Chroniques du menteur
- Автор: Виан Борис
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253147374
- Жанр: Публицистика
Электронная книга - «Chroniques du menteur». Краткое содержание книги:
On apprendra dans ces chroniques comment le pape se proposait de canoniser Édith Piaf ; comment rallonger un film sans dépenser d’argent grâce à des séquences dans le noir ; comment l’homme politique Édouard Herriot détourna neuf mineurs et leurs enfants « pour les manger » ; comment se débarrasser des militaires, du maréchal au sergent…
Après deux chroniques refusées, Vian n’insista pas. On le jugerait aujourd’hui « politiquement incorrect ». En général, c’est une preuve de sens de l’humour.
La critique fondamentale que l’on peut donc adresser au scénario de Pierre Véry, résumé ci-dessus, est qu’il ne tient pas debout. À aucun moment, le spectateur n’est empoigné par l’histoire : il n’y participe que de loin en loin (quand Jany Holt se fait violer par exemple). D’autre part, ça manque de jolies filles (à part Jany Holt, mais c’est Georges Lacombe qui se l’envoie). Mais surtout, et nous touchons au point capital, on tente de ridiculiser les tenants de la métempsycose en montrant les mêmes personnes réincarnées dans les mêmes corps accomplissant les mêmes actes à cent ans d’intervalle. (Pourquoi cent ans ? à cause du système décimal, basé lui-même sur le nombre de doigts des deux mains, comme chacun sait. Vous auriez six doigts à chaque main, ce serait cent vingt ans, n’en doutez nullement.) Ceci à part, il est inadmissible qu’un homme d’âge à réfléchir puisse avoir le droit de présenter la métempsycose, phénomène aussi supportable que la savate, comme cette danse sur place des âmes dans des enveloppes identiques. À quoi sert de mourir si l’on doit recommencer la même vie ? À quoi servirait à Georges Lacombe de tourner plusieurs films s’il refaisait chaque fois le même ? C’est la marque d’un déterminisme facile que d’imaginer les mêmes esprits accomplissant les mêmes gestes dans les mêmes situations. Si c’était à refaire, recommenceriez-vous ? dit la chanson ; jamais on ne recommencerait, à moins d’être gâteux, ou, ce qui revient au même, d’ignorer le goût de l’expérience et de nier cette évidence, inintéressante par ailleurs, la liberté.
Pour en revenir au film, dans l’ensemble, le corps de ballet fait du bon travail.
II
ÉTOILE SANS LUMIÈRE
d’Édith Piaf
Malgré l’absence complète de metteurs en scène français de réel talent (Marcel Carné et Georges Lacombe sont, on le sait, Américains, André Cayatte est apatride et Hugo Hache-buisson n’est pas metteur en scène), on voit heureusement, de temps à autre, une production se signaler par ses qualités inopinées, émerger, tel un intersigne, de la masse de navets à la grosse dont la médiocrité lui sert de repoussoir. C’est le cas d’Étoile sans lumière, le nouveau film d’Édith Piaf, avec Marcel Blistène et Antoine.
Rappelons qu’Édith Piaf, autrefois la môme Piaf, vient de se faire anoblir par le Pape, moyennant l’enregistrement de Minuit, chrétiens avec Alix Combelle au ténor, et se nomme maintenant baronne Piaffe. C’est un caractère singulier de cette figure bien parisienne de dissimuler avec constance un réel talent sous des dehors de prétention. Outre qu’elle est simple comme l’aneth ou le fenouil, Édith — Didi comme l’avaient surnommée ses compagnes dans l’atelier de coutures rabattues où elle fit ses pénibles débuts — ne tient pas, en réalité, aux titres de noblesse ; mais son physique appelle, de toute évidence, la particule, et nous croyons savoir que l’on songe en haut lieu à la faire canoniser (dans quelque temps) sous les espèces de Marie-Édythe, duchesse de Piaffe. Elle interprète, dans cette histoire pleine d’entrain, une série de chansons nouvelles, intéressantes, et empreintes de la marque poétique moderne, jaune et bleue avec une initiale en relief. Nous citerons en particulier celle-ci :