Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Публицистика » Chroniques du menteur
Chroniques du menteur - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Chroniques du menteur

Электронная книга - «Chroniques du menteur». Краткое содержание книги:

Pour égayer Les Temps modernes, où parurent à cinq reprises ces « Chroniques du menteur », Vian proposait en particulier d’illustrer la très sérieuse revue avec des photos de pin-up. C’est sans doute pourquoi, malgré l’appui de Jean-Paul Sartre qui appréciait l’humour et l’irrévérence du jeune écrivain, sa collaboration fut de courte durée.
On apprendra dans ces chroniques comment le pape se proposait de canoniser Édith Piaf ; comment rallonger un film sans dépenser d’argent grâce à des séquences dans le noir ; comment l’homme politique Édouard Herriot détourna neuf mineurs et leurs enfants « pour les manger » ; comment se débarrasser des militaires, du maréchal au sergent…
Après deux chroniques refusées, Vian n’insista pas. On le jugerait aujourd’hui « politiquement incorrect ». En général, c’est une preuve de sens de l’humour.
1 ... 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Перейти на страницу:
« Signé : Jules P.T.T. »

Je regrette qu’à propos du Diable au corps on m’envoie des lettres de ce genre qui n’apportent aucune lumière particulière sur ce sujet crucial, et ne font, au contraire, qu’obscurcir un débat poignant.

J’arrête ici la publication de mon courrier et je résume : Il conviendrait, dans l’intérêt général, et pour la tranquillité d’esprit de l’officiel français qui, lors de la projection du Diable au corps à Bruxelles, quitta la salle pour ne pas gêner nos bons amis les Belges par l’odeur de ses pieds, de couper tous les passages où l’on voit Gérard Philipe et Micheline Presle. Il resterait un bon documentaire sur les bateaux mouche et la vie en banlieue, et on pourrait l’appeler autrement : par exemple, L’Eté de la Saint-Martin. On remplacerait les scènes de luxure par des vues de l’archevêque de Saint-Cucufa en train de bénir les aficionados et tout le monde serait content. En effet, quand on pense que l’on voit dans ce film deux jeunes gens s’aimer sans blablabla, sans vergogne et sans précautions eh bien ! on se dit que ça ne tourne pas rond et qu’il y a vraiment des tourneurs de films qui ont des complexes anormaux.

CHRONIQUE DU MENTEUR (refusée, 10 juin 1946)

IMPRESSIONS D’AMÉRIQUE

I

Pour ne pas aborder les États-Unis avec du préjugé, j’y suis arrivé en sous-marin ; ainsi je n’ai pas vu la statue de la Liberté ; mais cette andouille d’Astruc, qui tenait le gouvernail d’une seule main et tentait, de l’autre, d’aplatir ses cheveux hérissés par l’humidité, a fait une fausse manœuvre au dernier moment et les stars lance-torpilles du port de New York se sont mises à nous canarder, croyant que c’était Blum qui revenait demander de l’argent. Les torpilles se sont écrasées sur la coque avec un bruit mat, et Astruc, en essayant de les repousser du pied avec un air de grand seigneur, s’est flanqué à l’eau. Je suis donc entré tout seul à New York. C’est une ville ravissante. Le devant du port est peint en vert, avec de gros anneaux nickelés pour accrocher les sous-marins, et il n’y a pas la moindre poussière. Il était à peu près l’heure de déjeuner. On est venu m’apporter un plateau qui s’encastre juste autour du capot du sous-marin et en même temps j’ai vu un film en couleurs. Ils m’ont dit que ce système-là se pratiquait déjà pour les voitures, et ils pensent l’étendre aux avions et aux gens : on n’aura plus qu’à s’arrêter de marcher, entrer dans une pièce spéciale, s’asseoir à une table, et on vous apportera à manger contre de l’argent ; c’est vraiment une invention intéressante. Ces gens-là sont en progrès sur nous, on ne peut pas se figurer. Et puis ils savent tous l’anglais, ça leur donne une grosse supériorité sur ceux qui ne le savent pas, et, en un sens, on a l’impression qu’ils sont à leur place aux États-Unis où tout le monde parle anglais. Après mon repas, je suis parti flâner dans les rues de New York. La première personne que j’ai rencontrée, c’était Hemingway. Comme je ne l’avais jamais vu, je ne l’ai pas reconnu ; lui non plus, aussi nous nous sommes croisés sans rien dire ; quelle ville passionnante. Il y a trop de circulation ; aussi, de place en place, le maire a fait creuser de grandes fosses vers lesquelles les agents dirigent les automobiles démodées qui choqueraient la vue des étrangers. Je suis allé voir l’Empire State de près, mais on venait de le démolir et il ne restait que la cage de l’ascenseur. Celui-ci marchait encore et je suis monté jusqu’au dernier étage, mais comme, à bien réfléchir, il n’y avait pas de raison que cela tienne longtemps (ce n’était accroché à rien), je suis redescendu avant que le garçon s’aperçoive de cette particularité. Ces Américains, des gens étonnants. Je n’ai pas vu une seule jeep à New York. On rencontre pas mal de voitures à ânes poussées par des Nègres. Les ânes se prélassent sur des coussins en mangeant des ice cream au chocolat, clairs ou foncés, suivant la couleur de leur peau. La Guardia interdisait autrefois le port des chemises à carreaux à l’intérieur de New York mais depuis qu’on l’a nommé directeur du zoo et que Mickey Rooney est devenu maire, les mœurs se sont relâchées et j’ai compté en deux heures jusqu’à cinq chemises à carreaux. Au coin de la 52e rue, vers Times Square, j’ai rencontré Astruc. Il venait enfin de réussir à sortir de l’eau. Il m’a offert une sardine, il en avait plein ses poches, elle était plutôt mal en point, son cœur battait comme un soufflet cornu, et elle est morte dans ma main, j’ai pleuré un peu et je suis entré avec Astruc dans un drugstore pour qu’on se remette. On a commandé des triples zombies. Le barman nous a apporté des cuvettes en même temps, parce qu’il voyait que nous étions étrangers. Astruc a bu le premier, mais j’avais rempli ma cuvette avant lui. Juste comme nous allions sortir, nous nous sommes aperçus que dans un drugstore, on n’a pas le droit de servir de l’alcool, et Astruc, qui a le réflexe rapide, m’a dit : ce n’était pas un drugstore. Il doit avoir raison ; aussi j’ai cherché un autre drugstore, et j’en ai trouvé un. Nous sommes entrés. J’ai mis un nickel dans un juke-box qui était là, et nous avons écouté le dernier succès américain, Symphonie, chanté par Johnny Desmond. Cela nous a déçus parce que c’est un air français et qu’il le chante en français avec du violon et sa voix de veau mort-né, et Astruc pleurait parce que ça lui rappelait le jour où il était avec sa cousine dans le petit salon, et la mère de sa cousine (je ne sais pas si c’est sa tante, avec lui ce n’est jamais si simple que ça) est entrée, et il n’aime pas qu’on le voie sans pantalon parce que le poil de ses jambes est usé sur les mollets. Je lui ai dit que ses histoires ne m’intéressaient pas, mais on ne peut pas arriver à le vexer. Après, nous avons bu des milk shake, il y avait une serveuse très gentille, mais dans l’ensemble, les Américaines sont tartes, elles ont le derrière qui ressort et pas du tout autant de poitrine que les Vargas girls. Après le milk shake, nous nous sommes payé des amandes salées dans des sacs en cellophane, avant de partir à la recherche d’André Breton et de Charles Boyer, pour bavarder un brin avec des compatriotes. C’était une idée d’Astruc. Je lui ai dit que s’il faisait tout le voyage en sous-marin pour parler français avec des inconnus, ce n’était pas la peine de venir en Amérique. Il m’a répondu qu’on avait déjà parlé de ces deux types en France. Je veux bien, mais moi, je ne lis pas Le Petit Écho de la mode, et je ne pouvais pas le deviner. Je lui ai demandé s’il savait où les trouver et il m’a dit : ils sont sûrement dans un bar, il n’y a qu’à les faire tous. Nous avons pensé à prendre chacun un secteur, mais réflexion faite, si j’avais laissé Astruc tout seul, il aurait fini par vendre le sous-marin, et nous sommes restés ensemble. Il était presque cinq heures ; j’ai dit « Allons d’abord au Café Society Downtown ». Astruc m’a regardé avec des yeux ronds et quand il a compris qu’il pourrait danser le swing, il était fou ; il est parti en avant et je l’ai trouvé en pleine action ; au piano il y avait Pete Johnson.

II

J’ai fini par rencontrer André Breton en plein Harlem, dans une petite boîte assez crasseuse, ça s’appelait Tom’s ; pas de doute, c’était lui. Mais quel camouflage !… Il s’est passé au noir ; on dirait absolument un vrai Nègre, il a même des grosses lèvres de Nègre et des cheveux crépus, et il parle comme un Nègre. Il se fait appeler Andy, les autres n’ont pas l’air d’avoir beaucoup de respect pour lui. Je lui ai demandé s’il comptait venir en France et il m’a répondu : « … man. Ah’ll stay wid’ ma black gal and ma black kids. I’am’t no use, man, goin’ all’ round de world an’ catchin’ sea sick, crabs an’ claps an’lookin’ always for fuck. Lawd don’t likes that man, sure Lawd don’t likes that. » C’est une perte pour le surréalisme…, a murmuré Astruc. Je n’aurais pas cru qu’il connaisse des mots comme ça, mais il l’a dit, et comme il n’y avait rien à faire d’autre, nous sommes repartis. Astruc pleurait un peu, il s’est fait racoler par une jolie fille, assez foncée, mais bien ferme (il y en a beaucoup dans le quartier nègre). En voyant ça, il a pris peur et s’est sauvé en courant, mais il était juste devant un mur et elle m’a aidé à le porter jusqu’au sous-marin, je pense que sa bosse sera partie demain matin. Je l’ai laissé dormir, la fille est restée avec lui ; on ne pouvait pas tenir à trois dans l’entrepont, aussi je suis reparti en ville, je voulais aller au cinéma. Je suis entré dans un machin de la 55e rue qui s’appelait le Street Playhouse on jouait un film appelé « It happened at the inn ». L’histoire est assez drôle pour que je la raconte : ce sont des paysans qui s’appellent tous Goupi quelque chose. C’est une idée épatante. Il y a un trésor qu’on finit par trouver dans l’horloge, on dirait absolument une horloge de chez nous, et l’acteur principal ressemble à Ledoux, mais il joue mieux. Il n’y a pas d’acteurs comparables aux Américains pour ces rôles de composition ; je dirai à Astruc d’aller voir ce film demain quand sa tête ira mieux, il s’intéresse beaucoup au cinéma en général. (Je veux dire, quand il n’y a rien d’autre à boire.) Ce qui m’a frappé dans ce film, c’est que j’ai tout compris sans difficulté, sauf les sous-titres, qui me paraissent inutiles.

1 ... 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)