La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Vous jugez, d’après cela, cher Pierre et chère Fanchon, si je dois aimer mon Ursule, et avoir confiance en elle! Aussi lui ai-je donné ma sœur pour compagne; je veux qu’elles soient inséparables jusqu’à leur établissement.
Il ne me reste plus qu’à vous parler de nos adieux, à l’instant de la séparation. Je n’étais pas trop à moi, comme vous pensez. Quand Ursule sut qu’elle allait partir avec Fanchette, sous la conduite de Mme Canon, elle me regardait avec des yeux interdits; car je n’avais pas encore prononcé le mot: «Je reste». Mais quand une fois j’eus dit: «Il faut que je reste à cause d’Edmond», je vis le bon naturel d’Ursule, son bon caractère, son amitié pour moi, et sa tendresse pour ses parents dans ses regards et dans sa réponse. Ses yeux devinrent humides. Elle fit un mouvement les bras étendus, pour venir à moi: elle s’arrêta, me regarda tendrement, et me dit enfin: «Je pars, et vous restez! mais il le faut, et je vais être orpheline tout à fait; je n’aurai plus que la sœur que vous m’avez donnée!… Cependant, permettez-moi de vous dire, qu’il est juste que je ressente la douleur d’être éloignée de mon digne père et de ma bonne mère; votre compagnie l’aurait trop affaiblie; ainsi je la sentirai, sinon avec plaisir, puisque la douleur y est contraire, du moins avec contentement de la sentir: car toutes les fois que je sens cette heureuse douleur, de l’éloignement de ma bonne mère surtout, cela me rappelle de qui j’ai le bonheur d’être fille, et de qui j’ai l’honneur d’être amie.» Eh bien, mes chers bons amis, que pensez-vous de cette réponse, dans une jeune fille de dix-sept ans, élevée au village? Mais que dis-je au village! l’éducation que vous ont donnée chez vous, cet homme que vous appelez votre père, et cette femme que vous appelez votre mère, et que moi je nomme des anges, fait plus penser mille fois que celle des villes… Mon Ursule est partie… mais j’ai encore Edmond. Il vous demande; je vous désire: venez nous voir, et me consoler un peu de mes privations par votre chère présence.
Que j’aime cette bonne dame! qui sait si bien me faire aimer ce que j’aime tant déjà!
Voici à présent la lettre de l’ami d’Edmond que je vous ai promise.
Lettre de Gaudet, à Edmond,
conservée par Fanchon.
Mon très cher ami,
Au lieu d’employer de vaines consolations, comme les amis vulgaires, j’ai couru à la source du maclass="underline" je me suis emparé de l’esprit d’une mère désolée et d’une fille innocente, dont l’une ne savait que se lamenter à grand bruit; et dont l’autre, vierge encore d’esprit, s’étonnait de la désolation qu’elle voyait autour d’elle: «Car enfin (c’est l’innocente qui parle), faire un enfant n’est pas tuer un homme, ni voler, ni piller, ni mettre le feu, ni battre, ni même seulement dire des injures à quelqu’un: j’en ai vu qui en ont fait, et elles en ont été quittes, pour une chanson qu’on a composée sur elles.» Surpris de ce langage, j’ai voulu pénétrer dans l’âme de la jeune personne et y voir, s’il était bien vrai que ce fût toi qui l’eusses mise dans l’embarras; et tu penses que je n’ai pas eu de peine à l’amener à me dire ce que je désirais. Mais vu son innocence, elle m’a instruit, sans le savoir: j’ai profité de mes avantages sur cette enfant pour lui faire signer, à l’insu de sa mère, une lettre à tes parents, qui est incluse dans celle-ci, par laquelle elle s’accuse de t’avoir injustement chargé de la moitié de sa faute. Mon motif, dans cette démarche, est louable doublement; c’est de te réconcilier avec ta famille, par la certitude de ton innocence, et de rendre la tranquillité à ton épouse: aussi n’ai-je pas perdu un seul moment, et j’ai préféré de partir sans te voir, à te voir sans te servir. Adieu, cher Edmond; et ne te laisse pas prévenir: car j’ai bien des ennemis! mais ton inexpérience est le plus dangereux.
P.-S. – Ostensibilem hanc epistolam feci.