Angélique et son amour Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #12
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et son amour Part 2». Краткое содержание книги:
Elle se heurta à un homme de haute stature, vêtu d'un uniforme à passementeries d'or et coiffé d'un feutre empanaché de belle allure. Elle le prit d'abord pour son mari et demeura interdite. Mais il la salua très galamment.
– Madame, je me présente : Roland d'Urville, cadet de la maison de Valognes, gentilhomme normand.
Sa voix française, l'urbanité de ses manières, malgré une face tannée de pirate, avaient quelque chose de rassurant. Il lui demanda si elle désirait voir le comte de Peyrac et proposa de l'accompagner jusqu'aux appartements de celui-ci. Angélique acquiesça. Elle craignait de se trouver nez à nez avec l'un des guerriers indiens.
– Vous n'avez rien à redouter, dit Roland d'Urville. Bien que guerriers terribles dans le combat, ils sont, les armes déposées, doux et pleins de dignité. C'est pour aller saluer leur grand Sachem Massawa que M. de Peyrac s'apprête et va se rendre à terre... Mais, qu'avez-vous ?
Angélique, en parvenant sur le balcon du château-arrière, avait levé les yeux. Elle avait vu se balancer des pieds nus, mollement, entre ciel et terre, du côté du grand mât.
– Ah ! oui, des pendus, dit d'Urville qui avait suivi son regard. Ce n'est rien, quelques-uns de ces mutins espagnols qui, paraît-il, ont fait passer un si mauvais quart d'heure à notre chef et ses hommes, durant le voyage de retour. Ne vous impressionnez pas, madame. La justice en mer, ou dans nos régions sauvages, doit être expéditive et sans appel. Ces misérables n'avaient aucun intérêt.
Angélique aurait voulu lui demander ce qu'on avait fait des autres, les Huguenots, mais elle ne le put.
En pénétrant dans le salon de la dunette, elle était décomposée. Elle dut s'appuyer à la porte, après que celle-ci eût été refermée par le gentilhomme normand qui l'avait introduite, et demeura un moment avant de se reconnaître dans la pénombre. Pourtant, cette pièce, où les fragrances du luxe oriental luttaient contre l'envahissante odeur marine, elle aussi, lui était familière.
Que de scènes, que de drames s'y étaient déroulés depuis ce premier soir de La Rochelle où le capitaine Jason l'avait conduite au Rescator !
Elle ne vit pas aussitôt son mari. Quand elle eut retrouvé ses esprits, elle chercha des yeux et l'aperçut, au fond de la pièce, près de la grande fenêtre où le chatoyant brouillard collait ses nuages évanescents. La clarté dense et pourtant extrêmement blanche et lumineuse, qui filtrait à travers les vitres, éclairait sur une table un coffret d'où Joffrey de Peyrac avait tiré des bijoux divers, perles et diamants.
M. d'Urville avait dit que le chef du Gouldsboro s'apprêtait à recevoir à terre un sachem réputé. C'était sans doute en prévision de cette cérémonie qu'il avait revêtu ce jour-là un costume d'une splendeur particulière. Angélique se crut reportée aux jours anciens des fêtes de la Cour en apercevant son manteau de moire rouge rebrodée de grandes fleurs de diamants, son pourpoint et son haut-de-chausses de velours bleu sombre, sans ornements mais d'une coupe raffinée et qui donnait à sa silhouette longue une allure pleine de séduction. Boiteux jadis, n'avait-il pas eu la réputation d'être, malgré cela, l'un des seigneurs les plus élégants de son temps ? Ses bottes espagnoles, très hautes, étaient de cuir rouge foncé, de même que les gants à crispin, posés sur la table, et le ceinturon qui supportait l'étui de son pistolet et de son poignard.
Le seul détail qui eût pu le distinguer du grand seigneur de Cour était, en effet, qu'il ne portait pas l'épée. Incrustée de nacre, la crosse d'argent de son long pistolet brillait à son côté. Elle le regarda glisser deux bagues à ses doigts et fixer à son cou, sur son pourpoint, un sautoir à plaques d'or et de diamants, tel qu'en avaient porté encore sous Louis XIII les grands seigneurs guerriers qui dédaignaient la cuirasse devenue inutile et la transformaient en bijou.
Il lui tournait à demi le dos. L'avait-il entendue entrer ? Savait-il qu'elle se trouvait là ? Il ferma enfin la cassette et lui fit face.
Dans les moments les plus graves, il y a des pensées saugrenues qui s'imposent. Elle se dit qu'elle devrait s'habituer à ce collier de barbe qu'il avait laissé repousser et qui lui donnait l'apparence d'un Sarrazin.
– Je suis venue... commença-t-elle.
– Je vois.
Il ne l'aidait pas et la fixait sans aménité.
– Joffrey, dit-elle, qu'allez-vous faire d'eux ?
– C'est cela qui vous préoccupe ?
Elle inclina la tête en silence, la gorge nouée.
– Madame, vous venez de La Rochelle, vous avez navigué en Méditerranée et j'ai ouï dire que vous vous étiez intéressée à des questions de commerce naval. Vous connaissez donc les lois de la mer. Quel sort réserve-t-on à ceux qui, en cours de navigation, s'opposent à la discipline du capitaine et cherchent à attenter à sa vie ?... On les pend... Haut et court, et sans jugement. Je les pendrai donc.
Il dit cela avec calme. Mais sa décision était irrévocable. Un grand froid saisit Angélique, un vertige. « C'est impossible que cette chose arrive, se dit-elle, je ferai n'importe quoi pour l'éviter, je me traînerai à ses pieds... »
Elle traversa la pièce et, avant qu'il ait pu prévoir son geste, elle était à genoux devant lui, l'entourant de ses bras.
– Joffrey, épargnez-les, je vous en prie, mon bien-aimé, je vous en prie... Je vous le demande moins pour eux que pour nous. J'ai peur, je tremble qu'un tel acte n'altère l'amour que je vous porte... que je ne puisse jamais oublier quelle main les a envoyés à la mort... Il y aurait entre nous le sang de mes amis.
– Il y a déjà le sang des miens : Jason, mon fidèle compagnon de dix années, le vieil Abd-elMechrat, cruellement assassiné par eux...
Sa voix contenue vibrait de colère et ses yeux étincelaient.
– Votre requête est injurieuse à mon égard, madame, et je crains que vous n'y soyez poussée par un attachement méprisable pour l'un de ces hommes qui m'ont trahi, moi, votre époux que vous prétendez aimer.
– Non, non, et vous le savez bien... Je n'aime que vous... je n'ai jamais aimé que vous... à en mourir... à perdre ma vie pour vous... à perdre mon cœur loin de vous...
Il eût voulu la repousser, mais ne le pouvait sans se montrer brutal, car elle se cramponnait à lui avec une force décuplée et il sentait la chaleur de ses bras, de son front contre lui. Figé, il regardait au delà d'elle, refusant de rencontrer ses yeux implorants mais ne pouvant résister aux accents de sa voix émouvante. De tous les mots qu'elle avait prononcés, l'un d'eux le brûlait : « Mon bien-aimé ». Alors qu'il se croyait armé pour ne pas fléchir, il avait été happé par cet appel inattendu et par le geste de cette orgueilleuse s'agenouillant devant lui.
– Je sais, disait-elle d'une voix étouffée, leur action mérite la mort.
– Je ne saisis alors nullement, madame, pourquoi vous vous obstinez à intercéder en leur faveur s'il est vrai que vous n'approuvez pas leur trahison ni surtout pourquoi vous vous préoccupez à ce point de leur sort ?
– Le sais-je moi-même ? Je me sens liée à eux malgré leurs erreurs et leur traîtrise. Peut-être parce qu'ils m'ont sauvée jadis et que je les ai sauvés à mon tour en les aidant à quitter La Rochelle où ils étaient condamnés. J'ai vécu parmi eux et j'ai partagé leur pain. J'étais si misérable lorsque maître Berne m'a offert l'asile de sa maison. Si vous saviez... Pas un arbre, pas un buisson de mon bocage, du pays de mon enfance qui ne cachât un ennemi acharné à ma perte. J'étais un animal traqué, sans merci, vendu par tous...