Angélique et son amour Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #12
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et son amour Part 2». Краткое содержание книги:
Angélique leva inconsciemment la tête plus haut. Une énorme boule orange s'ouvrit comme un champignon au-dessus d'elle. Elle ressentit une chaleur qui lui parut atroce et lui fit baisser la nuque.
Honorine tendit le doigt :
– Maman, le soleil !...
Angélique faillit rire.
– Ce n'était que le soleil.
Pourtant sa panique n'était pas si ridicule. Ce soleil était vraiment étrange. Il virait au rouge et demeurait énorme, bien que haut dans le ciel. Il était entouré comme d'une série de rideaux de couleurs différentes, comme des écrans perlés et translucides légèrement courbes et disposés verticalement les uns derrière les autres.
La chaleur de l'astre se faisait sentir en contraste avec un froid subit apporté par le vent. Après avoir cru qu'elle recevait le feu du ciel sur la tête, Angélique se sentit transformée en statue de glace. Elle enveloppa Honorine dans sa mante et lui dit : « Rentrons vite » mais ne bougea pas. La nature du spectacle qu'elle avait devant elle la retenait clouée sur place. Les rideaux de brumes polychromes fondaient et se dissolvaient comme tombent ou s'écartent des voiles de mousseline.
Elle crut apercevoir un monstre d'émeraude qui apparaissait, s'allongeait, devenait énorme, projetait partout d'immenses tentacules aux griffes d'un rose ardent. Et, tout à coup, il n'y eut plus aucun brouillard. Balayé par un souffle glacé, le dernier voile était tombé. L'air purifié vibrait comme une conque. Le soleil pâli conservait son auréole nuancée dans un ciel aux bleus divers mais, au-dessous de lui, ce qu'Angélique avait pris pour un monstre d'émeraude se révélait comme un paysage de collines couvertes d'une épaisse forêt qui s'étalait jusqu'aux extrémités de caps et de promontoires multiples qu'ourlaient des grèves de sable rouge et rose.
La forêt était vernissée et brillait même au loin avec éclat, des teintes vives et extravagantes, ponctuées du noir des sapins, du bleu turquoise d'énormes pins dressant leurs parasols, du rouge or de certains buissons annonçant l'automne. Déjà ! Alors qu'on n'avait même pas vu s'annoncer l'été. Partout alentour, sur la baie, et plus loin sur la mer d'une intense couleur de lavande, des îles bordées de rose allongeaient leurs dômes feuillus. Elles offraient l'apparence d'un peuple de squales, défendant la côte admirable de la convoitise des hommes par les dangers de leurs écueils rocheux. Se faufiler parmi elles pour atteindre le refuge où se balançait le navire paraissait une œuvre impossible.
Après les journées de brouillard livide qu'ils avaient connues, la vivacité de tant de coloris chantait aux yeux, c'était une apparition comme on croit ne pouvoir en découvrir que dans les rêves et telle était la fascination qu'Angélique éprouvait à cette vue qu'elle n'entendit pas le retour de la chaloupe.
Joffrey de Peyrac fut derrière elle. Il l'observa et lut sur son visage l'éblouissement. C'était décidément une femme de bonne race. Le froid et la sauvagerie des lieux l'émouvaient moins que leur beauté surhumaine.
Quand elle tourna les yeux vers lui, il eut un geste large.
– Vous vouliez des îles, madame. En voila.
– Comment se nomme ce pays ? demanda-t-elle.
– Gouldsboro.
Troisième partie
Le pays des arcs-en-ciel
Chapitre 1
– Sommes-nous aux Amériques ? demanda l'un des jeunes Carrère.
– À vrai dire, je n'en sais rien, mais je crois que oui, dit Martial.
– Cela ne ressemble pas à ce qu'écrivait le pasteur Rochefort.
– Mais c'est plus beau.
Les voix des enfants étaient seules à s'élever tandis que, dans un silence pesant, les passagers se groupaient sur le pont.
– Nous allons descendre à terre ?...
– Oui !
– Enfin !
Ils regardèrent tous vers la forêt. À cause du brouillard intermittent et variant en intensité, il était difficile d'apprécier la distance. Angélique devait apprendre par la suite qu'il était rare que le panorama se dévoilât entièrement, comme elle en avait eu la primeur dans une vision qu'elle n'oublierait jamais. Plus souvent, il se révélait par bribes, gardant toujours quelques replis invisibles et secrets pour éveiller l'inquiétude ou la curiosité. Le temps cependant demeurait assez clair pour qu'on distinguât la terre et la nuée de canoës d'écorces, peints de rouge, de brun et de blanc, qui de la plage convergeaient vers le navire. Par contre, l'existence de la haute mer se matérialisait surtout par le bruit furieux du ressac, à l'endroit de la barre et du passage étroit et chaîné qui fermait la baie. Ce fut dans cette direction que les yeux de Manigault, Berne et leurs compagnons se portèrent lorsqu'ils émergèrent de la cale. Du côté de la barre jaillissait un mur d'eau grondante et haletante, et ce monstre d'écume apocalyptique symbolisait pour les prisonniers l'impossibilité qu'ils auraient jamais de s'évader d'un repaire si bien gardé. Ils s'avancèrent néanmoins d'un pas ferme. Angélique comprit qu'ils ne savaient pas encore pour quel motif on les avait déferrés et conduits en haut. Le Rescator prolongeait sa vengeance en les tenant dans l'incertitude mortelle aux nerfs et ils avaient dû prendre pour des préparatifs funèbres les soins dont deux matelots muets les avaient entourés. En effet, on leur avait remis les objets nécessaires, pour se raser et on leur avait apporté du linge blanc et leurs vêtements habituels, bien usés, mais propres et défripés. Lorsqu'ils parurent, ils avaient presque retrouvé leur aspect d'autrefois. Angélique remarqua avec émotion qu'ils ne portaient pas de chaînes, comme le lui avait annoncé son mari. Son cœur se porta irrésistiblement vers lui parce qu'elle savait pourquoi il leur évitait cette humiliation en face de leurs enfants.
C'était pour elle, pour achever de lui complaire ! Elle le chercha des yeux. Il venait d'apparaître ainsi qu'il en avait l'habitude, subitement, portant encore le grand manteau rouge qu'il avait revêtu la veille. Et les plumes rouges et noires de son feutre s'ajoutaient à ce frémissement de plumes qui partout s'agitaient. Les Indiens montaient à bord, en silence, avec une souplesse de singes. Il y en avait partout. Leur mutisme et le regard énigmatique de leurs yeux bridés oppressaient.
« J'ai vu jadis un homme rouge sur le Pont-Neuf, se rappela Angélique. Un vieux matelot le montrait comme une curiosité. Je ne pensais pas alors que, moi aussi, j'aborderais le Nouveau Continent et me trouverais parmi eux et, peut-être, dépendant d'eux. »
Des Indiens, tout à coup, saisirent les plus jeunes enfants et disparurent avec eux. Les mères stupéfaites et affolées se mirent à crier.
– Eh ! du calme, mes commères, s'écria jovialement M. D'Urville qui venait d'aborder avec la grosse chaloupe du Gouldsboro. Vous êtes trop nombreux pour qu'on vous embarque tous. Nos amis Mohicans se chargent des enfants dans leurs petits caïques d'écorces. Il n'y a pas de quoi s'affoler. Ce ne sont pas des sauvages !...
Sa bonne humeur et sa voix française rassurèrent. Le corsaire normand considérait avec attention ces visages féminins.
– Il y a de bien gentils minois parmi ces dames, fit-il remarquer.
– À mon tour de te dire : du calme, mon ami, dit Joffrey de Peyrac. N'oublie pas que tu es marié à la fille de notre grand sachem et que tu lui dois fidélité si tu ne veux pas te retrouver avec une flèche bien plantée dans ton cœur volage.
M. d'Urville fit la grimace, puis il cria qu'il était temps de se décider à descendre dans les chaloupes et qu'il était prêt à recevoir dans ses bras la plus courageuse de ces dames. Avec lui, l'atmosphère tragique parut soudain dissipée. Comprenant que le voyage était terminé, chacun s'était nanti de ses maigres biens, emportés de La Rochelle, en la quittant.