses doigts sanglants les blessures dont vous l'auriez déchirée; pas un moment heureux, dès lors, ne luirait pour vous sur la terre; tous vos plaisirs seraient souillés, toutes vos idées se troubleraient; une main céleste, dont vous méconnaissez le pouvoir, vengerait les jours que vous auriez détruits, en empoisonnant tous les vôtres; et sans avoir joui de vos forfaits, vous péririez du regret mortel d'avoir osé les accomplir.

J'étais en larmes en prononçant ces mots, j'étais à genoux aux pieds du comte; je le conjurais par tout ce qu'il pouvait avoir de plus sacré d'oublier un égarement infâme que je lui jurais de cacher toute ma vie… Mais je ne connaissais pas l'homme à qui j'avais affaire; je ne savais pas à quel point les passions établissaient le crime dans cette âme perverse. Le comte se leva froidement.

– Je vois bien que je m'étais trompé, Thérèse, me dit-il; j'en suis peut-être autant fâché pour vous que pour moi; n'importe, je trouverai d'autres moyens, et vous aurez beaucoup perdu sans que votre maîtresse y ait rien gagné.

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