La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
Edmée n’eut pas le temps de répondre.
Midi venait de sonner, et sœur Rosalie s’avançait vers les deux amies.
– Mon cousin? s’écria Mariette! incapable de se contenir.
– Oui, mon enfant, répondit la sœur surveillante.
– Il est là?
– Il vous attend.
L’enfant devint toute pâle, et porta les deux mains à son cœur.
– Mariette! fit Edmée avec un commencement d’inquiétude.
– Ce n’est rien… le premier moment! mais tu vois! tu ne peux m’abandonner toute seule avec sœur Rosalie. Viens! viens! je t’en supplie.
Et la prenant par la main, d’un geste d’autorité câline, elle entraîna son amie sur les pas de la surveillante qui avait pris les devants.
VI
Maxime et Gaston avaient été reçus par la sœur tourière, et le jeune lieutenant de vaisseau n’eut pas plus tôt fait connaître le but de sa visite, qu’elle les pria de la suivre et gravit avec eux les degrés de l’escalier de pierre qui menait au large palier du premier étage.
Une porte ouvrait sur une sorte de vestibule où était établi le tour du couvent; ils en franchirent le seuil et, toujours précédés par la sœur, ils traversèrent le vestibule et pénétrèrent dans le parloir.
C’était une grande pièce, nue et froide, dont les hautes fenêtres étaient voilées de rideaux de serge et dans laquelle régnait un jour douteux.
Un Christ d’ivoire se détachait sur une croix d’ébène, contre le mur qui faisait face à la porte, et l’on ne distinguait d’autres meubles que quelques chaises et un banc couvert de drap noir.
Après avoir introduit les deux jeunes gens, la sœur salua et se retira, en les invitant à s’asseoir et à attendre.
Ce ne fut pas long.
Peu après, ils entendirent un bruit de pas précipités qui montaient l’escalier, et presque aussitôt, deux jeunes filles parurent dans le vestibule, suivies à peu de distance par une nouvelle sœur qui avait dans ses attributions la surveillance du parloir.
Alors, une chose bizarre se produisit.
Et pendant que Maxime, étonné et ravi, hésitait à reconnaître dans la charmante Mariette qui venait naïvement se jeter dans ses bras, la petite fille qu’il avait laissée au départ, Gaston comprimait un cri de stupéfaction à la vue d’Edmée qui l’accompagnait.
– Eh bien! eh bien! fit Mariette avec un rire clair et vif, suis-je donc si changée que vous hésitez à me reconnaître?
– Chère, chère enfant! balbutia Maxime.
– J’avais tant de hâte de vous voir!
– Et moi aussi, n’en doutez pas.
– À la bonne heure! voyons, j’ai bien grandi, n’est-ce pas? On n’est plus une petite fille. Songez donc, j’ai dix-sept ans depuis deux mois.
– Si vieille que cela?
– Bon, voilà que vous vous moquez.
– Non, non, chère Mariette; mais si vous saviez ce qui se passe en moi; j’étais si loin de m’attendre… On ne pense pas à ces choses-là, et un moment je me suis senti tout intimidé.
– Vous, un marin?
– C’est qu’aussi, vous voilà une grande demoiselle, maintenant, et jolie!
– Vous trouvez?
– Est-ce qu’on ne vous l’a pas dit déjà?
– Ici!… Devenez-vous fou?… Mais on ne voit pas un chat. Ah! si jamais vous êtes las du monde, ce n’est pas au couvent que je vous conseille de vous retirer.
– On s’y ennuie donc bien?
– À mourir.
Maxime se prit à sourire.
– Cependant, répliqua-t-il, vous me paraissez avoir vaillamment supporté le régime de Sainte-Marthe.
Mariette remua la tête avec une pointe de mélancolie.
– Si j’ai résisté, dit-elle, c’est que vos lettres me faisaient prendre patience, et que je n’aurais pas voulu vous donner le moindre sujet de mécontentement.
– Vous pensiez donc à moi?
– Et à qui voulez-vous que je pense?
– C’est vrai.
– Moi, je suis seule au monde; je n’ai plus que vous désormais, et si vous veniez à me manquer…
– Pauvre enfant!
– Et puis, vous avez été si bon, si généreux, si attentif à tout ce qui pouvait m’être agréable. Vous vous informiez de moi avec tant de sollicitude auprès de notre supérieure: je le sais; elle me l’a dit. Ah! je serais bien ingrate si je pouvais oublier que je vous dois tout.
– Ne parlons pas de cela.
– Si, au contraire, laissez-moi en parler! Tenez, savez-vous une chose? je m’ennuie bien ici, n’est-ce pas. Vous ne pouvez même pas vous en faire une idée. Eh bien il y a des moments où je n’aurais pas changé mon sort contre celui de la plus privilégiée des mondaines.
– Et ces moments?
– C’est quand je recevais une de vos lettres.
– Bon petit cœur!
– Je me disais: il est loin, bien loin!… et je ne le reverrai peut-être pas de longtemps. Mais il pense à moi; sa tendresse ne m’oublie pas. L’absence ne l’a pas changé! et alors, je me mettais à vous écrire. J’y passais des nuits entières, j’y employais toutes les heures de récréation, et je vous envoyais des lettres bien longues, bien bavardes, qui ont dû même vous agacer souvent.
– Y songez-vous?
– Je n’y songeais pas! et je mentirais si je disais que je n’espérais pas qu’elles vous feraient plaisir.
– Et vous aviez raison!
– Aussi, jugez de ma joie, quand j’ai reçu votre premier télégramme! Toulon! vous étiez en France… j’allais vous revoir!… Ah! vous ne vous imaginez pas ce que c’est qu’une pareille nouvelle, pour une pauvre orpheline comme moi!… et j’ai compté les jours, les heures, les minutes…
Maxime serra tendrement les mains de l’enfant, et oublia un moment son regard dans le sien. Mariette baissa vivement les yeux.
– Et vous êtes pour quelque temps à Paris? reprit-elle au, bout d’un instant.
– Pour une semaine, au plus! répondit Maxime.
– Si peu… Où allez-vous donc?
– À Brest.
– Mais vous reviendrez?
– Bientôt.
– Et vous ne reprendrez pas la mer tout de suite?
– Je l’ignore! Un marin ne s’appartient pas. Il faut qu’il obéisse. Il y a la discipline!
– Comme au couvent?
– À peu près.
Mariette ne répondit pas; une ombre avait glissé sur son front.
Mais l’enfant était d’une nature essentiellement mobile, et tout à coup elle releva le front et regarda son cousin avec curiosité.
– C’est votre ami? interrogea Mariette en baissant la voix et désignant Gaston du coin de l’œil.
– Mon meilleur ami, répondit Maxime.
– Et vous l’appelez?
– Gaston de Pradelle.
– Il connaît donc Edmée? Maxime eut un geste vague.
– Probablement, dit-il. Il me semble, en effet, que Gaston m’a parlé d’une famille de Beaufort-Wilson, où il a été reçu récemment et où il a rencontré une jeune fille qui a fait sur lui une certaine impression. Il n’y a rien de là que de très simple.