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Le passager

Электронная книга - «Le passager». Краткое содержание книги:

Je suis l'ombre.
Je suis la proie.
Je suis le tueur.
Je suis la cible.
Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.
Mais si l'autre est moi-même ?
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— Je ne comprends pas vos questions. Si Philippe est mort d’une OD, où est le problème judiciaire ?

— Duruy est mort d’une overdose mais c’est un meurtre. On lui a injecté une dose létale d’héroïne. Une héroïne très pure. Puis on lui a écrasé le visage avec une tête de taureau qu’on lui a enfoncée jusqu’aux épaules.

Thiaux venait d’ouvrir son coffre. Il devint tout pâle. Anaïs savourait le spectacle. La belle assurance du toubib fondait dans la pénombre.

— C’est quoi ? Un tueur en série ?

De nos jours, tout le monde a ces mots à la bouche. Comme s’il s’agissait d’un phénomène social bien connu, entre chômage et suicide professionnel.

— Si c’est une série, elle vient de commencer. Il vous parlait de ses dealers ?

Il fourra son sac dans le coffre et le referma d’un coup sec.

— Jamais.

— La dernière fois que vous l’avez vu, vous a-t-il parlé d’un dealer différent ? D’une héroïne d’une exceptionnelle qualité ?

— Non. Au contraire, il paraissait plus que jamais décidé à arrêter la dope.

— Vous ne l’avez pas revu depuis ? Dans un autre contexte ?

Thiaux ouvrit sa portière.

— Pas du tout.

— On vérifiera, fit-elle en carrant ses mains dans les poches.

Elle regretta aussitôt ces derniers mots. Des paroles de flic. Des paroles de con. Le toubib n’était pas suspect. Cette phrase visait seulement à l’inquiéter. Tous les flics connaissent cette démangeaison du pouvoir.

Le médecin s’appuya sur l’encadrement de sa portière :

— Vous faites tout pour être désagréable, mademoiselle, mais vous m’êtes tout de même sympathique. Vous êtes une gamine qui en veut au monde entier, comme tous ceux que je vois chaque semaine au dispensaire.

Anaïs croisa les bras. Le ton compatissant, elle aimait moins encore.

— Je vais vous confier un secret, dit-il en se penchant vers elle. Savez-vous pourquoi j’assure cette permanence au dispensaire alors que je reçois dans mon cabinet la clientèle la plus huppée de Bordeaux ?

Anaïs restait immobile, tapant du pied, se mordant la lèvre. Parfaite dans sa posture de petit animal revêche.

— Mon fils est mort d’une overdose à l’âge de 17 ans. Je n’avais même jamais soupçonné qu’il puisse fumer un joint. Ça vous suffit comme raison ? Je ne peux rien rattraper ni rien effacer. Mais je peux aider quelques mômes en souffrance et c’est toujours ça de gagné.

La portière claqua. Anaïs regarda la Mercedes disparaître sous la masse des arbres et se fondre dans la nuit. Un souvenir lui revint. La voix de Coluche. Son sketch à propos des flics : « Oui, je sais, j’ai l’air un peu con. » La phrase lui fit l’effet d’une sentence personnelle.

17

21 heures.

Enfin, sa garde était terminée. Mathias Freire rentrait chez lui en pensant à l’homme au Stetson et au Minotaure. Depuis la visite d’Anaïs Chatelet, il ne cessait de réfléchir au lien qui unissait peut-être les deux affaires. Tout l’après-midi, il avait assuré ses consultations sans lâcher ces questions. Quel était le rapport entre Mischell et le meurtre ? Qu’avait vu au juste l’amnésique ? Il regrettait de ne pas avoir accepté la proposition de la flic. Il ne voyait plus comment avancer sur le cas du cow-boy.

En tournant la clé dans la serrure de son pavillon, il lui vint une idée. Un coup de bluff. Il alluma la lampe du salon puis se connecta sur Internet. Il trouva, le plus simplement du monde, les coordonnées du laboratoire de police scientifique le plus proche de Bordeaux, le LPS 31, situé à Toulouse. Il se demanda si c’était l’une de ses équipes qui avait bossé sur l’affaire de l’amnésique et avait effectué les prélèvements sur les mains de Mischell. Si c’était le cas, les mêmes gars bossaient sur l’affaire du Minotaure.

La meilleure façon d’en savoir plus, c’était d’appeler.

Il obtint une permanence. Il se présenta comme l’expert psychiatrique du suspect dans l’affaire du cadavre de la gare Saint-Jean. Le type au bout du fil en avait entendu parler — du matériel supplémentaire avait été envoyé le matin même pour effectuer des analyses.

Freire avait vu juste. La même équipe avait procédé aux relevés sur l’inconnu, la nuit du 13 février, puis sur la scène de crime le lendemain soir. Une simple coïncidence : les techniciens étaient déjà à Bordeaux pour une autre affaire.

— Pourrais-je avoir le numéro de mobile du chef d’équipe ?

— Vous voulez dire le coordinateur ?

— Le coordinateur, c’est ça.

— Ce n’est pas la procédure. Pourquoi ce n’est pas l’OPJ saisi du dossier qui appelle ?

— Anaïs Chatelet ? C’est elle qui m’a dit de vous contacter.

Le nom fit mouche. Dictant le numéro, le gars ajouta :

— Il s’appelle Abdellatif Dimoun. Il est encore chez vous, à Bordeaux. Il bosse avec un labo privé. Il voulait être sur place quand les résultats tomberaient.

Freire remercia, raccrocha, composa les huit chiffres.

— Allô ?

Le psychiatre remit ça avec son bobard d’expert psychiatrique. Mais le dénommé Abdellatif Dimoun n’était pas né de la dernière pluie.

— Je ne donnerai mes résultats qu’au capitaine en charge de l’enquête ainsi qu’une copie au juge dès qu’il sera saisi.

— Mon client est amnésique, répliqua Freire. Je tente de lui faire retrouver la mémoire. Le moindre détail, le moindre signe peut m’être utile.

— Je comprends, mais vous passerez par Anaïs Chatelet.

Freire fit mine de ne pas avoir entendu :

— D’après le rapport, vous avez relevé des particules de poussière sur…

— Vous êtes bouché mon vieux. J’envoie mon rapport à Chatelet demain matin. Voyez ça avec elle.

— Nous pouvons gagner du temps. J’attaque une séance d’hypnose à la première heure demain matin avec mon patient. Un mot par téléphone et vous me faites gagner une journée !

Le technicien ne répondit pas. Il hésitait. La paperasserie pesait à tout le monde. Freire poussa son avantage.

— Résumez-moi vos résultats. D’après mon patient — il commence à récupérer la mémoire —, les particules sous ses ongles pourraient être de la poussière de brique.

— Pas du tout.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une espèce phytoplanctonique.

— Quoi ?

— Du plancton marin. Un micro-organisme qu’on trouve sur le littoral atlantique français, plutôt au sud. Sur la Côte basque.

Freire songea aux affabulations de Mischell, à propos d’Audenge, du Cap-Ferret, de Marsac, village imaginaire près de l’île aux Oiseaux. Des déformations, des décalages par rapport à sa véritable origine : le Pays basque.

— Ce plancton, vous l’avez identifié ?

— Nous avons dû appeler des spécialistes de l’Ifremer et du Conservatoire du littoral. Le plancton fait partie des Dinoflagellés, le Mesodinium harum. Selon les types à qui on a parlé, ce phytoplancton est rare. Il appartient à la flore sous-marine de la Corniche basque.

Mathias nota sur un bloc puis reprit aussitôt — le fer était brûlant :

— Vous avez trouvé autre chose ?

Le scientifique hésita puis admit :

— Ce qui va intéresser les flics, c’est qu’on a retrouvé ailleurs ce plancton.

— Où ?

— Sur la scène d’infraction. Au fond de la fosse de maintenance. Nos programmes ont établi une correspondance entre les échantillons du gars et ceux de la fosse.

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