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Aux fruits de la passion

Электронная книга - «Aux fruits de la passion». Краткое содержание книги:

La tribu Malaussène et ses proches ont le regret de vous annoncerle mariage de Thérèse Malaussène avec le comte Marie-Colbert de Roberval, conseiller référendaire de première classe.
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Julie a dû sentir l'urgence parce qu'elle a interrompu mon escalade en ouvrant les deux mains :

— Bon, ça va, pas la peine de te mettre dans un état pareil, on y va, on y va…

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Et nous sommes allés trouver Gervaise aux Fruits de la passion. Hadouch, Mo, Simon, Julie et moi.

— Tout compte fait ça tombe bien, a dit Hadouch, Rachida voulait y inscrire son bébé.

Simon a soulevé une objection :

— Mais ce sera pas un fils de pute, le môme de Rachida !

Hadouch a éludé :

— On demandera une dérogation.

— C'Est Un Ange et Monsieur Malaussène non plus ne sont pas des putassons, a fait observer Julie.

— C'est pas ce que je voulais dire, s'est excusé Simon.

Il y avait tant de flics en civil pour nous suivre, et tant de curieux pour suivre les flics, et tout ce monde marchait d'un si bon pas que ça faisait une discrète manifestation. Belleville montait à l'assaut de Pigalle.

Mais, arrivé au métro Père-Lachaise, Belleville rencontra Pigalle qui venait à lui. Gervaise grimpait tranquillement les marches de la station. Elle portait C'Est Un Ange en kangourou et Monsieur Malaussène en chimpanzé. Clara la suivait avec deux sacs à provisions, Verdun à ses basques. Jérémy et le Petit fermaient la marche.

Ne jamais compter sur Gervaise pour emballer la dramaturgie. Elle a juste dit :

— Comme vous étiez en retard, on a décidé de venir nous-mêmes.

Il y eut un moment de flottement, puis la manif a fait demi-tour. J'ai failli présenter mes excuses à la police. Les badauds faisaient la gueule, comme si on les avait privés d'un épisode.

Gervaise désigna Jérémy et le Petit :

— Clara et moi avons rencontré ces deux intellectuels sur la route du retour.

Jérémy et le Petit ployaient sous le fardeau scolaire.

— Thérèse est là ? a demandé Jérémy, en laissant tomber son sac dans l'entrée de la quincaillerie. Elle est réveillée ? Elle est là ?

J'ai refermé la porte. J'ai regardé Julie. J'ai dit que Thérèse était ailleurs.

— Où ça ? a demandé le Petit.

J'ai dit qu'on ne savait pas.

— On la tient plus depuis qu'elle est mariée !

J'ai dit que c'était bien mon avis.

— Alors, la fille de la caravane, c'était qui ? a demandé Jérémy.

— Qui c'était ? a fait l'écho du Petit.

— Vous, occupez-vous de l'intendance, a répondu Gervaise en flanquant C'Est Un Ange à Clara et Monsieur Malaussène à Jérémy.

Elle désigna les hauteurs :

— Nous autres, nous avons à parler.

— Je peux venir ? a demandé le Petit.

— Tu peux surtout mettre la table, a répondu Julie.

— Un couvert de plus, a ajouté Gervaise, je m'invite.

— Trois de mieux, a fait Hadouch, on s'incruste aussi.

— Et on est pointilleux sur le service, a lâché Simon.

— Plutôt, a confirmé le Mossi.

J'ai suivi le mouvement. Nous sommes montés dans notre chambre. Gervaise avait une histoire à nous raconter.

*

Une histoire que l'inspecteur Silistri lui avait confiée au téléphone.

Tradition orale : une histoire qu'elle était chargée de nous transmettre.

Une histoire que nous connaissions bien, à quelques détails près :

La geste de Roberval
dernier comte du nom
Première partie : L'amour

Cela commence par une note exotique. Un Cantonais de Belleville, Zhao Bang, c'est son nom, vient se faire tirer le Yi-king par Thérèse Malaussène. Sa femme l'a quitté, dit-il, Zhao Bang en meurt de dépit, de chagrin, de honte, de fureur et d'impuissance. Perte de l'honneur, de l'appétit, du sommeil, de la dignité, jérémiades, bouteilles de ginseng, errance, ne sait plus qui il est, ne sait plus où il va, jusqu'à ce qu'un ami l'aiguille vers la caravane tchèque d'une Thérèse Malaussène qui dit l'avenir, boulevard de Ménilmontant, là-bas, entre le Père-Lachaise et les frères Letrou, tu vois ? Zhao, tu devrais y aller, je t'assure, elle est formidable ! « Wo qu ! » (J'y vais !) Thérèse Malaussène reçoit Zhao Bang, l'écoute, lance les baguettes, le rassure, Ziba va revenir (Ziba, c'est le nom de la femme volage), Ziba est peut-être déjà rentrée à la maison, mais oui, que Zhao Bang coure chez lui, que Zhao Bang aille y voir. Zhao Bang court, Zhao Bang va y voir, et Zhao Bang revient avec Ziba, car Thérèse Malaussène ne s'est pas trompée, elle est revenue, la femme adultère, Ziba est revenue !

Première conséquence, la famille Malaussène mange cantonais midi et soir jusqu'à ce que Verdun, Jérémy et le Petit entament une grève de la faim pour la réhabilitation du couscous et du gratin dauphinois.

— C'est vrai, je m'en souviens, je n'avais pas fait le rapprochement.

Deuxième conséquence, une quinzaine plus tard, un grand type venu d'ailleurs, glabre, digne et droit, costume trois pièces, cul rebondi sous l'impeccable pan de sa veste, attend, devant la caravane tchèque de Thérèse Malaussène. Son tour venu, il se présente, nom, titre, fonction, Marie-Colbert de Roberval, énième comte du nom, conseiller référendaire de première classe, et dépose devant Thérèse le thème astral d'un frangin dont l'avenir lui soucie. Dit-il. Et pour cause, puisque l'avenir en question, Charles-Henri, le frère, l'a suspendu à une poutre de leur demeure familiale, deux semaines plus tôt. Thérèse débusque le mensonge et prodigue la consolation. Que Marie-Colbert se calme, son enquête administrative n'y est pour rien, Charles-Henri est mort par la faute des astres et de l'amour, car l'amour tue, comme les jeux de hasard : cette certitude qu'on ne pourra jamais se refaire. Marie-Colbert en est consolé, un peu. Et embarrassé, beaucoup. Il tord ses doigts distingués. Il se dandine comme un jouvenceau. Il demande gauchement s'il pourrait, s'il serait convenable, enfin si Thérèse souhaiterait le revoir. En consultation ? Aussi souvent qu'il le voudra, la caravane est ouverte de l'aube au couchant. Non, pas en consultation, non, discrètement, au contraire, le plus discrètement possible. Pour quoi faire, alors ? « Le bien », répond Marie-Colbert de Roberval. Le bien ? Le bien. Non plus aux proportions d'un quartier de Paris mais à l'échelle du monde. Du monde ? De la planète, oui, qui a bien besoin de bien, pauvre planète.

*

Fin de la première partie.

Gervaise fait une pause.

— C'est comme ça que Roberval a recruté Thérèse.

— Recrutée ?

— Sans qu'elle s'en aperçoive, oui. Par l'intermédiaire du couple cantonais.

*
La geste de Roberval
dernier comte du nom
(Deuxième partie : La guerre)

La vie de Thérèse Malaussène change peu. Elle continue d'éclairer l'avenir dans sa caravane. Mais de nouveaux pèlerins se joignent aux anciens : mêmes races, mêmes langues, même variété, même clientèle en apparence… Seulement, aux nouveaux venus, Thérèse ne vend pas de l'avenir, elle vend de l'urgence, clandestinement, médicaments en tout genre, couvertures, tentes, vêtements, infirmeries, blocs opératoires, livres scolaires, crayons, stylos bille, gommes, ambulances, semailles, outils agraires, tout ce qui peut se vendre au nom de la vie en somme…

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