Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal ? croire qu'il puisse ?tre r?ellement utilis?, Virginie Despentes raconte des histoires de d?rive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'?motion suscit?e par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la r?alit? racont?e de tout filtre ?dulcorant: l'outrance permet de mieux appr?hender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilis? ne correspond pas au n?tre, et cela permet ? l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les r?gles ne sont pas les r?gles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force ? penser et ? ressentir d'une certaine mani?re. Ainsi, on construit sa repr?sentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalit? la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-m?me. A partir de l?, l'outrance m?me de l'histoire dispara?t, et l'on a des romans aux histoires simples et ?mouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle appara?t elle-aussi effac?e par le langage, m?me si elle reste parfois d?stabilisante pour un lecteur masculin (l'?vocation de la libido f?minine sous un jour habituellement utilis? pour la libido masculine surprend). Dans ces romans o? tout les ?l?ments constitutifs poss?dent la m?me outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement d?labr?es et soci?t? d?cr?pite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalit? de tel ou tel ?l?ment. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Fr?d?ric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forc?ment des sentiments crus.
1 ... 14 15 16 17 18 19 20 21 22 ... 38
Перейти на страницу:

– J'ai rien à discuter avec toi. J'ai jamais travaillé avec des branleuses.

Elle a souri encore une fois, plus pincée:

– Tu crois vraiment que tu as encore les moyens de le prendre sur ce ton?

– Je t'ai fait savoir que je ne voulais même pas te voir. Je pense qu'on t'a demandé de sortir… Et je crois que tu ferais mieux d'obtempérer, avec tes gnomes…

Mme Cheung a changé de ton d'un seul coup, de courtoise elle est passée à hystérique, sans qu'on comprenne bien ce qui l'avait mise dans une telle rage. Un caractère cyclothymique.

– Écoute-moi bien, sale truie visqueuse. Ton quartier, tout compris, bâtiments et gens, je le rachète dans le mois. J'étais venue te voir pour qu'on s'arrange entre gens raisonnables. Mais tu préfères tout gâcher plutôt que de voir les choses continuer sans toi, et je ne te croyais pas si stupide.

Saïd lui a sauté à la gorge, littéralement. La Reine-Mère l'a retenu à temps. Une bonne poigne. Un drôle d'échange de regards entre elle et lui, à jurer que s'ils avaient été seuls ils se seraient métamorphosés en grosses bêtes à poil et à dents longues.

Mme Cheung est sortie, furieuse et méprisante, suivie de ses bonshommes.

Mathieu a remarqué, bon esprit:

– Que de bordel pour si peu de chose. Pour ce qu'ils avaient à dire, ils auraient pu envoyer une carte postale.

L'esprit de solidarité, on a vaguement ricané. Mais personne n'a trouvé autre chose à dire.

En fait, on attendait tous une déclaration de la Reine-Mère: qu'elle nous explique ce qui s'était passé, ce qui allait se passer, quel temps il faisait dehors, toutes ces choses…

Mais elle n'a rien dit. Elle a juste demandé:

– Ça va, y a pas eu de casse?

Et comme on faisait tous signe que non, il n'y avait rien eu de bien grave. Elle avait l'air de trouver tout ça très fastidieux. Elle a dit:

– Bonne chance pour la suite des opérations.

Avant de sortir.

Saïd a fait mine de la suivre, elle s'est retournée, a pointé son doigt sur lui:

– Toi, je ne veux plus te voir.

Elle semblait exténuée, et avoir la tête ailleurs. Il est resté sur place.

SAMEDI 9 DÉCEMBRE.

14 H 00

– Retourne-toi, sale putain, fais-moi voir ton derrière… Penche-toi bien, petite salope, montre-moi ton bazar. Tu mouilles, je vois ça d'ici.

Papy glapissait, faisait des petits bonds sur son tabouret. Il a émis un râle bizarre, j'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule. Quelques gouttes blanches perlaient au bout de son appendice rougeaud.

Couchée trop tard la veille, on avait fait la fermeture du Checking, tous survoltés parce que les branleurs n'avaient pas fait long feu à L'Arcade, à raconter partout comment la Reine-Mère les avait mis fissa en déroute.

Je me sentais brassée de l'estomac et fragile de la tête.

Le vieux monsieur s'est reboutonné, est redevenu courtois et m'a félicitée:

– Vous avez été délicieuse.

Je suis retournée au cagibi.

Cathy, assise, se limait les ongles. Elle portait des chaussures plates à boucle, une jupe plissée bleue sur une petite culotte blanche de pisseuse, un corsage sage mais transparent. Et les yeux cernés.

Roberta n'était pas venue travailler, le docteur avait expliqué qu'elle le supporterait mal. La Reine-Mère avait envoyé une fille pour la remplacer, Gino avait tiré une drôle de gueule quand il s'était rendu compte qu'elle avait les mamelles et les lèvres du ventre tellement percées que ça faisait un petit cliquetis quand elle dansait. Elle avait la peau très blanche et le bas du dos tatoué façon celtique. C'était une fille très moderne.

Je me suis assise, massé la nuque. Cathy et moi avons repris la même conversation que nous avions engagée depuis le matin, incessamment interrompues par le haut-parleur qui nous réclamait en piste. Je disais:

– Si c'était un client d'ici, il y aurait eu du foutre partout. Et il n'y en avait pas une seule putain de goutte. Je pense pas qu'on ait à s'en faire, sérieux, tu devrais te détendre.

Elle a secoué la tête d'un air inquiet:

– Mais tu te rends compte que c'est probablement quelqu'un qu'on connaît qui a fait ça?

– T'en sais rien, elles avaient une histoire avant d'arriver ici, tu les connaissais pas assez pour…

– Cette fille avec qui tu étais hier, il paraît qu'elle les connaissait aussi?

– Ouais, d'après elle ça serait peut-être une histoire de garçon…

– Un mec jaloux?

– En plus compliqué, mais qui revient au même…

Depuis le matin, on avait parlé que de ça, et on répétait tout le temps la même chose. Ça ne me déplaisait pas d'essayer de la convaincre de ne pas s'en faire, puisque, dans l'exercice, je me trouvais d'excellentes raisons de ne pas m'inquiéter non plus. La fille qui remplaçait Roberta est revenue au cagibi, ses affaires en vinyle à la main, nue et massive. Je ne pouvais pas m'empêcher de lui fixer la fente a chaque fois, les grandes lèvres déformées, mutilées, criblées d'anneaux barbares et de clous. Du haut-parleur Gino a annoncé:

– Greta, tu vas en cabine n° 4.

Elle y est allée sans se rhabiller. Moi et Cathy l’avons regardée partir pensivement. C'était la cabine plus chère, on y allait rarement directement. Elle était au fond du peep-show, assez spacieuse pour contenir une sorte de petite scène et il n'y avait ni grillage ni plexiglas entre le client et la fille.

Cathy a soufflé sur son ongle pour bien voir ce qu'elle faisait avec sa lime, elle a dit:

– J'aime pas ce qu'on fait. J'en ai parlé avec Roberta et avec Saïd hier soir, c'est dégueulasse ce qu'on fait…

Le haut-parleur a exigé:

– En piste pour un choix… Faites durer, vous n'êtes que deux.

Pour une fois je me suis levée la première, j'ai soufflé:

– Va te faire foutre, en regardant le haut-parleur et à l'adresse de Cathy:

– C'est de travailler qu'est dégueulasse, pas de travailler ici en particulier…

Et je suis passée en piste.

14 H 30

J'ai regardé le bas des miroirs, pour repérer celui qui était ouvert. Ils l'étaient tous.

Le samedi était un gros jour. Mais on voyait rarement les huit boxes occupés, c'était peut-être même la première fois que ça arrivait.

Sur l'écran vidéo une fille couchée sur une table suçait un type qui la guidait par les cheveux pendant qu'un autre installé entre ses cuisses la faisait décoller à coups de boutoir. J'aimais bien cette scène.

Connard Ier n'avait rien trouvé de mieux à mettre comme cassette qu'un morceau drôlement triste et pas du tout dansant où le chanteur égrenait: Je peux très bien me passer de toi.

Je me suis appuyée contre le pouf couvert de fourrure rouge qui était au centre de la piste. Cul tendu en arrière, je me caressais par-dessus ma petite culotte. J'avais sorti le grand jeu en matière de dentelle noire. Je me suis retournée et levée, laissé glisser ma chemise et passé ma main sur mon ventre, avant de descendre vers mon slip.

Un hurlement m'a arrêtée en plein mouvement. L'espace déchiré, de haut en bas, une vitesse incroyable, je me suis précipitée dehors, entrailles dans les talons, sang aux tempes, vertige de trouille, et les idées très claires: «Il est revenu. Il est en cabine avec la fille. La pleine de piercings, il est en train de se la faire.»

Je suis rentrée dans Cathy en déboulant dans le couloir, l'entrée de L'Endo était sur notre gauche. Les huit portes des boxes autour de la piste se sont ouvertes en même temps.

En sont sortis huit hommes, guns en main. Comme s'ils avaient répété la chorégraphie, ils se sont réparti l'espace sans hésitation. J'ai vu deux canons pointés sur moi, puis j'ai réalisé que deux s'étaient dirigés sur Cathy, deux sur Gino. Bras tendus, impeccables, en angle droit par rapport au buste. Les deux derniers s'étaient postés de part et d'autre du rideau rouge de l'entrée, plaqués au mur. Menton haut et regard fixe, cravatés, cheveux gominés en arrière.

Entrelacs de canons savamment dirigés, toile efficace et imparable.

1 ... 14 15 16 17 18 19 20 21 22 ... 38
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)