Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Votre rêve s’est envolé… Avec tous ces dollars…
— Oui. Un rêve qui n’est fait que de dollars est un mauvais rêve… Mon rêve d’enfant, c’était d’entrer dans un tableau, mon rêve d’adulte est d’en sortir…
Il lui parla de sa première émotion devant une toile du Caravage, à Rome.
Becca l’écoutait et ramassait les morceaux de son rêve brisé.
Elle emmena Philippe voir l’église et le petit bâtiment accolé à l’église sur Murray Grove. Un ensemble en briques rouges, entouré d’un jardin et de deux gros platanes. Les salles étaient vastes, les plafonds en ogive, le sol en larges pierres blanches.
Dans le grand espace vide, elle imaginait la cuisine, les chambres, les douches, la salle à manger, la salle de télévision, des étagères pour des livres, l’emplacement du piano, des rideaux… Elle ouvrait des portes et meublait chaque pièce de ses projets.
Le pasteur Green les rejoignit. C’était un homme robuste au regard vif et au nez pointu. Avec des cheveux blancs et le teint rouge brique. Il ressemblait à son église. Il remercia Philippe d’être si généreux. Philippe lui dit qu’il ne voulait plus jamais entendre ce mot-là.
Il repéra une pièce plus petite au premier étage et décida qu’il en ferait son bureau. Une phrase était écrite à la main sur le mur en lettres majuscules : « Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible. »
Il décida de laisser la phrase sur le mur de son bureau.
En rentrant, Becca lui prit le bras et déclara qu’elle était heureuse.
— J’ai trouvé ma place… J’ai l’impression de l’avoir cherchée toute ma vie. C’est étrange. C’est comme si je n’avais vécu toutes ces années que pour arriver dans cette petite église… Qu’est-ce que cela signifie d’après vous ?
— C’est très intime comme réflexion…, lui fit remarquer Philippe en lui étreignant le bras. Vous seule, savez ce qu’il se passe en vous… On dit souvent que c’est le chemin à faire qui est exaltant…
— Je déborde de bonheur et j’ai besoin de le dire…
Il la regarda. Une lumière intense embrasait son visage.
— Et vous ? demanda-t-elle. Vous êtes heureux ?
— C’est drôle, remarqua-t-il, je ne me pose même pas la question…
Hortense fit exprès d’arriver vingt bonnes minutes après l’heure à laquelle elle avait donné rendez-vous à Chaval.
— Seize heures chez Mariage, à côté de la salle Pleyel…, lui avait-elle dit au téléphone. Tu me reconnaîtras, je serai la plus belle fille du monde !
Il sera arrivé un quart d’heure en avance, aura lissé dix fois le revers de sa veste et sa moustache, observé son reflet dans une petite cuillère comme une femme coquette… Une demi-heure d’attente l’aura rendu nerveux et je l’enroulerai autour de mon petit doigt comme un ressort cassé.
Chaval ne s’enroula pas : il fit des boucles, des nœuds, des arabesques, ses yeux tournaient en hélice, son sourire en colimaçon, un sourire tordu de désir douloureux. L’infortune de l’homme déteint toujours sur son apparence physique et Chaval ne tenait plus droit. Il était redevenu un être mou, rampant, aux traits affaissés.
La vue d’Hortense lui fouetta le sang. Tout son corps s’agita d’un tremblement nerveux qu’il ne maîtrisait pas.
Elle était encore plus belle que dans son souvenir. Il se souleva sur sa chaise. Ses jambes tremblaient et se dérobaient. Il la détaillait et recevait des éclats d’obus en pleine face. Le souffle court. Les yeux exorbités. Et il pensait j’ai eu cette fille autrefois, je l’ai tenue sous mes reins, au bout de ma queue, je l’ai broyée, malaxée, j’ai léché ses seins, la chair tendre de son ventre. Il fut comme décapité. Emporté par un boulet. Il n’était plus capable de raisonner. Il eut une envie furieuse de la plaquer contre lui et se retint à la nappe blanche qui couvrait la table.
— Je suis contente de te voir, dit-elle en se laissant tomber sur le fauteuil en rotin blond.
— Et moi alors…, eut-il la force d’articuler.
Sa bouche était sèche, pâteuse. Il mâchait du plâtre.
— J’ai cru que je rêvais quand tu m’as appelé…
— Tu as bien fait de ne pas changer de numéro de téléphone !
— Et quand je t’ai vue entrer… Je… Je…
Il bafouillait. Hortense le trouva lamentable et se dit que l’affaire allait être vite expédiée. L’homme ne se contrôlait plus. Elle fut presque déçue, elle n’aurait rien de palpitant à raconter à Junior. Déçue et soulagée. Elle n’était pas convaincue que le stratagème de Junior soit le bon. Elle ne se sentait pas à l’aise avec l’idée de se comporter en flic, de prêcher le faux pour savoir le vrai. Elle préférait faire confiance à son instinct qui lui murmurait que Chaval se laisserait attraper au lasso par une promesse de volupté. Elle connaissait l’homme pour l’avoir pratiqué.
Elle déclara en étirant ses longs bras nus et en pointant ses petits seins vers lui :
— Je voulais savoir ce que tu devenais… Je pensais à toi et je me disais que fait-il ? Cela fait longtemps…
Il s’étranglait de joie. Elle pensait à lui ! Elle ne l’avait pas complètement oublié ! Il se demandait s’il ne rêvait pas et répétait les mêmes mots stupides, les mots de l’amoureux qui ânonne son bonheur.
— Tu pensais à moi ! Tu pensais à moi ! Mon Dieu ! Tu pensais à moi…
— Qu’est-ce que ça a de si étonnant ? Tu as été mon premier amant. On n’oublie jamais son premier amour…
— J’ai été ton premier amour, ton premier amour… et tu ne me le disais pas ! Ton premier amour…
— A-t-on besoin de le dire ? minaudait Hortense en jouant avec ses cheveux.
— Et je ne le savais pas ! Mon Dieu ! Que j’étais bête !
— Tu ne connais donc rien au langage des femmes amoureuses ?
Il la fixait, désemparé. Ses mains tremblaient.
— Tu es comme tous les hommes, tu t’arrêtes à ce que tu entends, à ce que tu vois, tu ne vas pas creuser derrière ! Il nous arrive de cacher le vrai sous le faux, le diamant sous la boue…
Elle prit l’air offensé d’avoir été mal comprise. Tourna la tête vers le fond de la salle, elle savait que c’était son meilleur profil.
— Je te demande pardon, Hortense, je te demande pardon…
Mon Dieu ! Qu’il est fatigant à radoter de la sorte ! Je vais bâcler l’affaire, sinon il va expirer entre mes bras !
Elle sourit en secouant à nouveau ses lourds cheveux.
— Je te pardonne… C’est de l’histoire ancienne…
Chaval tressaillit et lui jeta un regard de chien battu. Oh ! non ! l’histoire n’était pas finie, il voulait la reprendre dans ses bras, la serrer contre lui, se faire pardonner d’avoir été aveugle, sourd, benêt. Il était prêt à tout pour revenir dans ses bonnes grâces. Il étendit son bras, attrapa sa main. Elle la lui laissa avec la magnanimité de la femme qui pardonne. Il s’en saisit et lui promit que jamais plus, il ne se laisserait aller à douter d’elle.
— J’ai perdu la tête pour toi, Hortense…
Elle lui caressa la main et dit ce n’est pas grave, ne t’en fais pas.
— Ça me fait drôle, tu sais, reprit Chaval en la mouillant des yeux.
Quelle horreur ! Il ne va pas pleurer, en plus ! se dit Hortense. Cet homme est vraiment répugnant.