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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Saint-Bris, venant sur un cheval de louage; et qui en voyant son frère changé, a couru à lui, et l’a descendu à terre, dans ses bras, en lui disant: «Mon cher frère, mon cher Edmond! je te revois! ah! mon ami! j’en bénis le bon Dieu, et de ce que la maladie qu’il t’a envoyée a montré ton bon cœur, et ton innocence!» Et il l’a porté dans la carriole, comme si c’eût été un petit garçon de neuf à dix ans, et puis il y est monté à côté de lui, et ils se sont mis à causer: mais Edmond avait quelque chose sur le cœur, au sujet de cette innocence dont son frère lui venait de parler, et il lui en a demandé l’explication, et Pierre la lui a donnée, et Edmond a dit la vérité. Mon mari a baissé la tête, et puis la relevant, il s’est jeté au cou de son frère, en lui disant: «Et la vérité aussi est une vertu, et nous ne sommes pas, pauvres mortels, pour les avoir toutes!» Les voilà qui sont arrivés comme ça. Et notre bon père et notre bonne mère, qui attendaient leurs enfants, parlaient d’eux toute la journée, tantôt entre eux, tantôt à nous; et notre bonne mère s’en allait à chaque quart d’heure sur la montée du grenier, où est le perron, et elle regardait par le chemin de la montagne, si elle verrait une carriole la descendre, et elle appelait tantôt Brigitte, tantôt Marthon, plus souvent Christine, et quelquefois moi: «Oh Fanchon! vous qui avez de si bons yeux, voyez donc voir, mon enfant, si vous ne verriez pas la carriole descendre la montagne? m’est avis que je la vois? – Non, ma mère, il n’y a rien, que des charrues qui s’en reviennent. – Ô mon enfant! c’est la carriole!… Augustin-Nicolas, tiens, viens donc voir? N’est-ce pas là la carriole! – Non, ma mère, c’est Colin Peupeu, en chemise, qui vient de la charrue.» Et elle ne nous croyait quasi pas; car la chère bonne femme n’avait dans le cœur, l’esprit et les yeux que la carriole, et elle remontait à tout moment, tant plus le jour s’avançait: et elle a aussi appelé notre bon père vers le soir: «Mon homme, la voilà! la voilà!» Et le bon vieillard est monté, et on a vu qu’il souriait: mais il a encore de bons yeux, et il a dit doucement: «Non, ma femme, ce n’est pas la carriole», et il est redescendu, en disant à Georget, qui arrivait bien las: «Georget, va-t’en donc au-devant de tes frères.» Et nous qui voyions comme il était las, nous avons dit à notre père: «Mais il est trop las, mon père! – Eh bien, Bertrand.» Et Bertrand y a couru. Mais Georget y a voulu aller aussi, et il s’est caché, pour qu’on ne le vît pas sortir, et il a dit à Bertrand: «Allons, allons, fussent-ils à deux lieues; je monterai dans la voiture en revenant, et ça me reposera comme dans mon lit.» Et ils y ont été; mais pas loin; car quant-et-quant que le jour tombait, et que notre bonne mère montait encore au perron, bien qu’on n’y voyait plus goutte, et qu’elle nous appelait encore, si bien que notre bon père s’est mis à rire, en lui disant: «Ma femme, ma femme, ce n’est pas vos enfants qu’il faut appeler pour voir, mais adressez-vous aux oiseaux de nuit; car il n’y a plus que les chouettes et les chauves-souris qui puissent y voir.» Ce qui l’a rendue honteuse; et elle descendait, quand on a vu la chienne Friquette, que mon mari avait menée, qui est venue à notre père en joie, comme quand il y a longtemps qu’elle ne l’a vu. Et aussitôt notre bon père a ouvert le livre de Tobie, à l’article du chien, et il nous a dit à tous: «Allez au-devant de vos frères; car ils arrivent.» Et notre bonne mère s’est appuyée sur nous deux Christine, et elle y a couru comme elle pouvait; car ses genoux tremblaient. Et notre bon père l’a regardée, ouvrant la bouche, comme pour lui parler; mais il ne lui a rien dit, et se tournant vers moi: «Il faut la laisser faire: ma fille, ne la quittez pas; car elle va revoir celui qui nous a peinés; et tant plus on l’a peinée, tant plus elle aime: Dieu la veuille bénir! C’est une bonne femme!» Mais pendant tout ça, voilà que la carriole est entrée dans la cour: et Georget en est descendu, car Bertrand était à pied, menant les chevaux; ensuite mon mari; et puis Edmond… Et quand il a paru avec sa pâleur, voilà que notre bonne mère s’est récriée: «Mon fils! ô mon pauvre fils!» et la chère bonne femme tombait. Edmond est venu l’embrasser et la soutenir.»Mon pauvre fils, je te revois! je mourrai contente! mon cher fils! Et par son empressement à l’embrasser, elle ne le pouvait, car elle lui baisait les cheveux au lieu du visage, et quelquefois les mains; elle était comme en ivresse… Et voilà les mères: que Dieu est bon d’avoir fait si tendres les mères!… Et elle ne cessait de dire: mon fils, comme si elle n’eût eu que lui, aussi Edmond lui a-t-il dit, en montrant ses frères: «Les voilà, vos fils, et il n’y en a pas un là qui ne vaille mieux que moi: et voilà votre digne fils, mon cher aîné. – Je vous aime tous, a dit la bonne femme, en suffoquant, mais… mon Edmond, j’ai été deux jours à croire que je ne t’aurais plus.» Et aussitôt deux fontaines de larmes sont sorties de ses yeux; ce qui l’a soulagée: et Edmond et Pierre l’ont à eux deux remmenée par-dessous les bras, et ils l’ont assise auprès de notre bon père, qui s’est gravement levé, en voyant Edmond, et a dit: «Mes fils, mes filles, je suis bien aise, que vous voyiez ce cœur de mère, à celle fin que vous aimiez Dieu votre Père, comme elle vous aime… Bonsoir, Edmond. – Mon cher père!» et il s’est mis à ses genoux quasi. Et notre père l’a embrassé, en lui disant: «Je ne t’aurais pas embrassé coupable.» Et Edmond s’est aussitôt retiré, en disant incliné: «Et je le suis, mon père.» À ce mot, notre père s’est assis, le front sévère, et n’a plus parlé qu’à mon mari, dans toutes les questions qu’il a faites. Ce qui a quasi glacé notre bonne mère. On a soupé, et on s’est allé coucher, sans qu’il ait redit une parole à Edmond, ni le lendemain non plus; mais comme Edmond empirait, mon mari a parlé à son père, et ce bon père a reparlé à son fils, mais sans le tutoyer; et il a dit à part à son aîné: «Pierre, c’est une pauvre femmelette qu’Edmond, et ça se croit homme! Ça n’a pas de nerf pour résister au vice, et dès que quelque chose plaît à ça, ça se laisse aller: mon fils, ayons-en pitié; car je m’étonne tant seulement qu’il ait eu la force d’être vrai à ses dépens, et je trouve en lui par-delà de ce que j’attendais.» Et il lui a reparlé depuis ce moment comme à l’ordinaire, lui gardant une bonne remontrance, pour quand il se portera mieux.

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