Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Критика » Premier bilan après l'apocalypse
Premier bilan après l'apocalypse - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Premier bilan après l'apocalypse

Электронная книга - «Premier bilan après l'apocalypse». Краткое содержание книги:

Premier bilan après l'apocalypse - L'apocalypse, serait-ce donc l'édition numérique, ou comme dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, la température à laquelle le papier se consume ? Frédéric Beigbeder sauve ici du brasier les 100 œuvres qu'il souhaite conserver au XXIe siècle, sous la forme d'un hit-parade intime. C'est un classement totalement personnel, égotiste, joyeux, inattendu, parfois classique (André Gide, Fitzgerald, Paul Jean Toulet, Salinger et d'autres grands), souvent surprenant (Patrick Besson, Bret Easton Ellis, Régis Jauffret, Simon Liberati, Gabriel Matzneff, et d'autres perturbateurs). Avec ce manifeste, c'est le Beigbeder livresque que nous découvrons, en même temps qu'une autobiographie en fragments, un autoportrait en lecteur.Son goût est sûr, il aime cette littérature de têtes brûlées, de fous, furieux, désespérés, romantiques, d’enfants éternels, des joueurs, des alcooliques, des dopés célestes.Vincent Jaury, Transfuge.
1 ... 15 16 17 18 19 20 21 22 23 ... 75
Перейти на страницу:

Dans un style toujours aussi précis, d’une vacuité « béhavioriste » (et là encore, il a raison de s’y tenir puisque personne n’a vu qu’il l’avait plagié sur Hemingway), il nous montre que la vie occidentale est devenue un numéro de Vogue — un perpétuel défilé de mode pour fuir la mort. Victor, Chloé, Beau, Damien, Alison, Kenny Kenny, tous ses vagabonds creux errent de club en club, de ville en ville, et « pensent à la pose qu’ils devraient prendre », jusqu’au jour où leur sang coule.

Il faut beaucoup de talent pour nous passionner avec 500 pages de vide et d’attentats, de listes de « people », de caméras de reality-show et de confettis sur le sol. Si nous acceptons de le supporter, c’est sans doute parce qu’il nous ravage de l’intérieur avec ses sarcasmes sans pitié, et parce qu’on adore se mirer dans son labyrinthe de glace, en espérant qu’on restera photogénique. Ellis se moque du matérialisme en se vautrant dedans, le plus ignoblement possible. Il tourne en rond mais son intuition était la bonne : voici comment il concluait sa quatrième partie (description d’un crash aérien) en 1998. « Téléphones et ordinateurs portables et lunettes de soleil Ray-Ban et casquettes de base-ball et rollers attachés en paires et caméras vidéo et guitares mutilées et des centaines de CD et de magazines de mode (…) et des garde-robes entières de Calvin Klein et Armani et Ralph Lauren sont suspendues à des arbres en feu et il y a un ours en peluche trempé de sang et une bible et des jeux Nintendo ainsi que des rouleaux de papier hygiénique et des sacs à dos et des bagues de fiançailles et des stylos et des ceintures enlevées aux tailles qu’elles serraient et des porte-monnaie Prada encore fermés et des boîtes de caleçons Calvin Klein et tant de vêtements Gap contaminés par le sang et d’autres fluides et tout pue le kérosène. » C’est exactement tout ce qu’on a trouvé dans les décombres de Ground Zéro, trois ans plus tard.

Bret Easton Ellis, une vie

Né en 1964, Bret Easton Ellis est la réincarnation de Hemingway mais il ne le sait pas. Alors il se prend pour le marquis de Sade en béhaviorama : un sale gosse pourri gâté qui casse ses jouets. En fait, c’est un écrivain faussement amoral, et un vrai satiriste : depuis Moins que zéro (1985) et ses étudiants blasés, drogués et snobs de Los Angeles, jusqu’à cette nouvelle fresque en Glamorama de la mode et de la célébrité, en passant par le sérial killer en costume Armani d’American psycho (1991), Ellis décrit les turpitudes les plus extrêmes de notre société avec une froide délectation. C’est pourquoi il fait scandale, alors qu’au fond de lui se cache seulement un curé qui appelle au secours.

Numéro 76 : « La Face cachée de la lune » de Martin Suter (2000)

Drôle d’idée de se prénommer Urs. Si je m’appelais ainsi, moi aussi je péterais les plombs, tomberais amoureux d’une hippie, mangerais des champignons hallucinogènes et tuerais tous ceux qui me résisteraient avant de disparaître dans la forêt. Je pourrais même devenir le héros d’un roman portant le titre du meilleur album de Pink Floyd : Dark side of the moon.

À la fois polar, satire, conte moral, odyssée, La Face cachée de la lune de Martin Suter fait preuve d’une redoutable efficacité. Très rares sont les romans qui parviennent avec autant de brio à captiver l’attention du lecteur tout en scrutant notre monde sans pitié. Martin Suter est à la fois intelligent comme Patrick Süskind, calibré comme Jean-Christophe Grangé, documenté comme John Grisham et psychédélique comme Carlos Castaneda. Il accomplit l’exploit de mêler l’art et le commerce, la littérature et l’argent du beurre : en douce à la façon d’un Jean Echenoz, il glisse dans son thriller, tel un cadeau Bonux, une critique du mode de vie occidental, un cri dans la nuit, une déclaration de guerre… et beaucoup d’humour glacé et sophistiqué.

Donc Urs est avocat d’affaires, il a 45 ans et en a marre de sa vie de con. « Il allait peut-être devoir modifier deux ou trois choses dans son existence. » Il plaque Evelyne pour Lucille, une baba cool qui lui fait goûter aux « magie mushrooms ». C’est alors qu’il devient fou.

Mais ne l’était-il pas déjà, quand il grommelait contre les « crétins de Panurge » et les « docteurs Ducon », buvait trop d’armagnac avant de conduire sa grosse Jaguar, priait ses clients d’« aller se faire foutre », pestait contre ces femmes qui « ont toutes 35 ans, pas un jour de moins, pas un jour de plus » ? L’expérience hallucinogène ne lui servira que de révélateur, en lui permettant de se « lâcher », comme disent les animatrices de « Fort Boyard ». Urs le businessman finira homme des bois ; sa « midlife crisis » le métamorphose en une sorte d’hybride étrange entre Hamlet (« La folie des grands demande à être surveillée », dixit Shakespeare), son compatriote Paul Nizon, Timothy Leary et Theodore Kaczynski, dit « Unabomber », car le retour à la nature cache toujours un appétit de violence. Il est finalement inquiétant de préférer les arbres aux gens (c’était, par exemple, le cas d’Adolf Hitler).

La morale de l’histoire ? Comme toujours, c’est la faute à la société. Les méchants sont des gentils qui ont mal tourné. Comme Conrad Lang, le héros de Small world, Urs Blank découvre sa face cachée : la psilocybine est son Alzheimer. Nous sommes tous comme dans Star Wars, menacés par le côté obscur de la Force. Un jour, tout le monde se prénommera Urs, tout le monde aura des visions, tout le monde réalisera ses rêves, tout le monde tirera dans le tas.

Martin Suter, une vie

Martin Suter est le plus grand écrivain suisse allemand après Paul Nizon, Fritz Zorn, Friedrich Dürrenmatt et Max Frisch. La Suisse alémanique est un pays tellement ennuyeux qu’il forge de grands écrivains et de grands drogués. Il est chroniqueur hebdomadaire au Weltwoche et au Neue Zürcher Zeitung. Et c’est un ancien publicitaire, comme Salman Rushdie, J. G. Ballard, Don DeLillo, Théophraste Renaudot, Scott Fitzgerald, David Goodis, William Burroughs, Yves Navarre, Raymond Carver, Elmore Léonard, Jean Anouilh, Robert Desnos et Boris Vian. L’avantage avec la publicité c’est que c’est un métier qui vous donne le goût des mots et, après quelques années, les moyens d’arrêter ce métier. Un jour, Suter a choisi de tout bazarder pour écrire à Ibiza. Un choix judicieux qui a donné la vie à deux romans réussis : Small world (prix du Premier Roman étranger en 1998, disponible en poche dans la collection Points Seuil), et La Face cachée de la lune, dont il est vaguement question plus haut sur cette page. Ensuite il en a publié un tous les deux ans mais je ne les ai pas lus. C’est ballot.

1 ... 15 16 17 18 19 20 21 22 23 ... 75
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)