Le Prisonnier De Zenda
- Автор: Hope Anthony
- Язык: французский
- Жанр: Другие приключения
Электронная книга - «Le Prisonnier De Zenda». Краткое содержание книги:
Il ne se contenta pas d’ailleurs de faire circuler ce bruit dans le palais: il alla le porter dehors. J’en eus bientôt la preuve, car, lorsque, reconduisant Flavie jusqu’à sa voiture, nous descendîmes les degrés de marbre, nous fûmes accueillis par des acclamations enthousiastes.
Que pouvais-je faire? Si j’avais parlé alors, personne ne m’aurait cru. On aurait certainement pensé que le roi devenait fou.
Entraîné par Sapt et aussi, il faut bien le dire, par moi-même, je m’étais avancé si loin que je ne pouvais plus reculer.
La route était barrée derrière moi, et ma passion me poussait toujours en avant.
Ce soir-là, à la face de Strelsau, je fus acclamé non seulement comme le roi, mais comme le fiancé de la princesse Flavie.
Vers trois heures du matin, l’aube commençant à poindre, je me trouvai enfin seul dans mon cabinet de toilette avec Sapt.
Je m’assis comme un homme ébloui qui a trop longtemps contemplé une flamme ardente; Sapt fumait sa pipe; Fritz était allé se coucher, après avoir presque refusé de me dire bonsoir. Sur la table, tout à côté de moi, gisait une rose: cette rose ornait le corsage de Flavie au bal, et, quand nous nous étions séparés, elle me l’avait donnée.
Sapt avança la main vers la rose, mais, d’un geste rapide, je refermai la mienne dessus.
«Cette fleur est à moi, fis-je; elle n’est pas plus à vous qu’elle n’est au roi.
– Vous avez avancé les affaires du roi ce soir», reprit-il sans s’émouvoir.
Je me retournai furieux.
«Pourquoi pas mes affaires à moi?»
Il secoua la tête.
«Je sais à quoi vous pensez, reprit-il, et, si vous ne vous y étiez engagé sur votre honneur…
– Ah! mon honneur, qu’en avez-vous fait? m’écriai-je en l’interrompant.
– Bah! jouer un peu la comédie…
– Épargnez-moi au moins ce ton, colonel Sapt si vous ne voulez pas me pousser aux dernières extrémités, et si vous ne voulez pas que votre roi pourrisse dans les cachots de Zenda pendant que Michel et moi nous nous disputerons ses dépouilles. Vous me suivez bien?
– Je vous suis.
– Il faut agir et agir vite. Vous avez vu ce qui s’est passé ce soir? Vous avez entendu?
– Oui.
– Vous avez parfaitement deviné ce que j’étais sur le point de faire. Que je reste ici encore une semaine et la situation se complique encore. Vous comprenez?
– Oui, répondit-il, les sourcils froncés. Seulement pour cela il faudrait d’abord vous débarrasser de moi.
– Eh bien! croyez-vous que j’hésiterais? Croyez-vous que j’hésiterais à soulever Strelsau? Il ne me faudrait pas une heure pour vous faire rentrer vos mensonges dans la gorge, vos mensonges insensés auxquels ni la princesse ni le peuple n’ajouteraient foi!
– C’est bien possible.
– Oui, je pourrais épouser la princesse et envoyer Michel et son frère au diable de compagnie.
– Je ne le nie pas, mon garçon.
– Alors, au nom de Dieu, m’écriai-je en tendant les mains vers lui, allons à Zenda, écrasons Michel et rendons au roi ce qui est au roi!»
Le vieux soldat se redressa et me regarda en face longuement.
«Et la princesse?» demanda-t-il.
Je baissai la tête et, relevant en même temps mes deux mains, je pris la rose et l’écrasai entre mes doigts et mes lèvres.
Au même moment, je sentis la main de Sapt sur mon épaule et j’entendis sa voix étranglée par l’émotion qui disait:
«Vive Dieu! Vous êtes bien le plus magnifique des Elphberg: vous les valez tous!… Mais j’ai mangé le pain du roi, je suis le serviteur du roi!… Venez: nous irons à Zenda.»
Je relevai la tête et lui pris la main. Nous avions tous deux les yeux pleins de larmes.
XI Nous partons pour chasser la bête noire
Ai-je besoin d’expliquer la terrible tentation à laquelle je me trouvais exposé? Je pouvais pousser Michel dans ses derniers retranchements et l’obliger à tuer le roi. J’étais alors en position de le défier, de m’emparer du trône, non pas pour le trône lui-même, mais parce que le roi de Ruritanie devait épouser la princesse Flavie.
Et Sapt, et Fritz? Hélas! un homme, un simple homme peut-il être tenu de décrire de sang-froid les pensées sauvages et mauvaises qui enfiévraient son cerveau, alors qu’une passion sans frein leur ouvrait toutes les portes! Que dis-je? Fût-il un saint, il ne pourrait se haïr pour les avoir conçues. À mon humble avis, il vaut mieux rendre grâces de ce que la force d’y résister lui fut accordée, que de s’irriter contre les impulsions regrettables qui naquirent en dehors de lui-même et ne durent une hospitalité momentanée dans son cœur qu’à la faiblesse de son humaine nature.
Il faisait le plus beau temps du monde, lorsqu’un matin, je me dirigeai, sans escorte, vers le palais de la princesse, un bouquet à la main. Je savais que chaque attention que je témoignais à la princesse, en même temps qu’elle resserrait mes liens, m’attachait plus fortement au cœur du peuple qui l’adorait.
Je trouvai la comtesse Helga occupée à cueillir dans le jardin des roses destinées à sa maîtresse. J’obtins d’elle qu’elle leur substituât mes fleurs. La jeune fille était fraîche et joyeuse. «Je vais porter les fleurs de Votre Majesté… Faudra-t-il venir lui dire ce qu’en aura fait la princesse?» Nous causions sur une terrasse qui longe le devant du palais; une des fenêtres au-dessus de nos têtes était ouverte.
«Madame!» appela gaiement la comtesse.
Flavie elle-même parut.
J’enlevai mon chapeau et m’inclinai.
Elle portait une robe blanche, et ses cheveux, simplement tordus, formaient comme un gros huit au sommet de sa tête. Elle m’envoya un baiser du bout des doigts, et cria:
«Fais monter le roi, Helga. Je lui servirai une tasse de café.»
La comtesse, avec un regard joyeux, passa devant moi et m’introduisit dans le boudoir de Flavie.
Une fois seuls, nous nous saluâmes, puis la princesse me montra deux lettres: dans la première, le duc Noir lui demandait, le plus respectueusement du monde, de lui faire l’honneur de venir passer une journée à Zenda, comme elle le faisait d’ordinaire, une fois chaque année, dans la belle saison, alors que les jardins du palais sont à l’apogée de leur gloire.
Je jetai la lettre loin de moi, avec un geste de dégoût qui fit rire Flavie.
Mais, redevenant sérieuse, presque immédiatement, elle me montra l’autre lettre.
«Je ne sais de qui est celle-ci, me dit-elle. Lisez-la.»
Je n’eus pas une seconde d’hésitation, bien que la lettre ne fût pas signée; mais c’était la même écriture que celle qui m’avait averti du piège qu’on m’avait tendu dans le pavillon: c’était l’écriture d’Antoinette de Mauban.