Le Prisonnier De Zenda
- Автор: Hope Anthony
- Язык: французский
- Жанр: Другие приключения
Электронная книга - «Le Prisonnier De Zenda». Краткое содержание книги:
Je m’éloignai autant que possible, tenant toujours ma table devant moi. Puis je leur criai:
«Messieurs, j’accepte vos offres, m’en fiant à votre honneur. Si vous voulez bien ouvrir la porte…
– Ouvrez-la vous-même, dit Detchard.
– Elle ouvre en dehors. Reculez-vous ou je vous bousculerai en la poussant.»
Je m’avançai et fourrageai dans la serrure; après quoi, je retournai sur la pointe des pieds reprendre ma première position.
«Je ne peux pas l’ouvrir! criai-je. La serrure est embrouillée.
– Je vais bien l’ouvrir, moi! cria Detchard. Laissez donc, Bersonin! Pourquoi pas? Depuis quand un homme seul vous fait-il peur?»
Je souris. Une minute plus tard, la porte cédait. À la lueur de ma petite lanterne, j’aperçus les trois comparses pressés l’un contre l’autre, le revolver au poing. Alors avec un grand cri je m’élançai, franchissant le seuiclass="underline" trois coups partirent, trois balles s’aplatirent contre mon bouclier improvisé. Je tombai au milieu de mes ennemis avec ma table; nous roulâmes tous ensemble, sacrant, jurant, jusque sur le gazon, au-dessous du perron. Antoinette de Mauban poussait des cris perçants. Je fus bientôt sur pied.
De Gautel et Bersonin, ahuris, ne savaient où ils en étaient, Detchard se trouvait pris sous la table. Au moment où je me relevai, il la repoussa et fit feu de nouveau.
Je tirai à mon tour, presque à bout portant.
Un formidable blasphème s’échappa de ses lèvres. Je ne m’arrêtai pas, comme vous pensez, pour entendre ses imprécations; je filai comme un lièvre et courus le long du mur.
On me poursuivait; à tout hasard, je me retournai et fis feu.
«Dieu soit loué! m’écriai-je, elle ne m’a pas trompé: l’échelle est là.»
Le mur était très élevé et garni d’une frise de fer; mais, grâce à l’échelle, je l’eus escaladé en une minute.
Retournant sur mes pas, j’aperçus les chevaux, et, comme j’approchais, j’entendis un coup de feu. C’était Sapt.
Il nous avait entendus et se ruait avec rage contre la porte, frappant à coups redoublés, faisant feu dans la serrure, se démenant comme un possédé. Il avait absolument oublié nos conventions et la promesse qu’il m’avait faite de ne pas se mêler de mes affaires.
En le voyant s’escrimer ainsi, je ne pus me défendre de rire, et, lui frappant sur l’épaule:
«Allons, rentrons nous coucher, mon vieil ami, fis-je; j’ai la plus jolie histoire du monde à vous conter.»
Il tressauta et s’écria en me serrant la main:
«Sauvé!»
Une minute plus tard, il ajoutait:
«Que diable avez-vous à rire?
– Voyons! n’était-ce pas un spectacle désopilant que celui de ces trois formidables adversaires, dispersés et vaincus… avec quelle arme? Je vous le donne en mille: avec une table à thé! Et notez, je vous en prie, que j’ai exactement tenu parole, et que je n’ai pas tiré le premier.»
X Où je succombe à la tentation
L’usage voulait que chaque matin le préfet de police remît au roi de Ruritanie un rapport sur la situation de la capitale et l’état des esprits; ce rapport contenait aussi le détail minutieux des faits et gestes des personnes que la police avait reçu l’ordre de surveiller. Depuis que j’étais à Strelsau, Sapt venait tous les matins me lire ce rapport, qu’il assaisonnait de commentaires instructifs. Le lendemain de mon aventure au pavillon, il entra comme je faisais un écarté avec Fritz.
«Le rapport est plein d’intérêt ce matin, dit-il en s’asseyant.
– Est-il question, demandai-je, de certain tapage nocturne?» Il secoua la tête en souriant.
Je lis ceci d’abord:
«Son Altesse le duc de Strelsau est parti ce matin (en «grande hâte, paraît-il), accompagné de plusieurs personnes de sa maison. On croit qu’il va au château de Zenda. Le duc est parti à cheval. Il n’a pas pris le chemin de fer. MM. de Gautel, Bersonin et Detchard ont suivi une heure plus tard. Ce dernier a le bras en écharpe. On ne sait pas quand il a été blessé, mais on croit qu’il s’est battu en duel.»
«C’est la vérité à peu près! interrompis-je, enchanté de voir que je n’avais pas manqué mon homme.
– Ce n’est pas tout», continua Sapt.
«Mme de Mauban, que nous avons fait surveiller, a pris le train aujourd’hui à midi. Elle a pris un billet pour Dresde.»
«Affaire d’habitude!»
«Le train de Dresde, continue le rapporteur, s’arrête à Zenda.»
«Très fin, le bonhomme, plein d’astuce, remarqua Sapt! Enfin, écoutez ceci pour finir:
«La ville est en effervescence, la conduite du roi est très critiquée (nous recommandons à nos agents, vous le savez, d’être de la plus absolue franchise). On lui reproche de ne faire aucune démarche décisive pour hâter son mariage avec la princesse Flavie. Son Altesse Royale se montre, paraît-il, très froissée des hésitations de Sa Majesté. Dans le peuple, on la marie au duc de Strelsau, qui en devient d’autant plus populaire. J’ai fait répandre partout le bruit que le roi donnait ce soir un grand bal en l’honneur de la princesse, et l’effet de cette nouvelle est excellent.»
«C’en est une aussi pour moi, dis-je.
– Tout est prêt, reprit Fritz en riant: c’est moi qui me suis occupé des préparatifs.»
Sapt se tourna vers moi et me dit d’une voix brève:
«Il faut lui faire la cour ce soir, et vivement.
– Je ne crains que de la lui faire trop vivement. Que diable! Sapt, vous ne pensez pas que je trouve cela difficile?»
Fritz fredonna quelques mesures, puis il ajouta:
«Vous ne trouverez les voies que trop bien préparées. Écoutez; il m’en coûte de vous le dire, mais je le dois. La comtesse Helga m’a confié que la princesse s’attachait beaucoup au roi; depuis le jour du couronnement, ses sentiments ont subi un grand changement et il est parfaitement vrai qu’elle est profondément blessée de l’apparente négligence de Sa Majesté.
– Belle affaire! murmurai-je.
– Je pense, continua le vieux Sapt, que le mieux est que vous fassiez votre demande ce soir.
– Juste ciel!
– Ou tout au moins que vous avanciez sensiblement les choses. J’enverrai une note officieuse aux journaux.
– Sapt, vous ne le ferez pas, m’écriai-je, pas plus que je ne ferai ce que vous me demandez. Je me refuse absolument à ce que l’on joue ainsi avec le cœur de la princesse.»
Sapt me regarda; ses petits yeux gris me fouillaient l’âme, un sourire fin relevait sa moustache grise.
«Bien! bien. Il ne faut pas être trop exigeant. Rassurez-la seulement un peu, si vous le pouvez. Et maintenant, occupons-nous de Michel.
– Le diable emporte Michel! Il sera temps demain de penser à lui. Venez, Fritz! Allons faire un tour de jardin.»
Sapt n’insista pas. Sous ses dehors brusques, il cachait un tact merveilleux et, ainsi que j’eus plus d’une fois l’occasion de le remarquer, une très profonde connaissance de la nature humaine. S’il n’avait pas insisté davantage au sujet de la princesse, c’est qu’il pensait bien que sa beauté se chargerait de m’entraîner mieux que tous ses arguments et que, moins il me rappellerait le roi dans la circonstance, mieux cela vaudrait.