L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Il éternua, car il se trouvait en plein courant d'air.
« Pourvu que la reine mère ne prenne pas froid dans cette foutue baraque de Pontoise ! » songea Béruyer. En effet, le décès de la douairière, en supprimant l'objet de sa délicate mission, tarirait la source de ses revenus occultes. Du bel or, bien sonnant et pas trébuchant du tout qui, vu la façon furtive dont il lui était remis, échappait à toute déclaration fiscale.
Le couloir restait aussi vide que la conscience d'un Sarrasin. Béruyer bâilla et, pour se désennuyer un brin, traversa l'antichambre afin de gagner le trou de la serrure royale car le digne valet ne dédaignait pas prendre un jeton exceptionnel. Voir s'ébattre un couple royal, ça n'est pas à la portée de toutes les rétines ! Il se disait que plus tard, il écrirait probablement ses mémoires dans Gaule-Soir. Si le brave garçon avait pu se douter qu'un jour Louis deviendrait saint, sa satisfaction n'en aurait été que plus grande ! Voir se reproduire un roi c'est bien, mais voir se perpétuer un saint, c'est encore mieux !
Le spectacle valait le courant d'air sournois qui lui aiguisait l'œil. Cette Marguerite, tout de même, c'était quelqu'un ! Pour la technique et la fougue elle était de première bourre.
En admirant ses frétillements, Béruyer se disait que parmi toutes les filles « folles de leur corps » qu'il fréquentait, pas une ne lui venait à la cheville ! Marguerite de Provence, c'était la reine incontestée ! Si la mère Blanche avait assisté à ces prouesses sur traversin, elle en aurait fait une maladie ! Depuis que le comte de Champagne était parti, elle rancissait à vue d'œil, la pauvre vieille ! Sa mauvaise humeur créait dans l'entourage un tel malaise qu'on s'ingéniait à lui éviter tout ce qui était susceptible de l'irriter. D'où l'expression « Pas un mot à la reine mère ! »
Béruyer arracha avec peine son œil de la serrure. Bien lui en prit. Comme il parvenait à l'extrémité du couloir, il vit surgir la silhouette rasante de Blanche de Castille.
Le féal serviteur bondit à la porte de la Reine et toqua sur l'air bien connu de « j'ai mes haut-de-chausses qui pompent l'eau ». Il y eut une exclamation de regret, quelques soupirs désabusés, puis un claquement, de porte dérobée.
La reine mère entra, l'œil soupçonneux.
— Sire le Roi est-il là ? s'informa-t-elle.
Béruyer mit un genou en terre et déclara qu'il n'avait point vu son souverain et que la Reine Marguerite se trouvait seule en ses appartements.
Comme preuve de ce qu'il avançait, il entrouvrit la porte légèrement et Blanche coula un regard acéré dans la vaste chambre où flambait un feu de bûches. A la faible lueur qui pétillait dans la cheminée monumentale, la vieille femme aperçut sa bru seule sur sa couche et qui paraissait endormie. Elle grommela des imprécations pour fustiger cette fille qui passait son temps à paresser alors que tant de tâches ménagères la sollicitaient et referma la porte avec humeur.
— Je vais rejoindre messire mon fils en son cabinet, dit-elle ; priez la Reine de nous y retrouver sans tarder.
Et elle disparut dans un frou-frou de traîne.
Le valet obéissant entra donc dans la chambre et s'approcha du lit. Il y découvrit la reine, en tenue plus que légère et encore à demi pâmée. L'étreinte inachevée qu'elle venait de subir l'avait plongée dans une demi-inconscience ponctuée de plaintes et de soupirs embrasés.
— C'est toi, mon Loulou ! haleta la Souveraine. Presse-toi d'achever ce que tu as si bien commencé, j'en serais fort aise !
— Madame ma Reine, bredouilla le pauvre valet aussi rouge qu'une brassée de pivoines.
Il s'approcha avec le cœur remonté jusqu'au gosier.
Marguerite leva sur l'arrivant un regard chaviré. Dans l'état où elle se trouvait, la pauvre n'avait plus la force de réaliser que l'homme qui se tenait devant elle n'était pas son mari.
Elle tendit des bras passionnés à Béruyer qui se laissa tomber sur la couche royale. Il n'osait encore commettre ce crime de lèse-majesté[17]. Quelque chose lui meurtrit les fesses. Il regarda : c'était le rameau de chêne abandonné par le roi. Un gland tomba du lit.
— Vite ! supplia la Reine.
Alors Béruyer jeta les feuilles de chêne. Il n'en avait rien à faire, n'étant pas susceptible de devenir général.
Ses dernières hésitations s'envolèrent.
« Après tout, se dit-il avant de s'abandonner, la vie est courte et nous ne sommes pas des saints ! »