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Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal ? croire qu'il puisse ?tre r?ellement utilis?, Virginie Despentes raconte des histoires de d?rive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'?motion suscit?e par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la r?alit? racont?e de tout filtre ?dulcorant: l'outrance permet de mieux appr?hender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilis? ne correspond pas au n?tre, et cela permet ? l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les r?gles ne sont pas les r?gles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force ? penser et ? ressentir d'une certaine mani?re. Ainsi, on construit sa repr?sentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalit? la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-m?me. A partir de l?, l'outrance m?me de l'histoire dispara?t, et l'on a des romans aux histoires simples et ?mouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle appara?t elle-aussi effac?e par le langage, m?me si elle reste parfois d?stabilisante pour un lecteur masculin (l'?vocation de la libido f?minine sous un jour habituellement utilis? pour la libido masculine surprend). Dans ces romans o? tout les ?l?ments constitutifs poss?dent la m?me outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement d?labr?es et soci?t? d?cr?pite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalit? de tel ou tel ?l?ment. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Fr?d?ric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forc?ment des sentiments crus.
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– Déconne pas avec ça… T'es pas allé au cinéma?

– J'ai oublié de faire ça… Remarque, je crois bien que j'ai déjà vu tout ce qu'il y a à l'affiche. Putain, mais ôte la poêle du feu, ça va être complètement carbonisé! Et toi, qu'est-ce que t'as fait?

– Déjà, je suis allée voir ta copine serveuse.

– Elle t'a parlé de moi?

– Non, mais je lui ai pas dit qu'on se connaissait.

– Ah… Elle est bien, hein? Je vais retourner la voir moi aussi, c'est d'une fille comme ça que j'ai besoin. Vous avez parlé des deux Parisiennes et tout?

– Elle en a parlé.

– Y a du scoop?

– Pas vraiment… Tu connais un type qui s'appelle Victor, toi?

– Je crois pas, non… Qu'est-ce que tu vas faire avec la viande?

– Des pâtes, bien sûr. Tu mets l'eau à chauffer?

– O.K. Qui c'est ce Victor?

– A priori, c'est quelqu'un qui les met toutes d'accord. Ça serait à cause de lui qu'elles sont venues à Lyon. Et d'après Mireille il se serait occupé de la Reine-Mère en arrivant…

– Joli parcours… Bonne légende. Tu crois qu'il a un super pouvoir?

– Probablement… Tu veux pas descendre chercher du pain et du vin?

– Non, il me soûle le rebeu en dessous. Et au boulot, tout se passait bien?

– Roberta en pleine crise, très, très éprouvée, un rien déconcertante… Saïd, en client.

– Saïd?

– J'ai trouvé bizarre moi aussi. Tu savais qu'il connaissait les Parisiennes, toi?

– Julien me l'avait dit, il était persuadé qu'il se tapait les deux, ça le rendait tout fou… Putain, t'as eu une journée chargée, à ta place je me sentirais un peu las.

– C'est bien comme ça que je me sens. Et toi, tu vas chercher du pain et du vin chez le rebeu?

Le rebeu en bas de chez nous était le plus pourri de tout le quartier. Il ne vendait que des trucs pas bons et vraiment chers, son magasin était aussi moche que crad et c'était un sale con. Guillaume s'est finalement sacrifié:

– O.K., j'y vais. On a besoin de rien, sinon?

– On a tout ce qu'il nous faut.

– Qu'est-ce que tu fais ce soir?

– Rien de spécial.

– Viens à L'Arcade avec moi, y aura peut-être des nouvelles filles… le soir des illuminations, y a toujours des filles qu'on connaît pas qui boivent à fond.

– On va faire ça, ça nous changera de tous les jours…

Guillaume est passé dans sa chambre prendre sa parka. Il y est resté un moment puis m'a appelée, il était debout à côté du lit, pensif, a chuchoté:

– La voisine, elle est bizarre aujourd'hui…

– Justement, je me disais que je la trouvais exactement comme d'hab. Mais t'as raison: c'est pas son copain, c'est un autre, je les ai croisés sur le palier. A moins qu'ils soient trois… Mais non, on entendrait.

Guillaume a secoué la tête en signe de désapprobation et de vive désolation:

– Elle déconne, écoute, elle sonne même pas bien – qu'est-ce qu'elle se fait chier… Elles déconnent les filles, ça me rend triste.

Et il est sorti, passé au salon prendre de la fraîche. Moi, je suis restée dans la piaule, sourcils froncés, incapable de faire la différence entre le bordel de d'habitude et celui d'aujourd'hui, intriguée de ce que Guillaume ait l'oreille aussi juste. Quand il est passé dans l'entrée pour sortir, je l'ai arrêté:

– J'entends rien, qu'est-ce que tu trouves de changé toi?

– Manque la magie.

Avec la puissance de l'évidence. Je me suis rendu compte que j'avais laissé cramer la viande et je suis retournée à la cuisine.

23 H 00

«La porte!»

Au billard, Julien et Guillaume faisaient dans la frime désinvolte, se regardaient jouer en faisant des commentaires stupides. Une fille adossée au mur les regardait sans oser s'avancer au milieu d'eux. Elle avait déjà absorbé trop de bière pour sa petite corpulence et j'aurais juré que si on ôtait le mur elle se ramasserait.

Gino était assis à la table du milieu. C'était une mauvaise table, loin de l'aération et juste sous la barre de lumière. Mais il y était en bonne compagnie, faisait du gringue sans nuance à une fille qu'on ne connaissait pas.

Cathy est arrivée, flanquée de Roberta. Quelques régards ont convergé sur elles, qu'elles ont prétendu ne pas sentir et sont restées très dignes. Manquait le crépitement des flashes, dommage. Elles sont restées debout à côté de la table de Gino, conversation soucieuse entre gens proches du drame. J'ai senti que je manquais au tableau, et je les ai rejointes.

– Complètement défigurées… la peau arrachée… Louise, il paraît que tu as vu les photos? Moi, si c'est comme ça, j'arrête de travailler, je risque pas ma peau pour quelques biftons, c'est pas la peine… Il paraît qu'elles étaient dans des histoires de came… J'ai lu que ces types-là ne s'arrêtent jamais à une seule victime, il leur en faut en série… C'est l'époque qui veut ça… Et puis le sexe vendu comme ça, faut pas croire, ça attire tous les dégénérés… Si je le trouve, je le tue… Le médecin m'a donné des calmants, les filles, vous devriez aller le voir…

Je ne trouvais pas grand-chose à dire.

J'avais fini mon verre, je suis allée au comptoir. Mathieu m'a fait un signe de tête, que je prenne patience parce qu'il était débordé.

Saïd est arrivé, mains figées au fond des poches, l'œil rapide, rodé, capable de déchiffrer les lieux dans ses moindres détails. Il est venu droit sur moi, légère révérence du buste, amusé:

– Alors, comment va Louise Cyfer?

Joli sourire, toujours. Ses yeux se plissaient, bouquet de rides délicates en coin. Les traits fins, le crâne presque rasé. Bouche ourlée comme celle d'une femme. Il n'était pas déconcerté, ne semblait pas embarrassé. Je me suis sentie bien en retour, autorisée à faire tout comme d'habitude.

On le voyait rarement dans les bars après 20 heures, il ne touchait pas à l'alcool et évitait d'être témoin de la progressive et inexorable glissade vers les grandes raideurs, pour lesquelles il n'avait aucune indulgence. Il n'émettait sur le sujet aucun commentaire, pas spécialement désireux de changer l'attitude de qui que ce soit. S'occupait de son propre cas, très strictement, et évitait de voir ça.

J'ai dit:

– T'es partout où on t'attend le moins, toi, ces temps, tu cherches à nous déstabiliser?

– J'ai besoin de voir du pays en ce moment, de prendre l'air… Du bon air vicié de bar, des sales pays bien dégénérés.

Gaieté fébrile, encore un de subtilement détraqué. Il y avait comme un voile électrique sur chaque chose, la sensation qu'on glissait tous vers le même point. Mathieu a rempli mon verre, je lui ai adressé un large sourire de sincère reconnaissance.

Saïd a rejoint la table des ex-proches des victimes. Je me suis bien gardée de lui emboîter le pas.

Sonia est arrivée alors que je m'accaparais un tabouret libéré, visage contrarié:

– J'ai appris pour les deux autres. Quelle merde…

Elle a salué nerveusement quelques personnes de la tête, en fouillant dans son sac dont elle a sorti son paquet de clopes et son briquet. Elle a expliqué:

– Je viens de faire un régulier, un type de la mairie, genre haut-fonctionnaire-mon-cul… Il m'a lessivée.

– Séduisant?

– Pas trop mon type… Un peu tapette, raffiné et cultivé, genre grosse puissance mentale et bien tordu du cul. Il m'a collé un putain de mal de crâne.

Elle s'est interrompue parce que Mathieu était de l'autre côté du comptoir, tout sourires, pour dire bonsoir et qu'est-ce qu'elle voulait boire, est-ce que tout allait bien? Elle s'est détendue, a réclamé une aspirine.

Sonia m'a expliqué, elle avait le débit tellement rapide qu'il fallait s'accrocher pour la comprendre:

– Le client, là… il m'a inquiétée…

– Trop massive pour ta petite corpulence?

– Pas ça, non…

Elle a réfléchi, a souri, puis ajouté:

– Je crois pas que sa quéquette ferait peur à grand monde… Rien à voir, il m'a parlé de l'orga, une sorte de mise en garde… Rien de précis, mais il est du genre bien informé. Il dit qu'on est dans le collimateur. D'après lui, en ce qui concerne la mairie, les keufs, tout le bastringue des enculés qui nous laissaient tranquilles, c'est comme si c'était fait: le quartier, il est revendu, recyclé, refait de partout, visitable par tout le monde. Et l'orga, c'est rayé de la carte. Il s'est passé un truc, faut croire. Il avait l'air sérieux. J'ai hasardé:

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