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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— J’avais pris l’habitude de penser à toi à l’imparfait… Je pensais ne plus jamais te voir…

— Et pourquoi ?

— Tu as disparu si précipitamment…

— Je fais tout précipitamment, reconnut-elle, c’est de mon âge…

Et vlan ! se dit-elle, je lui rappelle qu’il est plus vieux que moi, qu’il patauge dans la quarantaine. Je le remets bancal à mes genoux.

— Et puis je travaille beaucoup… J’ai décroché un contrat chez Banana Republic à New York, je pars dans une semaine.

— Tu pars à New York ?

— En fait, mon coup de fil était intéressé…

— Si je peux te rendre service…

— Je voulais savoir si tu connaissais cette boîte… Quel est leur point fort ? Leur clientèle ? Des jeunes ou des femmes plus mûres ? Est-ce que je dessine du débraillé ou des tenues de soirée ? Si tu pouvais m’aider…

Flatter l’interlocuteur pour que ses défenses tombent et que son torse se bombe… Hortense savait la recette infaillible. Surtout avec un homme comme Chaval. Il respira le compliment comme la fumée d’une cigarette interdite et enfla d’importance.

— Je ne connais pas très bien cette enseigne, mais je peux me renseigner…

— Tu ferais ça pour moi ?

— Je ferais tout pour toi, Hortense…

— Merci, je prends note… Tu es un amour…

Elle dit cela avec une pointe de tendresse et Chaval se sentit adouber en preux chevalier. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Combien de temps suis-je resté sans penser ? Sans échafauder de brillants projets. La faim m’avait déserté. Il a suffi qu’Hortense entre dans ce salon de thé, jette son sac sur la table et me sourie pour que j’aie la tête et le gosier en feu. J’avais oublié ce qu’était une vraie femme, une femme dangereuse, une femme dédaigneuse qui vous fixe des défis et ouvre un précipice sous vos pieds. Il avait envie de sauter dans le précipice. Il oublia tous ses principes de prudence et n’eut plus qu’un désir : faire part à Hortense de ses projets et de la belle fortune qui l’attendait.

— Et toi ? enchaîna Hortense. Tu fais quoi en ce moment ?

— Je suis sur un gros coup, dit-il en se rengorgeant.

— Ah…, dit Hortense, feignant de ne pas vouloir savoir.

Chaval, piqué, se dit qu’elle ne le croyait pas. Et, comme tous ceux qui pensent que la fortune promise est déjà dans la poche, il fonça, avala tous les obstacles que la prudence lui aurait opposés s’il avait réfléchi et attaqua, sabre au clair.

— Tu ne me crois pas ?

— Oh si…, dit Hortense de l’air de celle qui justement n’en croyait pas un mot.

— Et je vais devenir très riche ! La preuve ? J’ai commandé, pas plus tard qu’hier soir, un cabriolet Mercedes, le tout dernier modèle…

— Si riche que ça ! lâcha Hortense d’un ton froid en consultant la carte des desserts.

Elle fit semblant d’hésiter entre une crème renversée à la framboise et la spécialité de la maison, le miroir aux fruits. Lui demanda son avis.

— Je vois bien que tu ne me prends pas au sérieux…

— Tu as choisi un gâteau ? Tu n’en prends pas, peut-être… J’hésite toujours. C’est si bon, ici.

— Tu penses que je suis fini… cela me chagrine, Hortense !

— Mais non… écoute, je vais être honnête. J’ai cru comprendre, en parlant avec Marcel, que la conjoncture est dure en ce moment. C’est lui-même qui le dit. Et vous êtes dans la même branche, non ?

— C’est là où tu te trompes, ma belle… Moi, je fais dans la finance maintenant. La haute finance ! Je spécule, je spécule…

— Avec ton argent ?

— Avec de l’argent, on va dire…

— Et tu vas devenir riche ?

— Très riche…

— Je ne te cacherai pas que cela m’intéresse, j’aimerais bien lancer ma marque et je vais avoir besoin de fonds… Besoin d’un financier aux reins solides qui me soutienne…

— Tu l’as devant toi ! Je suis ton homme !

— Écoute, Bruno…

Il entendit son prénom dans la bouche d’Hortense et se ramollit à nouveau. Quand ils étaient ensemble, elle ne l’appelait que Chaval. Il n’était pas question de tendresse entre eux. Que du rut et du fric ! C’est clair ? lui avait-elle lancé un jour où il s’était aventuré à lui dire qu’il était fou d’elle…

— Écoute Bruno, reprit-elle en modulant les deux syllabes, en les roulant en bouche, en mouillant ses lèvres. Je suis sérieuse quand je parle, moi, je ne dis pas n’importe quoi…

— Et moi alors !

— J’aimerais bien te croire… Mais j’en ai marre des gens qui se vantent et qui, lorsque tu leur demandes quelques subsides, se débinent… Les paroles sont faciles, mais c’est aux actes qu’on juge l’homme !

Il lui était venu une idée pour tirer les vers du nez de Chaval.

— Tu penses à quelqu’un de précis ? demanda-t-il.

— Oui. Quelqu’un que tu connais… Je lui en veux ! Je suis furieuse !

— Dis-moi qui c’est et je le tue, dit-il, moitié sérieux, moitié plaisantant.

— Je vais te dire une chose… Si je trouvais un moyen pour lui piquer son blé, je le ferais et sans complexe. Il ne s’en apercevrait même pas, en plus ! Il est plein aux as ! J’en ai marre de ne pas avoir d’argent, Bruno… J’ai tellement d’idées en tête, tellement de projets… Mais je ne peux pas ! Et personne ne veut m’aider… Cette année, j’ai fini première de ma classe et j’ai dessiné plusieurs modèles qui vont être proposés à des grandes marques. Et ça ne me rapportera rien ! Que dalle ! Et quand je demande à un type qui croule sous l’argent de m’en prêter un peu… Tu entends, « m’en prêter », je le rembourserai au centime près… eh bien ! il refuse ! Il dit que je suis trop jeune, que je sors à peine de mes langes ! Je le déteste, je te dis, je le déteste !

— Calme-toi, dit Chaval, qui se sentait soudain l’homme de la situation.

— Mais ça me sert à quoi d’avoir des idées à la pelle, hein ? Ça me sert à quoi ? Si je n’ai pas le moindre sou pour les réaliser…

Elle frappa la table d’un geste rageur.

— Je vais t’aider, moi, tu vas voir… je vais t’aider…

Elle soupira, excédée. Le garçon s’approcha pour prendre leur commande. Elle choisit d’un air las, une tarte aux fruits et un thé fumé. Il nota leur commande et s’éloigna.

— Je veux pas finir larbin comme lui, marmonna Hortense assez fort pour que Chaval l’entende.

— Attends un peu, dit Chaval… Attends un peu…

Il était si troublé qu’il n’imagina pas une seconde qu’Hortense veuille le tromper. Il se disait, avec toute sa suffisance d’ancien bellâtre, qu’elle lui revenait, qu’elle avait besoin de lui, qu’elle avait envie à nouveau de goûter à leurs étreintes, il se parfumait à cette idée, la respirait, s’en saoulait. Tout s’embrouillait dans sa tête. Il avait besoin d’y voir clair et il reprit point par point :

— À qui as-tu demandé de l’argent ?

— À quoi bon ? Tu n’y changeras rien… Je lui en veux, si tu savais, je lui en veux !

— Je le connais, tu as dit.

— Tu ne connais que lui…

— Ce ne serait pas Marcel Grobz, par hasard ? susurra Chaval, avec une mine de conspirateur éclairé.

— Comment tu as deviné ? s’exclama Hortense. Alors là, tu m’épates, Bruno, tu m’épates ! Et dire qu’il m’avait affirmé que tu étais totalement fini, essoré, bon à être jeté à la poubelle ! Qu’il ne voulait même pas de toi comme paillasson !

— Il a dit ça ?

— Ce sont ses propres mots !

— Il me le paiera !

— Mais je ne l’ai pas cru, ajouta Hortense, enjôleuse comme une chatte qui lape le lait qu’elle vient de renverser d’un coup de griffe. La preuve ? Je suis venue te voir pour te demander des renseignements sur Banana Republic…

— Ah ! Il va regretter d’avoir dit ça, le Vieux !

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